Cours de génie humain
Je traîne des pieds et souffle à tout va dans ce salon, pauvrement meublé.
“Le jeune Rashad est mort” dis-je, frustré. Les deux autres paires d’yeux présentent ici se dirigent vers moi.
“Ils l’ont aussi crucifié celui-là ? ou mieux brûlé ? répond Ersatz avec un ton moqueur.
— Non, un simple combat à main nue.
— Mais je croyais que tu l’avais poussé à faire vingt ans de karaté ? déclare Ersatz tout en continuant à ranger le seul bureau des lieux.
— Il a dû enchaîner quinze combats en un contre un et il a lamentablement perdu au seizième.
— Je compatis, mon petit Jules. Encore une fois, évite les sectes: ça se mobilise rapidement et se désorganise tout autant
— C’est vrai ! s’écrie Pierrot avant de ne faire plus qu’un avec sa chaise.
— …Et toi Ersatz, t’es sur quoi ?
— Une commune dans le Var qui souhaite sauver sa dernière école primaire. Vraiment, les décrets, les lois humaines, ce n’est pas pour moi mais tu sais …” dit-il avant de se replonger immédiatement les livres et papiers administratifs qui peuplent son bureau.
Ersatz est minutieux, patient. Son expertise de la race humaine est ce pour quoi il a survécu jusqu’à maintenant. Je n’ai qu’un petit siècle derrière moi et j’espère vivre autant de décennies que lui.
“Pronostic vital ? balance Pierrot, de nouveau éveillé.
— Il me reste trois ans mais j’ai déjà une nouvelle candidate. Lucile, 4 ans
— Un conseil, cultive sa singularité si tu veux qu’elle rassemble les gens”, ajoute Ersatz.
Avant je me nourrissais de légumes, de poissons et maintenant je vis sur l’union des êtres humains autour d’un projet commun. Plus la communion est forte et mieux je me porte. Alors comme Ersatz, je pense long terme et essaie d’introduire une utopie à mes humains.
“Je vais lui souffler l’idée d’un renouveau avec la nature mais aussi avec la technologie, déclare-je avec joie
— Ambitieux, souffle Ersatz
— C’est pour ça que Lucile est jeune.
— Attention, ces êtres-là n’ont pas de limites à leur imagination, grogne Pierrot.
— Ça t’a bien aidé. Tu es encore là alors que tu as arrêté de travailler depuis un temps déjà. Au fait, c’était quoi ton utopie ?
— J’ai inspiré …les tamagotchis, avance Pierrot avant de pleurer
— …Il a misé sur la machine, l’industrie et a créé un lien d’affection fort entre l’homme et la machine, ajoute Ersatz. Résultat, les gens préfèrent vivre avec leurs avatars de jeux plutôt que leurs voisins.
— Et les avatars, ça ne se mange pas !” vocifère Pierrot.
À présent anxieux, je préfère couper court à la discussion. Je pars me préparer dans ma chambre. Il est bientôt vingt heures et je n’ai pas encore trouvé le sujet de rêve pour Lucile ce soir.
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Image par Daniela Dimitrova de Pixabay
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