

Renaître, doucement
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Renaître, doucement
Renaître, doucement
Mon amour,
Tu sais,
je crois que je suis née deux fois.
Une fois dans le sang, les cris, le chaos.
Et une deuxième fois, quand tu m’as regardée comme si j’étais vivante alors que je ne l’étais plus tout à fait.
Je ne te l’ai jamais dit. Pas vraiment.
Mais tu es arrivé à un moment où je ne savais plus comment tenir debout.
J’avais disparu sous mes os, mes pensées, mes absences.
J’étais un champ de ruines silencieuses.
Et toi, t’es arrivé avec des mains qui n’ont rien forcé.
Avec une voix qui ne criait pas.
Avec un regard qui disait : Tu n’as pas besoin d’aller mieux pour que je reste.
Je ne sais pas si tu comprends.
Peut-être que pour toi, c’était juste un baiser sous les étoiles.
Juste un bain dans un étang.
Juste un rire, une soirée, une caresse.
Mais pour moi,
c’était tout.
C’était la première fois que je respirais sans que ça fasse mal.
C’était la première fois que je regardais le ciel sans vouloir y disparaître.
Tu m’as fait exister autrement.
Pas comme un problème à résoudre.
Pas comme un corps à réparer.
Juste comme quelqu’un qui avait le droit d’être là.
J’ai encore peur, souvent.
J’ai encore mal.
Mais maintenant j’ai aussi toi.
Et ça change tout.
Je crois que je ne saurais jamais vraiment te dire ce que tu représentes pour moi.
Pas avec les bons mots. Pas avec des phrases droites.
Mais je me souviens.
Je me souviens de ce soir-là,
où on s’est embrassés pour la première fois sous les étoiles.
J’avais le cœur qui battait trop vite, et la gorge serrée comme avant une crise.
Mais tu ne m’as pas pressée.
Tu as attendu.
Et puis, j’ai levé les yeux.
Il y avait ce silence autour de nous, un silence comme un cocon.
Et quand tes lèvres ont touché les miennes,
j’ai senti que peut-être, je pourrais vivre encore un peu.
Pas très longtemps,
mais au moins jusqu’au matin.
Un jour, tu m’as dit : “T’as pas besoin de guérir pour mériter l’amour.”
J’ai pleuré.
Pas parce que j’étais triste.
Parce que je ne savais pas que quelqu’un pouvait penser ça de moi.
Et puis il y a eu cette baignade.
Cet étang, cette eau glacée, ce rire que je ne me connaissais pas.
Ce moment où tu as plongé avant moi, et tendu la main pour que je te suive.
J’ai hésité.
L’eau m’effrayait. La vie aussi.
Mais ce jour-là, j’ai sauté.
J’ai sauté dans l’eau, et dans toi.
J’ai sauté dans la possibilité de redevenir quelqu’un.
Quelqu’un de vivant.
Il y a des jours où je me sens vide.
Pas fatiguée. Pas triste.
Juste… absente.
Comme si j’étais là sans être là.
Comme si mon corps avançait mais que je n’habitais plus dedans.
Des jours où tout devient flou.
Où même respirer me paraît trop.
Parfois, je pense à partir.
Ce n’est pas une envie brutale, pas une crise.
C’est juste une pensée qui passe, douce et cruelle :
"Et si je m’endormais pour de bon ?"
Et puis tu m’envoies un message.
Ou tu ris.
Ou tu me dis que j’ai de jolis yeux même quand ils sont cernés.
Et ça ne guérit rien.
Mais ça repousse l’idée.
Alors je reste.
Juste un jour de plus.
Juste une minute de plus.
Parce que t’es là.
Et que t’existes.
Et que c’est déjà beaucoup.
Tu vois, je ne guéris pas tous les jours.
Il y a des matins où je recommence à compter les calories comme des péchés.
Des soirs où je me cache pour pleurer en silence, parce que j’ai honte d’avoir encore mal.
Mais il y a aussi toi.
Il y a ton pull que je garde parfois sur moi, juste pour me sentir moins seule.
Il y a cette façon que tu as de poser ta main sur ma nuque, comme pour dire : "Tu peux t’effondrer, je suis là."
Il y a nos silences qui soignent plus que mille phrases.
Il y a ta patience, ton calme, ta lumière.
Tu ne m’as pas sauvée.
Mais tu m’as permis de vouloir me sauver moi-même.
Et ça…
c’est peut-être ça, renaître.
Pas tout changer.
Juste commencer à croire, un peu, que je mérite encore d’exister.
Alors merci.
Pour ton amour simple. Pour ta lumière douce.
Pour m’avoir tenu la main quand je ne savais plus où mettre les miennes.
Je ne sais pas où la vie nous mènera.
Je ne sais pas si j’irai vraiment bien un jour.
Mais je sais une chose :
grâce à toi, j’avance.
Et ce soir, pour la première fois depuis longtemps,
je n’ai pas peur de demain.
Winternight

