EPISODE 3 « Un contrat, pas une promesse. »
"un contrat, pas une promesse."
Ce texte est le troisième et dernier d’une série de trois.
Épisode 1 — Le citoyen
Épisode 2 — L’élu
Épisode 3 — Le contrat démocratique
Pas un programme. Pas un manifeste. Une proposition.
Un contrat, pas une promesse.
C’est la différence fondamentale.
L’élection présidentielle constitue un contrat démocratique entre le peuple et le président. Un contrat qui définit des engagements clairs, fixe des objectifs mesurables, organise le suivi et impose la transparence.
Les objectifs peuvent évoluer — la vie réelle l’exige parfois. Mais rien ne devrait pouvoir être modifié seul : ni un ministre, ni un objectif, ni un indicateur. Toute modification doit être expliquée, justifiée, validée par l’Assemblée nationale. Et si elle refuse, elle doit proposer des alternatives. La méthode prime sur l’arbitraire. Le contrat engage les deux parties. Il protège les citoyens.
Avant l’élection, chaque candidat présente son analyse du pays — les problèmes réels, leurs causes, leurs conséquences, les données qui les objectivent. Pas un récit. Des faits.
Pour chaque problème, des solutions. Pour chaque solution, une trajectoire claire, avec des objectifs mesurables, datés, vérifiables.
Les candidats présentent également leurs équipes — les ministres pressentis, leurs compétences, leur cohérence avec le ministère qu’ils occuperont et les problématiques qu’ils auront à résoudre. L’électeur choisit en connaissance de cause.
Une fois élu, le président nomme son équipe. Premier acte du contrat.
Chaque ministre constitue son équipe, organise son ministère, répartit les objectifs et met en place les plans d’action. Tout cela est public et intégré au contrat.
Le suivi est continu et garanti. Avant l’élection, le candidat s’engage sur la nature des informations publiées, leur format, leur périodicité.
Cette périodicité est validée par l’Assemblée nationale et contrôlée par une instance citoyenne de 50 personnes tirées au sort¹ — représentatives du pays, indépendantes des partis.
Ce suivi est public et accessible en ligne — la formation civique évoquée dans le premier épisode trouve ici son prolongement naturel.
Le président ne peut ni ralentir ni contourner ce suivi. La Cour des comptes garantit la fiabilité des données financières.
L’échec n’est pas une faute : c’est une information.
Ce qui est difficile à accepter, ce n’est pas de ne pas atteindre un objectif — c’est de ne pas l’expliquer, de ne pas corriger, de faire comme si.
En cas d’écart, le président reconnaît, analyse, explique, corrige et informe. La responsabilité devient un processus, pas une sanction.
Et si les dérives se répètent, si la correction est absente, si le refus d’agir devient manifeste — l’instance citoyenne peut déclencher une procédure d’alerte et recommander un référendum, validé ou non par le Congrès. Une démocratie solide se protège elle‑même.
Mais se protéger ne suffit pas. Encore faut‑il que les gardiens du système soient eux‑mêmes indépendants.
Il est une habitude ancienne, confortable, et profondément problématique : le président nomme ses juges, ses contrôleurs, ses directeurs. Il choisit ceux qui sont censés le contrôler.
Cette pratique s’arrête.
Les membres du Conseil constitutionnel, de la Cour des comptes, les dirigeants de l’audiovisuel public, ainsi que les responsables des autorités indépendantes ne seraient plus nommés mais recrutés par des cabinets de recrutement spécialisés, sélectionnés au préalable par une commission parlementaire mixte sur appel d’offres public, sans lien politique, sans lien avec les lobbies, sans conflit d’intérêts, soumis à des audits réguliers et à un contrôle indépendant de toute tentative d’influence.
Les personnes nommées devraient répondre à des critères stricts : compétence, impartialité, casier judiciaire vierge, absence totale de liens avec le pouvoir en place et avec les lobbies.
Contrôler le pouvoir suppose d’en être indépendant. C’est une évidence. Il était peut‑être temps de l’écrire.
Et quand l’inattendu survient — une crise, un événement majeur — l’État réagit vite et de manière structurée : un ministre dédié, un plan d’action immédiat, un suivi transparent, un retour d’expérience. Pas d’improvisation. Pas de silence.
Ce texte cherche à ouvrir les yeux, à faire réfléchir — pas à adhérer à une idéologie — pas à voter pour un parti. Simplement à croire qu’on peut voir les choses autrement, sous un angle différent — et que ça commence par une méthode, en transparence.
Il y a aussi ceux qui n’ont pas voté — ou qui ont voté blanc ou nul. Aux dernières élections, plus d’un électeur sur cinq. On les dit désengagés. Peut‑être sont‑ils simplement en attente d’autre chose.
Et parmi ceux qui ont voté au second tour, combien ont choisi par conviction — et combien ont simplement voté contre l’autre ?
En 2022, 20 % des électeurs inscrits ont voté pour le président en poste au premier tour. Au second tour, 38 %. Ce décalage raconte quelque chose : une adhésion limitée, un choix souvent contraint, un vote parfois par défaut plutôt que par conviction.
Derrière ces chiffres, il y a une réalité simple : une majorité d’électeurs n’a pas soutenu les propositions du vainqueur.
Et pourtant, une seule voix peut parfois suffire à faire basculer une élection. Cette voix, c’était peut‑être la mienne, la vôtre.
Alors ce fonctionnement, il est aussi un peu le nôtre.
Les élections sont là. Pas comme une corvée. Pas comme une fatalité. Mais peut‑être, cette fois, comme une chance.
Quelles que soient les propositions des différents candidats, exigez des engagements, pas des promesses.
Alex Geriné
1 Note technique: Tirage au sort stratifié
Le tirage au sort est réalisé par l’INSEE, sous contrôle d’un huissier, de la Cour des comptes, de la Haute Autorité pour la transparence.
Il est stratifié selon le niveau d’études, l'âge, la catégorie socio‑professionnelle,
le territoire, le sexe, le niveau de revenus.
Le panel final comprend 50 citoyens représentatifs du pays, renouvelés par tiers tous les 18 mois.
Les citoyens reçoivent une formation civique et thématique. Les critères d’éligibilité garantissent la capacité à délibérer.
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