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À travers le Kerala
Non-fiction
Voyage
calendar Publié le 22 mai 2026
calendar Mis à jour le 22 mai 2026
time 5 min

Merci Alexandre. On ne peut que s’inspirer des cultures anciennes. Que leur trace reste visible ! Vive Panodyssey - je me sens bien ici 😊

Label de transparence créative
Tous publics
Image / Image humaine
Texte / Création humaine

À travers le Kerala

'Podróże kształcą’ — disait ma mère - ‘Les voyages éduquent’. J’ai retenu la leçon, je voyage et je m’en instruis. Ces impressions glanées, ces ambiances sont comme des étincelles dans la vie – elles s’illuminent un temps court pour changer quelque chose à jamais. Aujourd’hui un billet d'Inde. Voici un extrait du récit de mon livre 'Par quatre chemins’.

À travers le Kerala

Je ne sais pas où je suis sur la carte. Nous sommes en voyage dans le Kerala indien, mon premier séjour dans le pays-continent. Une nuit secouée dans l’autobus, un arrêt à minuit au bord de la route. Une gargote avec du tchaï chaud. Aux toilettes les cafards font la course dans une traînée de lumière pâle. L’eau dans le seau pour le rinçage intime déborde. On ne peut fermer le robinet.

Le bus se précipite sur les routes tortueuses. Dans la nuit ténébreuse une barrière — le passage d’un état à l’autre. Quelqu’un raconte, que pendant un voyage en bus semblable, dans les Himalaya, la terre a glissé et ils n’ont pas bougé jusqu’au lever du soleil, car ils ne savaient si le passage était sans danger. Au petit matin la petite fille assise devant moi à des hauts de cœur. La mère, en un mouvement éclair, glisse la vitre en plastique et l’enfant vomit par la fenêtre. La femme drapée en sari rouge se tourne vers moi :

- Water, water — demande-t-elle.

‘Alors, ils n’ont même pas d’eau avec eux ?‘ Elle saisit une de mes bouteilles sans un remerciement, lave la bouche et le visage de l’enfant et lui donne à boire. Ensuite, elle me retourne la bouteille à moitié pleine. Je ne comprends pas le fond de sa pensée, mais je ressens de la gratitude dans son geste. Terminus à Alappuzha. Les toilettes à la gare routière sont un peu plus propres. Une toilette de chat. Nous démarrons la marche à travers la ville à la recherche de l’embarcadère depuis lequel nous partirons en traversée sur les Backwaters. Le petit bateau est déjà là, même si nous avons encore beaucoup de temps avant le départ. Ça veut dire combien ? Aucune information, c’est suffisant tout de même pour prendre un petit déjeuner. Dans la cantine à proximité, on en sert un typique — aloo dosa — une galette de la pâte fermentée de farine de riz, avec la farce de pommes de terre cuites. Nous nous amusons en essayant la raide galette — servie en forme d’un cône — comme un couvre-chef. Qu’il est facile dans un voyage au bout du monde de tout perdre ; ses manières, son comportement, les étiquettes que la vie nous a collées, les distinctions et les insignes de noblesse. Qu’est-ce qui reste ? Les valeurs morales ? La foi ?

La destinée ?

Le corps se réveille après une dose de nourriture. Comment dans un pays aussi chaud peut-on manger le matin un repas si lent à digérer ? Camouflage de la faim ? Il est neuf heures et le soleil grille. Au retour devant le petit bateau, je remarque que sa plate-forme est ombragée avec un filet. De quoi ce filet devrait-il protéger les passagers ? Sans doute pas de moustiques ?

Nous choisissons nos places parmi quelques passagers déjà assis ; une famille sikhe avec sa partie masculine couverte de turbans colorés, des Anglais avec trois enfants, quelques silencieux occidentaux et pour le reste — des Indiens. J’observe le bateau et le canal du port remplis d’autres petits bateaux et de canots divers — certains aménagés en barques luxueuses avec un toit en paille. L’eau a une couleur marron et il y flotte des papiers et d’autres déchets. Je n’y prête pas plus d’attention jusqu’au moment où nous passons devant une maison sur la berge et un homme, le bas de son corps dans l’eau, qui brosse ses dents. Il aperçoit mon regard posé sur lui et ses blanches de dentifrice lèvres se rangent en un large sourire. Quelqu’un sur le bateau s’exclame en sa direction. L’homme répond et agite la main. Un peu plus loin un groupe de garçons saute dans l’eau et s’éclabousse en riant. Ils plongent et ressortent les visages dégoulinants. Je ne me sens pas de ce monde. Définitivement, il y a une différence entre nous – eux, heureux dans leur vie modeste, nous – terrifiés à la vue de la réalité du monde.

@Bozena Wisniewska-Le Talludec. 2025

Tous droits réservés


Ce récit fait partie du livre quadrilingue 'Par quatre chemins' disponible sur Amazon.

#inde

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© Image de Couverture Kerala/Bozena Wisniewska-Le Talludec
© Texte principal Bozena Wisniewska-Le Talludec
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La clause du chat
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Commentaires (3)

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Merci Alexandre. On ne peut que s’inspirer des cultures anciennes. Que leur trace reste visible ! Vive Panodyssey - je me sens bien ici 😊

eric verif

Eric Aubel il y a 5 heures

" Qu’il est facile dans un voyage au bout du monde de tout perdre… " Et ce malgré les chemins tracés par l'industrie touristique. J'adore cette phrase !

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