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Une Prévention
Non-fiction
Visual arts
calendar Published May 4, 2026
calendar Updated May 4, 2026
time 4 min
Creative Transparency Label
15+
Image / Human image
Text / Human creation

Une Prévention


Décris seulement, n'explique pas. — Ludwig Wittgenstein.


Regarde.


La ligne rose claque comme une gifle sur le mur blanc. Elle sépare le monde en deux : en bas, le confort mou des coussins jaunes où l’on pose son cul en attendant que l’aiguille du tatoueur déchire l'air ; en haut, le drame qui pèse, encadré comme une relique.


Lyon. L’odeur du désinfectant et de l’encre. Tu es là pour t’écrire des choses sur la peau, pour te donner une gueule, mais le vrai récit est déjà suspendu au-dessus de ta tête.


J’ai cadré ça avec une sorte de rigueur froide. La règle des tiers, l'équilibre des masses... tout ça n'est que de la mécanique pour masquer le vertige. La plante à gauche s'accroche à sa corde, désespérée, cherchant une lumière qui n'existe pas dans ce salon. Elle est la seule chose qui respire vraiment, avec ses feuilles qui tombent comme des larmes lentes, tandis que le reste n'est que pigment et souvenir.


Le tableau, c'est un hurlement venu d'ailleurs. Une affiche de prévention indienne, brute, presque grossière. Un homme s'écroule, sa carcasse ne tient plus. Sa famille l'entoure, des visages pétris d'une douleur qui ne sait plus où s'adresser. Le sang coule sur le sol bleu. Mais ne te trompe pas sur ce sang. Ne te trompe pas sur la bouteille.


L’alcool, tu sais, ce n’est qu’une étiquette collée sur le trou noir qu’on porte dans le bide ce matin-là. Une manière polie de nommer le rien. Au fond, c’est juste le trop-plein de poids que ton crâne ne sait plus retenir. Toute la crasse du monde qui remonte. Les petits arrangements, la décomposition lente de la société, et ce type bien propre sur lui, avec sa soie et son odeur, qui attend qu’on crève pour nous bouffer le foie. C’est le même poison. Juste une question de flacon.


Et puis, il y a ce sac noir.


Posé sur le coussin, comme un point final. Il est vide ou plein, on s'en fout. Il est l'absence. Le propriétaire est peut-être dans l'arrière-boutique, en train de se faire graver une fleur ou un démon pour oublier qu'il est, lui aussi, un personnage de ce tableau.


Et tout en haut, trônant au-dessus du chaos, il y a ce poisson. Une tache orange, un éclat de néon dans la mélasse. C’est le gardien du silence. Celui qui tourne en rond pour que tu oublies que tu es en cage. C’est le dieu de l’amnésie, le petit flic de la mémoire qui s’assure que la réalité reste dans le tableau.


J’ai poussé les couleurs jusqu’à ce qu’elles fassent mal. Le jaune des coussins répond au jaune de la robe de la femme qui pleure. C’est une harmonie dégueulasse.


C’est une image qui ne raconte pas une histoire, mais qui expose une condition. Tu t’assois, tu poses tes affaires, tu regardes le désastre en attendant que ce soit ton tour de passer sous l’aiguille.


— Dato



Intellectual property & credits
© Cover Image une prevention / David Chkhaidze
© Author's name / pen name David Chkhaidze
© Other images in your text J’ai pris cette photo en février 2026 dans un salon de tatouage à Lyon, en attendant que le tatoueur prépare le matériel.
Creative Commons license
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Attribution required, no modifications,
non-commercial use only
CC BY-NC-ND

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