Le temps d’une petite réparation
Le temps d’une petite réparation
La salle d’attente ressemble à un aquarium de chaleur et de murmures, un lieu suspendu où le temps flotte un peu de travers. Je suis là, dans ce cocon trop peuplé, à regarder par la fenêtre comme on regarde un fleuve: les voitures passent, glissent, s’effacent déjà. Elles ne s’ancrent jamais. Elles traversent, simplement. Comme nous tous, un jour ou l’autre, dans ces hôpitaux qui ne retiennent personne vraiment. Ils nous accueillent juste le temps de réparer une petite faille, de remettre un souffle droit.
Aujourd’hui, j’accompagne.
L’opération est bénigne, presque une parenthèse technique, un simple petit ajustement pour mieux vivre après. Rien de grave, rien de sombre, juste ce moment fragile où l’on confie un corps à des mains expertes, et où l’on attend que la lumière revienne.
Dans cette salle surchauffée, les manteaux s’entassent, les conversations bruissent comme des ailes. Les regards se croisent, se frôlent, puis repartent chacun dans leur propre histoire. Je me sens un peu comme une pierre posée au bord d’un courant : immobile, mais traversée par tout ce qui circule autour.
Dehors, les voitures continuent leur ballet, minuscules lucioles métalliques. Elles me rappellent que la vie ne s’arrête pas ici, qu’elle contourne les murs, qu’elle file, qu’elle reprend. Ce lieu n’est qu’un sas, un souffle entre deux pas. Et dans ce souffle, je me surprends à respirer plus doucement, à laisser l’attente devenir une sorte de veille tendre.
J’attends, oui.
Mais j’attends pour du mieux.
Pour un après plus léger.
Pour ce moment où la porte s’ouvrira et où je verrai un sourire rassurant, un « tout s’est bien passé » qui dissipera la tension comme une buée sur la vitre.
Et en regardant encore les voitures filer, je me dis que l’attente, parfois, est une façon discrète d’aimer : rester là, simplement, jusqu’à ce que le monde reprenne sa forme habituelle.
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E C Wallas il y a 1 heure
Ayant passé l'année passée près de 6 mois dans des institutions médicales suite à un petit souci, ce texte était très parlant. J'ai tant apprécié que redouté revivre ces instants.
Pour ma part, rassurez-vous : tout va bien. "Tout s'est bien passé". :)