Shakespeare #1
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Shakespeare #1

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Année après année,  jour après jour, nuit après nuit, je ne me départis pas de ma fascination et de ma passion pour Shakespeare, surpris sans cesse d'un tel génie littéraire à la fois si ancien et si moderne.

 

Je n'ai ainsi jamais achevé le tour de ses 154 sonnets, que je relis à chaque traduction, et que j'essaye moi même de traduire.

 

A dire vrai, cette passion Shakespeare me laisse aussi en quête d'études littéraires sur son oeuvre poétique. Qui sait, auriez-vous des suggestions?

 

En matière de traduction, il est en vérité impossible de transcrire exactement la concentration d'images, d'idées et de sonorités qui de chaque sonnet fait un pur diamant.

 

J'ai un grand fort (et non un faible) pour la traduction adaptation de Pierre Jean Jouve, une merveille, parfois difficile à saisir, mais guidée par le choix audacieux et ici magnifique de s'éloigner du texte pour retrouver le sens.

 

Une conversation sur l'amour, le sentiment de faire un avec l'être aimé, et la souffrance pour autant d'être séparé et seul, a fait revenir à ma mémoire le souvenir d'un sonnet, le sonnet 36.

 

Shakespeare mieux que nul autre il me semble donne aux amants ce conseil d'accepter de porter par eux-mêmes leur propre poids, leur propre souffance ou noirceur afin d'éviter d'en contaminer l'amour, ce qu'il appelle les "tâches" (blot), mais aussi l'injonction de garder leur secret.

Difficile d'interpréter pleinement le sonnet 36, Shakespeare assignant à chaque amant le devoir de préserver la réputation de l'être aimé et ainsi de ne jamais l'exposer publiquement, le contraire en somme de ce que nous incite à faire  notre âge numérique et de nos moeurs actuelles, au péril de l'amour, au risque d'accroître notre solitude et d'oublier que l'amour est scandale…

 

Le sonnet 36

Let me confess that se two must be twain,

Although our undivided loves are one :

So shall those bloths that do with me remain

Without thy help, by me be borne alone.

 

In our two loves there is but one respect,

Thought in our linves a separable spite,

Which though it alter not love's sole effect

Yet doth it steal sweet hours from love's delight.

 

I may not evermore aknowledge thee,

Lest my bewailed guilt should do thee shame,

Nor thou with public kindness honor me,

Unless thou take that nonr from thy name.

 

But do not so, I love the in such sort,

As thou being mine, mine is thy good report.

 

 

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Jouve traduit ainsi, en prose, ce sonnet difficile :

Laisse moi dire que nous devons être deux, bien que nos amours indivisés soient un : ainsi ces taches noires qui demeurent en moi, sans ton aide, devront être portées par moi

En nos amours il n'est qu'une seule intention, malgrè que dans nos vies soit un mal qui sépare, et bien que n'altérant l'efficace de l'amour, dérobe des temps doux aux plasirs de l'amour.

Il ne m'est pas permis de toujours te connaître, de peur que mon péché pleuré te fasse honte; tu ne peux m'honorer de publique bonté sans prendre cet honneur-là sur ton nom;

Ne le fais point, je t'aime en telle sorte que toi étant mon bien, mien est ton bon renom.

 

***

 

Ne m'en voulez pas, cher lecteur, mais de ce sonnet j'ai proposé un commentaire qui a malheureusement été perdu par Panodyssey au moment de le publier…

Je n'ai guère la force et le temps de le réécrire. 

L'idée en était que Shakespeare nous rappelle que l'amour est toujours un scandale.