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Jim Morrison : La Vision du Shaman

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The Doors, Elektra Records-Joel Brodsky

« I’m the lizard king ! I can do anything ! »

Le serpent, reptile au sang glacial se fraye un chemin dans le désert chaud sous le sable bouillant. Il fait des kilomètres de long. Ses écailles sont telles des pierres précieuses d’énergie. Le serpent est. La nature est. Nous sommes. Les choses sont comme elles sont vraiment, l’infini, pure énergie lancinante, lumineuse et colorée. Vision classique pour quelqu’un qui a pris du LSD, du peyotl, de la mescaline, pour quelqu’un qui a déjà fait l’expérience des drogues hallucinogènes dites introspectives.  The Celebration of the Lizard, poème expérimental écrit par Jim Morrison et arrangé par The Doors dont il est le chanteur, est une métaphore du psychédélisme à lui tout seul. 

 

The snake was pale gold

Glazed and shrunken We were afraid to touch it.

The sheets were hot dead prisons

 

Ces images, allant au-delà de tous repères spatiaux et temporels guideront Jim Morrison, chanteur/poète du groupe légendaire The Doors. Sa quête ? Ouvrir les portes de la perception par des rituels chamaniques. Dans les tribus amérindiennes, le shaman est un guérisseur, un protecteur des siens contre les esprits et les ennemis. Prenant du peyotl en suivant un rite fait de danses, de chants, et d’incantations, il a alors une vision et guérit la tribu. De The End à L.A Woman, cela ne quittera pas Morrison. 

 

Way back deep into the brain

And the rain falls gently on the town

And in the labyrinth of streams

Beneath, the quiet unearthly presence of

Nervous hill dwellers in the gentle hills around Reptiles abounding

Fossils, caves, cool air heights

 

Jamais paru sur un album studio du groupe, au grand dam du poète, The Celebration of the Lizard est l’expérience relatée de la prise d’hallucinogènes la plus complète proposée par le groupe. Allégorie musicale et lyrique du psychédélisme, Morrison voulait en faire la pièce maîtresse du troisième album du groupe, Waiting for the Sun (sorti en 1968). Paul A. Rotchild, producteur de tous les albums du groupe (sauf L.A Woman), et les membres des Doors ont cependant décidé du contraire. Trop long, trop expérimental (même pour l’époque !), allant de la poésie pure sans musique à l’incantation, avec des passages plus instrumentaux, le tout s’étalant sur près de 17min sur la version studio qui paraîtra dans les années 90.

The Celebration of the Lizard est une succession de poèmes, très imagés. Au fur et à mesure qu’ils s’enchaînent se dessine un voyage, une quête, dont seul Morrison connaît l’arrivée. Il la fait vivre par ses intonations, passant d’une voix calme, posée, à des hurlements. Entre silence et musique, le poète guide le spectateur sans qu’il ne sache où il va, tel un shaman. 

 

Is everybody in ?

Is everybody in ?

The ceremony is about to begin

 

WAKE UP !

You can’t remember where it was

Had this dream stopped ?

 

— Comment l’interpréter ?

— Ça ne s’interprète pas. Comme un trip, de LSD, The Celebration of the Lizard pose plus de questions qu’il ne donne de réponses. 

— Attends mais tout le poème n’a donc aucun sens ?

— Si, justement, il en est chargé de sens. Ce que je veux dire c’est que ce poème, il s’écoute plus qu’il ne se lit. On se laisse porter par le narrateur. C’est comme voyager avec lui. Il nous montre des choses que tu ne peux voir qu’en sa présence. C’est là que tu remets en question ce qui t’entoure et trouve ton interprétation du poème.

— Donc on peut l’interpréter.

— Oui, mais il n’y a pas d’interprétation universelle, chacun doit faire la sienne. 

 

Déroutant, inspirant, énigmatique. Comme voulant faire réagir son audience, il s’adresse à elle pour faire changer les choses dans un contexte de guerre du Viet Nam, lui faire ouvrir les yeux sur ses propres perceptions. Psychédélique.