mère
Ce poème a été écrit en géorgien il y a longtemps, puis traduit en français. Il fait partie des poèmes que j’ai envoyés au concours où j’ai obtenu la médaille de bronze. Cette version est légèrement modifiée.
—
il y a un âge où l'on est la mer,
et un autre où l'on est la pierre.
tes yeux, mère, sont la mer,
une étendue sans rive
où mes bêtises se brisaient
sans jamais de ressac.
j'ai lancé mes mots-cailloux.
des silences immobiles
qui coulaient sous l'eau,
plus sourds que le fond.
chaque jet était une entaille,
une onde vaine
qui ne troublait pas ton regard.
la nuit, je te voyais.
une ombre pliée devant les icônes.
l'or des auréoles comme un frottement
sur le bois sombre.
tes mains fines, tes doigts fatigués,
traçaient dans le froid de l'air
des signes que la chambre avalait.
tu ne priais pas pour le monde.
tu priais pour mon salut,
entêtée,
versant tes larmes dans mon désert.
c'était la force
contenue dans une étreinte.
une étreinte qui tenait
les continents
dans le creux de la main.
et aujourd'hui,
je vois cette tendresse
qui s'est faite une ride
au coin de l'œil,
je vois ces mains qui ont tant donné
et que j'ai appris, si tard,
à ne plus blesser.
la mer est toujours là, mère.
et la pierre, enfin,
a appris à prier.
— Dato
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