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La crise agricole dans le Delta du Mékong

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Surnommé le « grenier à riz du Vietnam », ce labyrinthe de rivières est le foyer d’une grande partie des productions agricoles du pays. Partagé avec le Cambodge, l’écosystème présent en ses eaux est menacé par la surexploitation du fleuve et le réchauffement climatique.

Sur 39 000 km2 s’étend le « fleuve des neuf dragons ». Cette région du Mékong a nourri le Vietnam depuis plus de 2000 ans. Il représente à lui-seule la moitié de la production rizicole du pays et 17% des exportations à l’international de la céréale.

Mais le fleuve accueille également des cultures piscicoles et des cultures de soja. Un incroyable écosystème prend vie dans ses eaux.

Propice à l’exploitation agricole, il présente aussi un intérêt politique. Depuis 1992, la Chine a bâti des barrages à travers le Mékong. Elle exerce une main-mise sur 95% du fleuve, sa source se situant en son territoire.

Mais ce cours d’eau paradisiaque subit depuis plusieurs années les effets néfastes du réchauffement climatique et de l’urbanisation. Une situation qui paralyse les cultures régionales, au point d’engendrer la disparition des rizières.

 

Débutons par les causes à long-terme. La hausse des températures et la montée des eaux menacent de très près le delta du Mékong. Le climat frisera les 40 degrés d’ici 2050 et le niveau de la mer gagnera entre 45 et 75 centimètres. Pour les rizicultures se trouvant à moins de deux mètres de la surface de l’eau, cette élévation se montrera dévastatrice.

Le réchauffement climatique est aussi à blâmer pour les changements météorologiques frappant la région. Des sècheresses et crues extrêmes sévissent sur le fleuve. C’est en janvier 2016 qu’elle connaît sa pire vague d’aridité, causée par le phénomène « El Niño », un courant côtier saisonnier.

 

Source :  l'Humanité

Cependant, n’écartons pas les effets de l’urbanisation sur le delta du Mékong. Certes, les barrages produits par la Chine ont permis de résoudre les épisodes de sécheresse au delta du Mékong - tout en exerçant un stress hydrique forcé sur le Vietnam. Mais leur construction endommage d’autant plus l’écosystème. Le delta est très riche en sédiments. Imaginez le fleuve comme une éponge qui aspire le surplus d’eau durant la saison des moussons pour le relâcher pendant les périodes sèches. Ces sédiments sont, par conséquent, capitaux au bon fonctionnement de son écosystème puisqu’ils permettent de reconstituer les sols perdues du Mékong. Ils conditionnent également les cultures piscicoles puisqu’ils filtrent l’eau salée pour la rendre douce.

L’extraction intensive et illégale du sable et la construction des barrages par la Chine ne fait qu’entraver leur flux, causant un fléau concomitant majeur pour le delta du Mékong.

 

Source : VietnamPlus

 

Le fleuve est idéal pour la riziculture grâce à la faible teneur en sel de son eau. Il s’agit du plus grand bassin d’eau douce dans l’Asie. Mais le ralentissement des flux de sédiments a laissé place à un trop-plein d’eau de mer.

Les habitants du delta du Mékong parlent aujourd’hui de « saisons salées ». Quatre grammes de sel est la quantité maximale supportée par les plants de riz. Une limite surpassée durant l’hiver 2015-2016 avec un taux qui dépasse les 24 grammes, selon le Ministère de l’Agriculture et du développement rural.

 

 

Autre solution désastreuse sur le long-terme, les habitants du Mékong puisent dans les nappes phréatiques pour compenser le manque d’eau douce et potable. Les effets de ce pompage excessif se font sentir : le delta s’affaisse d’un à quatre centimètres par an, comme le souligne l’IOP. Les ressources souterraines s’épuisent. L’avenir des générations futures est compromis et la qualité de l’eau est ternis par l’arsenic, résultat de l’extraction minière.

 

 

Cette crise agricole apporte des conséquences catastrophiques sur l’économie du pays. Autrefois le second exportateur de riz dans le monde, le Vietnam se retrouve aujourd’hui à la cinquième place, derrière l’Inde, la Thaïlande, les États-Unis et le Pakistan. Le delta du Mékong représente 95% de ses exportations de riz. 30 variétés de riz sur 90 sont menacées par les changements météorologiques, d’après Nguyen Thi Lang, professeure à l’Institut de recherche sur le riz de Cuu Long.

 

Pour remédier à cette crise, certains cultivateurs vont s’adapter aux « saisons salées » en remplaçant les rizières par des cultures crevettières, plus accommodées dans les eaux saumâtres. L’Institut de Cuu Long cherche également à croiser des espèces de riz pour supporter les épisodes climatiques à venir. Mais sa validation reste incertaine.