La Walkyrie aux escarpins vernis
La Walkyrie aux escarpins vernis
La Walkyrie aux escarpins vernis
Séance 1 – L’odeur du tabac italien
Elle est entrée avec dix minutes de retard.
Dans mon métier, le retard est un langage. Ici, il semblait hurler en silence : « Je vaux bien que vous m’attendiez ! »
— Je m'appelle Ariane, a-t-elle lancé d’une voix éraillée, sans l'ombre d'une excuse.
Elle s'est laissée tomber sur le canapé. Vingt-cinq ans, peut-être vingt-six. Une insolente beauté, peau trop lisse, bouche outrageusement rouge. Elle portait un perfecto en cuir épais, zippé jusqu'au menton telle une armure qui n'a pas tardé à crisser contre le tissu du divan.
— Pourquoi êtes-vous ici, Ariane ?
Elle a brusquement croisé les jambes. Une cheville fine s'agitait, faisant osciller frénétiquement un escarpin verni tel un métronome de chevauchée wagnérienne. Elle a fixé le diplôme au mur, pour éviter de croiser mon regard.
— C'est compliqué. C’est un homme. Je ne suis pas la seule dans sa vie.
J’ai hoché la tête. Triangle. Classique. Je me suis calée, prête à écouter la litanie.
— Il dit qu'il ne l'aime plus, l’autre. Ils vivent comme des colocataires. Elle est… glaciale. Cérébrale, trop intello, vous voyez ? Elle dissèque tout mais ne ressent plus rien.
Dévalorisation de l'épouse. Standard. C’était fascinant, me suis-je dit. Tous les hommes adultères puisent dans le même inconscient de médiocrité. Telle une sorte de « prêt-à-porter » du mensonge.
— Et vous le croyez ? ai-je demandé, ma voix parfaitement neutre.
— Je le crois. Avec moi, il redevient… vivant.
Elle a fait un geste ample. Un effluve m'a percutée. Tabac froid, cuir vieilli et une pointe sucrée. Une fragrance italienne, racée. J'ai inspiré doucement. Cette odeur masculine s'accrochait à son blouson.
— Il a une expression, a-t-elle ajouté. Il dit toujours : « Le bonheur, c'est de ne pas regarder l'heure. »
J'ai refermé mon carnet. Encore un aphorisme de séducteur. Joli, mais tellement convenu.
— C'est une phrase élégante, ai-je concédé poliment.
Ariane a planté son regard dans le mien. Pupilles dilatées, fiévreuses.
— Oui. Mais elle n'est pas faite pour les gens qui ont trop d'horloges autour d'eux.
J'ai jeté un coup d'œil discret à la pendule qui m’indiqua la fin de notre séance. Cette histoire qu'Ariane croyait unique, je la connaissais déjà par cœur.
Séance 2 –
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de
Mathilde Rosati
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