Le plus beau marché de la censure.
On parle souvent de liberté d’expression, de débat, de vivre ensemble. Mais il suffit parfois d’un détail - un mot, une question, une nuance - pour que ces grands principes se fissurent. Ce matin, j’en ai fait l’expérience à ma petite échelle.
Aujourd’hui, je me suis fait bloquer sur le réseau au F blanc sur fond bleu.
Par les administrateurs d’une page de ma région, celle d’un marché figurant parmi les vingt-quatre candidats au concours du “Plus beau marché de France 2026”.
Oui, rien que ça.
Mon commentaire ?
Une simple question : “Vous ne pensez pas en faire un peu trop ?”
Suite à laquelle je soulignais un excès de mise en scène, bien plus spectaculaire qu’à l’habitude.
Parce qu’en effet, depuis l’annonce faite sur le journal de TF1, relayée par maintes personnes publiques et autres relais locaux, mon fil d’actualité ne voit plus que ça : “Votez pour le marché de…”, “Ce matin, sur le marché de…”.
Une mise en scène qui transforme un marché en un cirque - où même un DJ est invité à la fête. Oui, un DJ.
Ce que j’ai vécu ce matin, en me faisant bloquer sans explication, m’a amenée à réfléchir sur la manière dont certaines pages publiques gèrent leur communication.
On nous parle d’ouverture, de convivialité, de “vivre ensemble”.
Mais dès qu’une nuance apparaît, même polie, même argumentée, elle devient immédiatement perçue comme une menace.
On assiste alors à ce que j’appellerais un blocage préventif pour éviter la dissonance.
I. La vitrine et le vernis
Il y a, dans certaines petites communes, une manière bien particulière de mettre en scène la vie locale.
On y organise des événements qui se veulent chaleureux, fédérateurs, presque exemplaires.
On y déploie des animations, des couleurs, des sourires, des photos soigneusement choisies.
Tout doit respirer la joie, l’énergie, la convivialité.
Et sur les réseaux sociaux, cette mise en scène se prolonge.
Les pages officielles deviennent des vitrines où l’on expose ce qu’il y a de plus lumineux, de plus festif, de plus flatteur.
Rien de surprenant : chaque territoire cherche à montrer le meilleur de lui-même.
Mais parfois, derrière cette façade impeccable, il suffit d’un simple commentaire - poli, nuancé, un peu ironique peut-être - pour que l’on découvre une autre réalité.
Une réalité où la nuance dérange, où la question gêne, où la moindre remarque qui ne s’inscrit pas dans le récit officiel devient soudain… indésirable.
II. Le blocage préventif
C’est là que tout devient intéressant.
Ce n’est pas la critique qui dérange, c’est la nuance.
Ce n’est pas la parole qui blesse, c’est le miroir qu’elle tend.
On parle d’ouverture, mais on pratique la fermeture.
On parle de débat, mais on préfère le monologue.
On parle de “vivre ensemble”, mais on bloque ceux qui osent dire :
“Là, peut-être, vous en faites un peu trop.”
Et ce blocage, discret, sans explication, sans confrontation, c’est ce que j’appelle la censure douce. Pas de cris, pas de scandale.
Juste un clic.
Et le silence.
III. La nuance n’est pas une menace
La nuance, c’est un courant d’air.
Léger.
Rafraîchissant.
Naturel.
Mais certaines pages officielles ont peur du vent.
Elles ferment les fenêtres.
Elles verrouillent les volets.
Elles mettent même un chiffon sous la porte.
Parce que la nuance, ça fait bouger les rideaux.
Et ça, elles ne veulent pas.
En conclusion
Ce n’est pas le citoyen qui manque de douceur.
C’est la modération qui manque de nuance.
Et dans ce “plus beau marché”, celui de la censure, on vend surtout du silence.
Et puisque chacun de mes essais se termine par une question, je me demande simplement :
Est‑ce la question qui dérange… ou le fait qu’elle ne danse pas au bon rythme ?
Ou bien est‑ce simplement que la nuance n’entre pas dans le scénario ?
@lapilafolie - Texte
Note de l'auteur : Ce qui me paraît le plus absurde dans cette histoire, c’est que je n’avais jamais laissé le moindre commentaire sur cette page. Pas un mot, pas une réaction, rien. Ma toute première intervention - une question polie, presque anodine - a suffi à déclencher un blocage immédiat. Comme si la nuance, même timide, était devenue suspecte par principe.
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