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Chère sœur Marina,
Les murs que tu as dressés autour de toi tremblent, je le sens jusque dans l’air que je respire. Tu es fatiguée, je le devine à travers ces silences que tu m’envoies, à travers ces absences qui peuplent tes lettres. Depuis combien de temps portes-tu ce poids ? Depuis combien de jours donnes-tu sans recevoir, espérant une justice qui ne vient pas ?
Viens. Quitte cette cage où tu t’étires en silence. Ici, l’air est vaste, le temps s’étire sans contrainte, et les arbres chuchotent des secrets que les villes ont oubliés. Chaque matin, la brume danse sur les collines avant que le soleil ne l’efface en caresses dorées. Chaque nuit, les étoiles veillent, plus nombreuses qu’aucune lumière artificielle ne pourrait les ternir. Ici, rien ne presse, rien ne juge.
Tu as trop donné aux autres, il est temps de te reprendre. Laisse derrière toi les injustices, les promesses creuses et les regards qui t’ont pesée plus qu’ils ne t’ont portée. Laisse ces visages s’effacer comme la buée sur une vitre au matin. Viens, et repose ton âme.
Je t’attends. Le sentier qui mène à la maison est toujours bordé de lavande, et la porte est grande ouverte.
Ta Yin
Ma chère Yin,
Ton appel m’est parvenu comme un feu de cheminée dans une nuit d’hiver glacée. Depuis que j’ai reçu ta lettre, je n’ai cessé d’y penser, la relisant encore et encore, comme pour m’imprégner de sa chaleur. Il est des moments où l’âme tremblote, où l’on se sent naufragé parmi des rivages hostiles, et dans ces instants d’incertitude, il n’y a que la famille pour rallumer la lumière qui doit éclairer de nos jours.
Oui, je viendrai. Je quitterai ces murs sans âme, ces rues sans horizon, ce monde où l’on me jauge sans jamais me voir. Je viendrai retrouver le nôtre, celui où l’écho de la montagne en dit plus long que mille paroles creuses, celui où l’odeur du pain sur la pierre chaude et le crépitement du bois dans l’âtre remplacent les discours vides et les regards de débiles.
Je revois déjà la maison des ancêtres, perchée sur les hauteurs comme un nid de pierre et de souvenirs, superbement drapée de blanc sous la caresse de l’hiver. Je me souviens de nos matins d’enfance, lorsque nous ouvrions la porte sur un paysage transformé, les arbres courbés sous la neige, le sentier effacé par le linceul glacé, et nos pas hésitants, dessinant de nouvelles routes dans l’infini blanc.
Que reste-t-il de cette insouciance, Yin ? Peut-être l’avons-nous trop longtemps laissée derrière nous, enfouie sous les années et les devoirs. Mais je veux croire qu’elle est encore là, qu’elle nous attend, dissimulée dans un souffle de vent, dans le tintement d’une cloche d’école de campagne, dans le retour de nos rires autrefois insouciants.
Prépare-moi une place près du feu, et serre-moi fort lorsque j’arriverai. Loin de tout, loin de ceux qui ne savent ni apprécier ni comprendre, je veux retrouver le seul refuge qui vaille : celui de notre maison, celui de notre sang.
À très bientôt,
Ta Marina
- Extrait de Les Semeurs d'épines

