Histoire de presque demain.

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(Article rédigé à la mi-avril, au tout début du confinement). 

À travers les âges, les épisodes d’épidémies ou de pandémies ont toujours été redoutés par les populations car ils représentaient des phases d’affaiblissement démographique et structurel des sociétés. Certains ont été davantage meurtriers que d’autres, laissant notamment les sociétés nord-africaines et eurasiennes de l’époque en lambeaux comme ce fut le cas lors de la peste Justinienne (du VIème au VIIIème siècle, faisant environ 25 millions de morts) ou encore la peste noire (de 1346 à 1353, faisant environ 75 millions de morts). Ces moments de l’Histoire sont remplis de doute, d’incertitude, et de désespoir et pour cause : la mort est partout. 

Si la situation n’est évidemment pas la même actuellement, cela peut se justifier par plusieurs facteurs :

- le virus qui nous a gagné n’est peut-être pas aussi puissant (en terme bactériologique) que ne purent l’être ces épisodes de peste

- et nos connaissances ainsi que nos moyens techniques d’endiguer la contagion sont beaucoup plus conséquents, développés, et efficaces. Malgré cela, nous nous devons d’être très attentifs à ce virus qui emporte - pour la plupart - les plus fragiles et qui destabilise nos sociétés contemporaines. Ce qu’on a pu remarquer dès l’apparition du virus, c’est qu’il a été profondément sous-estimé par l’ensemble des acteurs de la société : dirigeants politiques, acteurs du monde de l’entreprise, ainsi que la sphère citoyenne. Car dans le fond, qui pensait vraiment qu’on en arriverait là ?

Cependant, ce déni de gravité n’est pas étranger à notre philosophie libérale, ultra-consumériste, et courtermiste. Dans un monde où l’on minimise les risques à long terme et maximise les profits immédiats, il est tout à fait logique que les décideurs politiques et les financiers aient tout fait pour décrédibiliser l’hypothèse selon laquelle une maladie infectieuse allait perturber les marchés financiers à l’échelle internationale. Et donc court-circuiter la machine à cash mondialisée.

Désormais, la situation est critique : des gens meurent par milliers (nous avons dépassé le cap des 250 000 morts dans le monde), plus de la moitié de l’humanité est confinée, et l’économie mondiale est en berne. Mais ce que nous devons avant tout retenir, c’est que des gens meurent. Du COVID19 oui, mais aussi à cause du confinement. Les personnes en situation d’extrême pauvreté sont plus encore dans la précarité (d’un point de vue financier, alimentaire, et sanitaire bien évidemment) comme on a pu le voir dans les quartiers dits « populaires », et la famine s’accroit gravement dans les pays à la santé financière fragile.

Et si le temps était enfin venu d’oser autre chose ? D’en finir avec le cycle de l’argent roi, de ce monde où l’on « nationalise les pertes et privatise les bénéfices » ? Où l’on considère la nature uniquement comme étant un produit brut à transformer ?
Depuis le début des années 2010, la quasi-totalité des acteurs internationaux appellent à des voeux pieux, principalement sur les plans écologique et social. Car la situation est particulièrement grave. Le « triomphe » de la COP21 de Paris en est un révélateur, mais aucune action concrète répondant à l’urgence de la situation n’a été pour l’instant menée. Pourtant on observe que les tribunes rédigées par des scientifiques, annonçant pêle-mêle la 6ème extinction de masse ou l’arrivée de nouvelles maladies, sont de plus en plus nombreuses dans la presse généraliste. Les réunions pour le climat et pour un monde plus juste, solidaire, et équitable se multiplient également. De plus il est un fait certain : la crise du COVID19 ne va certainement pas atténuer les appréhensions et les craintes émises depuis un certain temps, particulièrement vis-à-vis du monde de la finance.

À l’heure où le déconfinement s’amorce, entre crainte de rechute et espoir d’un renouveau ressemblant étrangement à un passé très proche, plusieurs scénarios peuvent être explorés pour savoir à quoi ressemblera le monde de demain :

  • premièrement, l’option la plus novatrice et donc la moins crédible ou probable. Celle où l’ensemble des acteurs admettraient les failles de notre système et décideraient de prendre les décisions que nous nous devons de prendre. Un monde moins globalisé, moins mondialisé, davantage profitable pour tous, où nous saurions faire les efforts nécessaires afin de concilier respect de la nature, consommation raisonnée et raisonnable, et décroissance ;

  • deuxièmement, l’option d’une société « hybride » fonctionnant à mi-chemin entre la société d’hier et celle (idéalisée) de demain. Celle qui d’ailleurs est encouragée par divers fonds d’investissement depuis quelques temps (Varenne Capital Partners par exemple). C’est cette option qui mettrait en avant les principes de « développement durable » ou encore de « capitalisme vert » (mais le concept de « finance verte » est-il sérieux et cohérent ?). Cette alternative est possible, mais plutôt à moyen terme, si l’on en croit l’appel du gouvernement au retour à la sacrosainte croissance. Car dès le 11 mai, tous les acteurs de la sphère économique vont chercher à se relancer au plus vite. Or, évolution et précipitation sont rarement compatibles ;

  • troisièmement, l’option qui voudrait qu’on ne change rien ou presque. C’est l’option la plus sérieuse. La plus probable. Après deux mois de confinement, la plupart des gens sont euphoriques à l’idée de reprendre leur vie « comme avant ». À retravailler « comme avant ». À consommer « comme avant » (comme en témoigne les images de file d’attente devant différents McDonald’s en France). Et cette envie irrépressible de revenir à la normale peut faire penser qu’il est possible que nous nous remettions à agir comme si la crise du COVID19 avait été insignifiante. Si l’on accorde une réelle importance aux propos tenus par le patron du MEDEF Geoffroy Roux de Bézieux en avril 2020, invoquant la relance de l’économie par tous les moyens nécessaires, il parait fort probable que cette option soit la plus sérieuse et la plus fidèle à notre réalité à court terme.

    Quoi qu’il en soit, il y a fort à parier que la société de demain ressemblera étrangement à celle d’hier. En revanche pour celle d’après-demain, les paris sont ouverts.

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