L'heure native est si calme
Au loin sont des brumes qui laissent dériver leurs écharpes parmi le couvert des arbres. Les chatons des saules, l'écorce cendrée des bouleaux s'agitent sous la levée de l'aube alors que la lumière commence à faire sortir de l'ombre un ruisseau pareil à l'ondoiement du mercure. Son cours est sinueux, paresseux, genres de méandres romantiquement pliés sur leur encolure, tels des cygnes reposant sur l'onde. Plus loin, des collines, à moins qu'il ne s'agisse de généreux tapis de mousse agrandis par la vision de la Rêveuse. Puis les chandelles des peupliers levées dans d'épaisses toisons d'ouate. L'heure native est si calme, rare, évanescente, qu'elle dispose à la rêverie, au songe sans fin, aux émerveillements de l'esprit, aux étirements souples du corps que, plus tard, les rayons du soleil viendront frapper de leur blanche réalité. Bientôt, pareille à la vitre brisée occultant en partie le bras de l'à peine Eveillée, le surgissement aura lieu qui entaillera le ciel de sa lame aiguë. L'ombre lumineuse et dispensatrice ne sera plus là qui protégeait, inclinait l'âme aux rêveries solitaires. L'argile fera ses lézardes sous les coups de boutoir des rayons obliques ; les hommes, sur la Terre, dissimuleront leurs tremblantes épiphanies derrière des cache-nez, de hauts cols au fond desquels les anatomies travailleront à retourner dans leur nuit primitive, originaire, lieu du refuge jamais oublié. Car c'est ainsi, l'intervalle, le basculement, la pliure insérée comme un coin entre la nuit donatrice et le jour captateur est toujours le lieu d'une douleur, le territoire d'une effraction.
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