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Démocratie

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Publié le 16 janv. 2021 Mis à jour le 16 janv. 2021
time 5 min
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Chroniques

La démocratie telle que conçue de nos jours, correspond-t-elle toujours à son acception orginelle ?

Démocratie, le pouvoir au peuple.

Si l'idée même de créer un système de gouvernance par le peuple- où chacun peut apporter sa pierre à l'édifice et participer à la vie de la cité - est à chercher du côté des Anciens et particulièrement de la Grèce Antique, nous remarquons que, déjà en ces temps-là, la chose n'était pas aisée.

On s'accorde souvent à dire que Dracon (-650 ; -600) fut le premier, en 621 avant Jésus Christ, à fonder le concept de démocratie avec la rédaction d'un ensemble de lois encadrant la vie des citoyens. Mais il a dû faire face à de nombreuses difficultés, notamment celle de l'élaboration d'un projet adverse au sien, totalement opposé à un élargissement de la vie politique, quand , lui, le préconisait. Et Paul Cloché dans ses Remarques sur la prétendue constitution de Dracon met en exergue que "Dracon fait bénéficier de la" politeia" un plus grand nombre d'Athéniens que le « projet » des Quatre cents" ( le conseil oligarchique créé à cette époque)," dont la tendance est nettement ploutocratique en donnant le pouvoir aux plus riches. Il ajoute que "[Dracon] prévoit l'existence d'une "Ecclèsia", qu'ignore le « projet » des Quatre cents. En d'autres termes, Dracon met la politique à portée du plus grand nombre et ce avec l'apparition d'une assemblée. Ces prémices se trouvent renforcées avec Solon (-640 ; -558)qui, aux institutions politiques, ajoute un conseil délibératif de quatre cent membres et un tribunal commun aux quatre classes : l'Héliée. Celle-ci , favorisant des prises de décisions communes et concertées.

Fameux héritage donc que nous avons conservé ou plutôt fait revivre depuis quelques temps. Car il ne faut pas oublier qu à l'Antiquité, a succédé un période moyen-âgeuse puis d'Ancien Régime où la monarchie s'est imposé aux dépens de la démocratie avant que les idées des Lumières et à leur suite, la Révolution ne permettent d'aboutir par étapes, à un système démocratique.

Mais le peuple est-il réellement souverain ? De nos jours, le processus permet à chacun de faire entendre sa voix par le biais du vote. Cependant force est de constater que nous élisons un président qui va ensuite choisir, seul, ses ministres et d'une certaine façon reproduire ainsi un fonctionnement monarchique où le roi s'entourait de courtisans. D'ailleurs, ne vit-il pas dans un palais ? La dénomination même du lieu où s'exerce le pouvoir pose question. Si la vie politique s'est ouverte au peuple, pourquoi choisir comme lieu de résidence ce "palais, bâti sous la Régence, meublé par la marquise de Pompadour, épargné par la Révolution, propriété du roi, de l'empereur et de la République" comme le rappelle François d'Orcival dans Le Nouveau Roman de l'Elysée (éd. du Rocher, 2012). Pourquoi l'inscrire dans une sorte de panthéon païen comme un rappel du paradis des Anciens ? C'est ainsi que Maurice Duverger, dans son ouvrage La monarchie républicaine - ou comment les démocraties se donnent des rois (1974), qualifie, le président de "monarque républicain". Il s'appuie pour cela sur le fait que le président tend à concentrer en ses mais l'ensemble des pouvoirs et ce au détriment du parlement. Il analyse les évènements qui ont conduit à cette mutation du régime démocratique vers des codes monarchiques, sous la pression essentielle des contraintes techniques et économiques.

Autant de barrières physiques mais aussi politiques qui accroissent la distance entre le pouvoir et le peuple. Pourtant l'origine même du mot politique se trouve dans la cité, "polis" en grec. Il conviendrait de réconcilier ces élites et le peuple des cités et pour cela relire les discours de Démosthène, Sur les affaires de Chersonèse ( en Crimée) où ce dernier appelait les Athéniens à s'unir " vous, Athéniens, le peuple assemblé, vous devez, oubliant toute autre considération, ne songer, dans vos votes et vos actes, qu'à l'intérêt de la cité". Les événements actuels tendent à montrer que le peuple n'a plus le sentiment d'être acteur de la vie politique, de détenir le pouvoir de décider de son avenir. Nous voyons ici renaître, au travers des grèves et manifestations contre la réforme des retraites, un sentiment de rejet des réformes auquel Colbert, en son temps, a également dû faire face.

Ainsi, dans leurs Critiques de la politique commerciale et projets de réforme de la fiscalité au temps de Colbert, Lionel Rothkrug et Jean Meuvret expliquent -ils que" le ministère de Colbert a, en effet, coïncidé avec une des phases les plus nettes de baisse des prix et des activités de l'histoire économique non seulement en France mais dans l'ensemble de l'Europe. Nous savons aujourd'hui, de manière précise et sûre, que la crise de mévente, de chômage et de restrictions financières était un fait international". Voici une situation étrangement similaire à celle qui anime la France actuellement, apportant à notre époque un éclairage nouveau. Le peuple trouve alors un palliatif à cet état de fait en s'exprimant dans la rue, lors de manifestations où la foule, le nombre, renoue ainsi avec une certaine puissance qui pèse plus efficacement dans le débat politique. Christophe Premat dans son article La grogne du peuple dans la revue Tracés (ENS Éditions, 2004) développe cette pensée en rappelant que "le concept de peuple a été construit juridiquement via la souveraineté : il est titulaire d’un certain nombre de droits fondamentaux reconnus par une Constitution".

Il conclut qu "Ainsi s’est posé le problème du rapport du peuple à ses droits, et c’est alors que le principe de représentation a été fondé. Il s’agit pour le peuple d’exercer sa souveraineté le plus adéquatement possible à travers la nomination de représentants, capables de gérer les affaires publiques [en son nom]. Le lieu de ces assemblées représentatives est circonscrit, le peuple n’est plus souverain que lors des élections ou de façon intempestive, lors de manifestations et d’actions non conventionnelles qui le placent en situation de révolte. La rue inverse sa fonctionnalité pour libérer un espace de protestation et de "grogne" ".

Une chimère, alors la démocratie ?

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