Jean Valjean et le vieux comateux
Chère écluse à houblon,
Ce week-end, je me suis retiré dans ma grotte et j’ai médité sur ce canapé qui chérit encore le souvenir suave de tes divins glutéaux.
J’ai beaucoup quitté ma zone de confort ces derniers mois et j’avais besoin d’une pause pour analyser tout ça en paix et pour me gratter le nez loin des regards indiscrets.
C’était l’heure de la mise à jour. Je préférerais ne pas t’expliquer le processus en détail, c’est assez intime.
N’insiste pas, je suis aussi résolu et ferme que tu l'imagines.
Bon d’accord…
D’abord j’utilise une liste de traits de personnalité, qualités et défauts, que je conserve précieusement pour m’autoévaluer. (Il y en avait environ 250 au début, mais en chassant les synonymes, le nombre a fondu)
Je me juge le plus objectivement et férocement possible. C’est douloureux.
Après ça, je me note sur chaque critère. Un peu comme si je créais un personnage de jeu vidéo.
Tout ça me permet de dégager des axes d’amélioration.
Bien sûr le but n’est pas de me changer complètement. Il y a des qualités que je possède déjà et que je souhaite seulement entretenir. Il y a aussi des défauts que j'accepte et qui sont la source même de mon charme vertigineux.
Je veux simplement que mon comportement soit le plus possible en phase avec mes valeurs.
J’ai donc mis en évidence 57 points importants pour moi. Pour chacun de ces points, j’ai cherché des applications pratiques concrètes pour avancer dans la bonne direction.
Exemple : Si l’un de ces points avait été l’hygiène, j’aurais acheté du savon.
(C’est rarement aussi simple, tu t’en doutes)
Je me retrouve donc avec plein de nouvelles résolutions sur les bras. Évidemment, je ne peux pas toutes les tenir d’un coup.
C’est la raison pour laquelle le travail n’est pas tout à fait terminé. Au cours des prochains jours, je vais me concentrer sur le problème que tu connais déjà et qui m’empêche de me dévoiler pleinement.
Je ne parle pas de ma ceinture.
Je vais essayer d’en comprendre les causes et de trouver des solutions.
Changeons de sujet !
Dans la nuit de samedi à dimanche, j’ai fait un horrible rêve.
Un campagnard interpelait la foule pour chercher des informations. Son père avait été percuté par un tracteur au pilote inconnu et avait succombé à ses blessures après 16 h de coma.
Pour une raison qui m’échappe totalement, j’avais la sensation horrible d’être le pilote criminel. J’avais le souvenir flou d’avoir déplacé un tracteur entre deux champs.
(Alors que je sais à peine faire un créneau avec ma C3.)
Mais je cherchais une excuse pour ne pas me dénoncer. Je n’avais pas fait exprès, la victime était déjà âgée et je lui avais probablement épargné un cancer ou une autre maladie longue et douloureuse.
(Comme si 16 h d’agonie, c’était finalement tolérable.)
En plus de ça il n’y avait pas de raison que je récidive. Alors, je serai plus utile en liberté que dans une prison.
Je m'imaginais un futur à la Jean Valjean, nouveau nom, nouvelle ville, nouveau départ.
J’allais consacrer toute mon énergie à me mettre au service des autres pour me repentir.
(J’aime beaucoup les Misérables. La lecture de ce livre a été ma plus grande révélation depuis le jour où j'ai acquis la certitude qu’on peut avoir le barreau sans être avocat.)
Mais je ne parvenais pas à me débarrasser de ce sentiment de culpabilité.
Par chance, j’ai été réveillé par un pilier de bar qui surpasse en tout point les proportions parfaites recommandées par le traité de Vitruve.
Merci ma dame.
Aujourd’hui, je n’ai rien fait.
Ah si. J’ai brisé une coque de noix à mains nues.
Je crois que cette mise à jour est un peu trop poussée. Je crains de devenir, par mégarde, un mâle alpha.
Si ça arrive, je compte sur toi pour me rappeler qui est la cheffe !
Respectueusement,
Un ami sobre
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Comment (1)
Line Marsan 2 hours ago
On compte sur elle !
1Roseau 1 hour ago
Avec le recul, je me dis que mes craintes n'étaient pas vraiment fondées. Mais on n'est jamais trop prudent !