

Vivons entiers, pas en morceaux !
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Vivons entiers, pas en morceaux !
Dans l’article précédent, j’évoquais les contaminations, mais au fond c’est presque de la petite bière. L’exclusion, elle, c’est du sérieux : c’est quand vous jetez un morceau de vous-même à la poubelle. Pas étonnant qu’après, vous tourniez en rond avec la désagréable impression qu’il manque toujours quelque chose.
Exclure le Parent, c’est vivre sans repères, sans garde-fou, comme un éternel adolescent qui ne sait jamais dire « non » et se laisse marcher dessus.
Exclure l’Adulte, c’est pire : coincé entre ses principes et ses humeurs, on se prend pour quelqu’un de libre alors qu’on n’est qu’une marionnette, tirée par les ficelles de son passé.
Exclure l’Enfant, enfin, c’est s’auto-condamner à la grisaille : pas de jeu, pas de plaisir, pas de créativité. La vie devient un manuel de procédures. Bravo, quelle réussite.
Résultat ? Des gens raides comme des piquets, d’autres mous comme des nouilles, et beaucoup qui font semblant de fonctionner alors qu’ils sont en pilote automatique. Le rigoriste et le dogmatique ? Enfant bâillonné. L’addict qui court après ses béquilles ? Parent et Adulte absents. Le technocrate sans foi ni loi ? Un Adulte vide, flanqué d’un Parent et d’un Enfant jetés aux oubliettes.
L’exclusion, c’est ça : un suicide partiel. Une mutilation intime qu’on camoufle sous des airs de normalité.
Alors bien sûr, ça ne vient pas de nulle part : on a été cabossé, humilié, blessé. On a mis une part de soi au congélateur pour survivre. C’était utile, oui. Mais qu’on ne s’y trompe pas : cette carapace finit par devenir une prison.
La question, c’est : combien de temps encore voulez-vous vivre en version « amputée » de vous-même ?
Réhabiliter l’état du moi exclu, c’est arrêter l’hémorragie. Réapprendre à jouer pour réveiller l’Enfant. S’entourer de modèles solides pour réactiver le Parent. Remettre un peu de faits et de réalité pour dépoussiérer l’Adulte.
Et si vous croisez quelqu’un qui s’est coupé en morceaux, la pire chose à faire est de l’enfoncer. La meilleure, c’est de l’encourager à réintégrer ce qu’il croit mort en lui.
Parce que la vraie misère humaine, ce n’est pas d’avoir des blessures. C’est de continuer à vivre avec un tiers de soi au cimetière.
A toutes fins utiles , voici une série de questions d’auto-diagnostic, simples et accessibles, que nous pouvons nous poser, ou poser à autrui pour identifier une éventuelle exclusion.
Exclusion du Parent.
Ai-je du mal à dire « non » ou à poser des limites claires ? Ai-je tendance à éviter de donner des règles ou des conseils, même quand ce serait utile ? Est-ce que je me sens souvent « sans cadre », obligé de tout inventer moi-même ?
Exclusion de l’Adulte.
Quand je prends une décision, est-ce que je me base surtout sur mes émotions ou sur des principes hérités, sans vérifier les faits ? Ai-je tendance à ignorer les données objectives quand elles contredisent ce que je ressens ou ce que je crois ? Est-ce que j’ai parfois du mal à regarder une situation avec recul et discernement ?
Exclusion de l’Enfant.
Est-ce que je me donne rarement la permission de jouer, d’être créatif ou spontané ? Ai-je du mal à reconnaître ou exprimer mes émotions et mes besoins personnels ? Ma vie est-elle bien organisée mais sans beaucoup de plaisir ou de légèreté ?
Ces questions ne sont pas un test au sens strict, mais des miroirs de réflexion. Si plusieurs réponses tendent vers le « oui », cela peut indiquer qu’un état du moi est peu mobilisé. L’enjeu n’est pas de juger, mais de retrouver de la souplesse en redonnant une place à la partie exclue.
Reconnaître ses exclusions, ce n’est pas un exercice de complaisance. C’est un acte de lucidité : accepter que nous avons mis des morceaux de nous en sourdine, parfois pour survivre, mais au prix d’un appauvrissement. Les ramener à la vie, c’est élargir notre palette, retrouver une souplesse qui rend la relation plus fluide et la vie plus dense.
Et quand il s’agit des autres, la même logique s’applique. Plutôt que de juger leurs rigidités ou leurs manques, nous pouvons leur offrir un miroir bienveillant, une permission implicite : « tu as le droit d’être plus que ça ». Car aider autrui à réintégrer son Parent, son Adulte ou son Enfant, c’est l’aider à redevenir entier. Et au fond, c’est peut-être cela, la vraie solidarité psychique : se rappeler mutuellement qu’aucune de nos parties n’est de trop.

