Entrer en poésie...

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On entre en poésie comme on entre dans les ordres.

Entrer en poésie c’est accepter d’être traversé par la transcendance. C’est un aller sans retour. Une fois que l’on accepte de transmettre le jaillissement intérieur, il n’y a pas d’échappatoire. Condamné à être saisi à chaque instant par la beauté du monde. Sans crier gare, dans le métro, dans la rue, lors d’un dîner avec des amis, la poésie te saisi. Elle te fait échapper et extraire du moment. Simultanément tu perçois toutes les dimensions de l’instant : la temporalité, l’extra temporalité, l’espace multidimensionnel, la vie, la mort, l’amour, Dieu, l’âme, l’esprit et le corps.

Cette perception extra sensorielle est à la fois grandiose et tragique. Tu es ici et ailleurs tout à la fois. Au milieu des autres, tu es comme eux et complément étranger.

Que faire si ce n’est accepter. Accepter d’être traversé, accepter que ce moi profond, universel et personnel, prenne le dessus et t’utilise pour s’exprimer. Exprimer l’essentiel de l’être, exprimer l’animalité, exprimer le ressenti, exprimer le perçu inaperçu.

C’est ça entrer en poésie. Une forme de lâcher prise, d’acceptation d’une réalité qui te dépasse. Accepter ta différence et les souffrances qui y sont liées. Accepter que les hauts soient plus hauts et que les bas soient plus bas. C’est vivre avec des couleurs qui ne sont pas répertoriées, des odeurs temporelles, des émotions mémorielles.

Je sais d’ailleurs en écrivant, en ce moment même, que je ne suis que l’instrument de cette poésie qui vibre en moi. Elle est émotion pure, art, dénégation de la mort, tragédie et comédie de la vie, amour des autres que l’on perdra un jour car ils mourront comme moi. Et accepter cet état évanescent, surdimensionnel et extranuméraire. Accueillir ce petit supplément d’âme qui distingue l’art de la pragmaticité du monde. Accepter sa propre inaptitude au réel, sans cesse recrée, réécrit, repensé. Comprendre enfin qui l’on est, une simple coquille de noix qui vogue sur un océan déchaîné. Qui vogue, qui bringuebale, qui entrechoque, mais qui jamais ne coule.

F. R.

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