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Roman
Non-fiction
Voyage
calendar Publié le 17 août 2026
calendar Mis à jour le 17 août 2026
time 4 min
Tous publics

Roman

Roman est un ancien SDF. Aujourd’hui, il propose une visite de la ville de Prague, ou plutôt de la gare de Prague, ou plutôt du pont où il vivait. Pas plus, rien de plus. Et pourtant, l’essentiel est là.


Ce n’est pas du tourisme que nous faisons ici, c’est le témoignage d’accidents de la vie à répétition, pour lesquels nous sommes tous un peu responsables : abandon, racisme, homophobie et marginalisation d’un homme qui ne demandait qu’à connaître sa famille et à vivre son amour comme il l’entendait.

Roman explique sans tabou, même si son regard vers le sol trahit un certain malaise, le poids d’un périple personnel qui n’est pas facile. Il nous raconte tout à cœur ouvert. Certains y voient une visite touristique pour les badauds que nous sommes ; j’y vois surtout la thérapie d’un homme qui reste aussi marqué que blessé par ce qu’il a vécu. L’histoire se suit, les mots reviennent : déception, trahison, tromperie, abus, comme un refrain au milieu d’une trajectoire à la fois unique et malheureusement prévisible, socialement tracée, dont nous sommes tous un peu responsables.


Nous traversons le parc de la gare. Roman salue tout le monde. Certains le tirent par le bras pour lui parler ; il répond vite et fort qu’il viendra après, qu’il travaille là. On sent que Roman a l’expérience de la rue, qu’il connaît sa gare et ses habitants, et qu’il veut rester maître de la situation, dans tous les cas.

Roman nous porte sur les lieux de sa vie, où jonchent encore sur le sol les vestiges chauds d’autres SDF qui viennent sous ce pont le soir, pour dormir sans (trop de) risques. Lui, habillé tout de blanc, au milieu des détritus. Il insiste sur le fait que, même quand il dormait sous ce pont, il avait une hygiène irréprochable.


Roman nous raconte l’envers du décor, ce que le voyeurisme nous porte à payer pour cela. Il surprend aussi, désintégrant les lieux communs dont nous nous alimentons pour justifier nos idées préconstruites. Non, les SDF de Prague n’ont pas un mauvais rapport avec la police, bien au contraire. Non, Roman ne regrette pas sa période méthamphétamine, cette drogue si forte et si douce qui lui a permis d’oublier ce chagrin d’amour qui a changé sa vie.Oui, les SDF de Prague reçoivent des aides de l’État. Tellement d’aides que la vie de clochard devient trop facile, où tout est donné pour acquis, où il devient simple de rester à ne rien faire. Une version qu’on imagine peu, une vision intrusive, au cœur et dans le cœur de Roman.


Notre guide parle, encore et encore, se laisse prendre en photo, avec un sourire difficile à saisir, entre mélancolie, honte et orgueil de ce qu’il était, de ce qu’il est, de ce qu’il est devenu. Il ne quitte pas ses lunettes de soleil teintées, laissant juste deviner un regard à la fois éveillé et fatigué.

Roman est une personne très intelligente, qui a créé son business sur la curiosité des uns, pour très certainement décevoir les chasseurs de sensations fortes. Tout se passe dans un périmètre de cent mètres, où seule la voix de l’auteur compte. Nous avons passé un très bon — un très beau — moment avec Roman, sans pour autant avoir vu quelque chose. Parce que Roman est un témoignage authentique, celui d’une vie qui aurait pu, et qui pourrait être la nôtre, nous renvoyant à ce que la vie nous a donné, et pourrait nous reprendre. Et pas sûr que nous aurions la force de cet homme, de Roman.


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