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Spin-off : En Cubovision

Spin-off : En Cubovision

Publié le 6 mai 2022 Mis à jour le 6 mai 2022
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Spin-off : En Cubovision

Le mot de l’auteur

Chez Treizième Lune, ils sont fous. Enfin, je dis “ils”. J’ai embarqué. Je les ai aussi embarqué.

J’ai embarqué par hasard en rejoignant le comité de lecture, histoire de nourrir ma curiosité sur les coulisses de l’édition.  C’est un monde magique qui me passionne.

Et puis un jour David Beraud cherchait quelqu’un pour lancer un spin-off. Il fallait une idée originale pour que le lecteur puisse voyager d’un univers à un autre.

Devinez qui s’est porté volontaire !

J’ai soumis l’idée de Cubovision ; ils ont embarqué.

“ Il est amusant ce cube…

Vous devriez l’essayer. ”

En cette période favorable à la contestation, certaines personnes me parlaient de reptiliens et autres extra-terrestres. Ça arrive quand vous êtes un dangereux complotiste qui incite les gens à manger sainement. J’ose ?

J’ai osé. J’avais planté le décor. Mais avec quoi ouvrir le bal ? Lancer le premier épisode avec Tagada ? Le polar noir n’est pas franchement leur fonds de commerce. Le roman n’était même pas à moitié rédigé . Mai peu importe.

Après les échanges de mails, les corrections, les contre-corrections, bref la relation classique entre un auteur et son éditeur, les résultat est-là. Nous aimons bien. J’espère que vous prendrez autant de plaisir à sa lecture que moi à son écriture.

Cubovision : Episode 1

“ Il est amusant ce cube… ”

David s’était endormi sur le bureau de campagne où il comptait étudier les artefacts, malgré sa légère insolation le matin même. Il avait loupé le bivouac. Le personnel des fouilles ne semblait pas avoir jugé opportun de le déranger. Pourtant, il lui avait vaguement semblé entendre quelqu’un parler du cube.

David le préleva au milieu d’autres pièces récoltées sur le site, qui semblaient présenter bien plus d’intérêt. Il le tourna et le retourna dans ses mains. Quel rapport pouvait-il avoir avec les dragons ?

S’il ne l’avait lui-même découvert sous une portion de mue parfaitement préservée, David aurait pu croire à une pollution du site. Mais non… Impossible d’aller le glisser là sans compromettre l’intégrité de la fragile structure d’épaisses phanères. D’ailleurs, ils se sont désolidarisés malgré toutes les précautions prises par Ahmed.

— Ah ! J’ai bien fait de parier avec lui qu’il n’arriverait pas à soulever ça sans en faire un puzzle ! Tu me dois cent dirhams Ahmed, lança Daniel avec enthousiasme !

Sacré Daniel. Avec ses lunettes rondes et son panama, ce rat de bibliothèque détonnait au sein d’une opération comme celle-là. Mais il savait convaincre son auditoire. Et ça faisait la différence au moment de recevoir les donations d’investisseurs. David remarqua que sa tente était toujours éclairée. Il devait sûrement écrire l’article concernant leur dernière découverte avec une bouteille de vermouth français à portée de main.

“ Il est vraiment amusant. Vous devriez l’essayer… ”

David se retourna. Scruta la pénombre. Personne.

Il jeta un œil distrait au cube qu’il tenait toujours en main avant de se diriger vers la partie du site sur laquelle l’équipe prévoyait de travailler le lendemain. La pierre de ce qu’ils pensaient être un hôtel de sacrifice était encore chaude d’avoir bu le soleil de la journée.

Le « chasseur de dragon » s’assit sur le bloc de grès strié de concrétions ferrugineuses. Tandis qu’il jouait encore avec ce prisme d’origine inconnue, David piqua encore du nez.

“ Buvez un peu. Vous allez faire un malaise.”

Bien que plongé dans une torpeur cotonneuse, David accepta le récipient d’eau fraîche avec plaisir. Il se sentait bien mieux entre ces murs qu’exposé dans les dunes. Mais où était-il ? L’architecture du lieu lui en rappelait plusieurs autres en même temps. Face à lui se tenait… une créature humanoïde. Deux bras, deux jambes, une bouche, des yeux. De grands yeux aux pupilles verticales. Une peau écailleuse présentant différentes nuances de vert, de bleu, de brun…

— Qu… qu’êtes… qui êtes-vous, bégaya David. Où suis-je ?

— David ! Réveille-toi !

— Où suis-je ?

Ahmed le giflait.

— David !

— Ahmed ? Où… où est-il ?

— De quoi tu parles ? Les cousins vont te ramener. Il ne faut pas que tu restes comme ça !

Ahmed fit signe à deux employés des fouilles pour qu’ils l’accompagnent jusqu’à sa tente et l’aident à s’allonger. À peine étendu, David se remit à rêvasser à demi-éveillé.

***

“ Eh bien, vous nous avez fait une frayeur, David.

David ne savait pas s’il devait répondre. Qui était cette créature ? N’était-elle pas simplement le fruit de son imagination ?

“ Je suis Gooples. Et non, je ne suis pas le fruit de votre imagination. Nous sommes à la croisée de nos mondes.

David se rendit compte qu’il était à la fois sous sa tente et dans le bâtiment où évoluait Gooples, qui manipulait le cube avec une facilité déconcertante. L’objet paraissait soudain si petit entre les grandes mains de la créature.

“ Vous avez trouvé le Cubovision. Il n’est pas aussi facile à maîtriser qu’il en a l’air. Surtout pour quelqu’un comme vous qui n’a pas encore ouvert son œil intérieur. Il est nettement plus évolué que l’ancien dispositif.

— Si vous le dites…

David n’était pas sûr de comprendre si son interlocuteur utilisait l’image de « l’œil intérieur » pour désigner la télépathie. Mais ce n’était pas important. Un flux d’informations incroyablement sensorielles lui parvenait alors que Gooples se connectait à quelque chose ou quelqu’un… Impossible pour lui de vraiment le définir sur le moment.

Gooples semblait connecté à un monde étrange. Une société dont David pouvait ressentir la noirceur à travers la communication télépathique et qu’il n’aurait pas imaginée même dans ses pires projections. Un univers violent et compromis.

Dans ce monde-là, une poignée d’individus qui a tout, ou presque, empoisonne la majorité restante qui n’a rien, ou presque. Ensuite, ils leur vendent des remèdes pires que le mal. S’enrichir toujours plus. Mieux contrôler ce bétail humain. Une véritable dystopie. Un modèle révoltant ! Et pourtant, la majorité qui n’a rien, ou presque, cautionne ce système en déposant régulièrement un petit rectangle de carton dans une urne.

La plupart de ceux qui n’ont rien, ou presque, s’entassent dans d’immenses cités. Les uns sur les autres, dans des cages rectangulaires divisées en plusieurs pièces d’habitation, où ils amassent leur presque rien comme un trésor. Ils mettent des verrous et des chiens à l’entrée, de peur de perdre leurs maigres possessions. Plus improbable encore, certains d’entre eux commettent des actes de violence pour s’approprier le presque rien des autres.

Gooples s’adressa à David :

“ Je crois que ce sont les marionnettes d’une créature méchante.

“ Rien que d’imaginer une créature capable de ce type de ravages sur toute une planète… j’en frissonne.

— Mais avouez, vous aimez vous plonger dans ce genre de frisson, l’interrogea David.

“ Oui. J’aime beaucoup ça !

Gooples changea de sujet. Il s’était pris d’intérêt pour un groupe d’individus qui recherche les coupables d’horribles crimes. Il éprouvait un certain attrait pour leurs psychologies particulières…

Rien que d’imaginer une créature capable de ce type de ravages sur toute une planète… j’en frissonne.

Est-ce le fait que leurs hiérarchies respectives se soient débarrassées d’eux en créant le Bureau qui les rend si intéressants ? Il émane de chacun d’eux une certaine aigreur, une forme de rejet de la société. Chacun à leur manière que les autres ne comprennent pas toujours. Mais quelque part, cela les unit malgré leurs différences. Un peu comme dans…

“ Qu’est-ce qu’une série policière, David ?

David ne répondit pas immédiatement. Il venait de reconnaître son propre monde avec effroi. Les bons vieux États-Unis d’Amérique étalaient leur crasse dans toute leur splendeur. Miroir d’une planète Terre gangrénée jusque dans sa moindre parcelle « civilisée »…

“ En effet, c’est votre monde, David. Ou presque…, intervint Gooples en réponse aux pensées de l’archéologue.

— Ou presque ?

“ Oui à un ou deux détails près.

“ Mais revenons aux membres du Bureau. Il y a ce Raymond. Je crois que c’est le plus étrange.

David joignit ses mains à celles de Gooples sur le cube. Elles paraissaient bien petites comparées à celles de la créature. Et notre aventurier se laissa submerger par un flot d’émotions primaires que son formateur improvisé l’aida à filtrer. La technique nécessaire n’est pas innée, même pour les créatures comme Gooples.

David comprit rapidement ce que Gooples entendait par « étrange ». Dire que Ray est un individu haut en couleur serait un euphémisme. Il a notamment une sorte de relation de couple avec sa… voiture, Marcy.

“ C’est le mot que vous employez pour le véhicule motorisé ? Voiture ? Ce n’est pas très optimal pour se déplacer. Ça consomme beaucoup trop de carburant fossile pour les vitesses qu’il atteint.

— Surtout la vieille Buick de Ray, soupira David.

Dans l’esprit de Ray, il y a une sorte de confusion entre cette voiture et une compagne. Il l’aime et la hait en même temps. Et il dépense presque tout son revenu pour l’entretenir. Le reste, c’est pour l’alcool, son carburant à lui.

Mais celui qui intéresse le plus Gooples se nomme Franz. Ou Franjo. Difficile à dire. Les autres l’appellent Tagada. L’idée est plus simple. Elle est claire, constante. Tagada c’était aussi le nom employé pour désigner son père. Un vieux soldat réduit à se déplacer dans un fauteuil roulant.

L’esprit de celui-là est un beau sac de nœuds. Parfois, Gooples a beaucoup de mal à suivre le fil de ses pensées. Surtout qu’elles sont largement noyées par une sorte de résonance. Un bruit de fond difficile à exprimer. Un peu comme le sentiment qu’il est tard ce soir depuis ce matin. Sauf en quelques rares moments où il est heureux ; ils ne durent pas. Tagada apprécie aussi l’alcool.

Pourtant le bourbon ne l’aide pas particulièrement à se sentir mieux. C’est plus un anesthésiant quand son esprit torturé l’empêche de trouver l’apaisement. Trop de choses horribles s’y bousculent. Les horreurs perpétrées par ce tueur qu’il poursuit en vain. Ses propres erreurs passées. L’épisode de la bicyclette. Son désir pour cette personne hors de sa portée.

Elle, c’est Dom Preacher. Une petite blonde pétillante. Son esprit d’analyse très fin est lui aussi sujet au bourdonnement d’une résonance de fond dont le sens échappe à Gooples. Il aime particulièrement se connecter à elle avec le Cubovision. Car il peut éliminer le bruit de fond pour profiter de la structure bien ordonnée de ses pensées. Peut-être parce qu’elle consomme beaucoup moins d’alcool que les autres ?

“ Ce que je préfère chez Dom, ce sont ses pensées dans les moments de détente. La première fois… Je vous montre. On peut également revivre les scènes avec le Cubovision.

 La jeune femme se détendait dans un bon bain chaud. David avait nettement l’impression de prendre ce bain lui-même. Il lâcha le cube de surprise.

“ Oui, ça peut surprendre. On ressent tout, le plaisir, mais aussi la douleur. Et quand on n’est pas entraîné à filtrer, cela peut être dommageable. Le Cubovision est amusant. Mais il faut rester prudent dans son utilisation.

“ Il peut devenir terriblement addictif si on se laisse emporter par la curiosité sans fixer de limites.

David percevait les pensées de Gooples sans les assimiler, absorbé par ce qu’il vivait au travers du Cubovision. La puissance du dispositif aidant, il explorait en profondeur le plaisir de Dom.

Plus tard dans la soirée, Tagada s’est présenté chez elle. Il venait d’avoir un éclair de génie. L’intime conviction qu’ils avaient arrêté la mauvaise personne. Que le vrai tueur était toujours en liberté. Dom l’a reçu emmitouflée dans le plaid qu’elle avait sorti pour s’installer devant un film d’épouvante avec un gros pot de glace. Les cheveux défaits, des chaussettes dépareillées parce que le chien avait bouffé les petites sœurs. Lui non plus n’était pas très glamour sur le moment. Finalement, de la glace, il y en avait assez pour deux.

***

David se réveilla barbouillé comme un lendemain de Noël. La connexion avec Gooples s’estompait doucement.

Daniel se tenait assis près du lit de camp.

— Tu nous as fait une frayeur, David. Tu es sûr d’aller bien ?

— Mieux que jamais !

— Tu parlais tout seul dans ton sommeil.

David sourit…

— Passe-moi le cube derrière toi, sur la table. Tu vas voir, c’est terriblement amusant !

Daniel s’exécuta. David posa le cube entre ses paumes, invita le reporter à y joindre les siennes et se laissa porter…

David se réveilla barbouillé comme un lendemain de Noël.

A suivre sur : https://www.treizieme-lune.com/cubovision/

 

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