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Lettre d'un battement d'ailes

Lettre d'un battement d'ailes

Publié le 20 sept. 2024 Mis à jour le 1 nov. 2024 Poésie et chanson
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La douloureuse plaie, dans son essence même, ravie mes parts d'ombre les plus solides.

Vois-tu, j'ai cherché à faire de cet homme que je deviens, un port où ne s'amarre que des opportunités, le devoir de l'homme en action, de l'homme honorable. J'ai cherché, oui, j'ai cherché, je n'ai pas dû bien m'y prendre, observe cet amas de désuétude, ce port désormais abandonné que personne ne vient visiter, depuis que cette femme adorée, je l'ai volontairement tue.

Tue ou tuée ? 

La question tourne dans ma tête, agrandie la douloureuse plaie, lui laisse de quoi exister, de quoi persister, c'est comme s'imprégner de la douleur du monde, il me paraît ressentir la peine de cent hommes à la fois.

Cent hommes, régis par la même ambition tunnel, l'obnubilation, la déraison ou ce rêve, celui de quelqu'un d'autre, l'enfant d'une nation tenue à bout de bras. Je te demande, j'aspire à libérer la constante persécution ; qui se souviendra de moi ?

Qui, se souviendra de moi ?

De ça, de l'appel, pourquoi ai-je répondu ?

Quand je pars au front, je ne peux l'emmener. Ni dans mes souvenirs, ni dans mes rêves. Sa seule place réside dans ces lettres, mon ami, que je t'écris et que tu lis. Moi, cet homme imparfait, incapable d'assumer le sentiment originel, le même qui m'a vu naître.

Qui m'inonde plus que moi-même, qui m'enchaîne plus que moi ? Offre-moi tes réflexions, je te demande, qui me persécute plus que moi-même ? Choisir, n'est-ce pas renoncer ? Pourquoi suis-je incapable d'assumer sa présence à distance, pourquoi suis-je si défait à l'idée de lire ses pensées sur ces terres de feu et de sang, où ne s'illustre que l'horreur d'êtres agonisants ?

La vérité, je la masque. Je pense pour moi-même ; les mots d'une si douce femme n'ont rien à faire ici. Ce serait les enlaidir, ce serait les déshonorer, les maudire à jamais.

Mais véritablement, cher ami, je ne fais pas preuve de franchise, ni envers toi, ni envers moi. Il me colle à la peau cette crasse impossible à nettoyer, ce rappel éternellement gravé : elle est de ces femmes inviolées qu'aucun homme n'a le droit de dénaturer. 

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