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Acte I Scène 2

Acte I Scène 2

Published Jan 18, 2026 Updated Jan 18, 2026 Poetry and Songs
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Enfin, de rêveries n’en faisons d’importunes

À notre corps choyé, notre douce fortune. 135

D’un regard honnête observons-là nos vies,

Est-il donc un confort qui nous soit interdit ?

D’acore le parfum n’emplit-il pas, un air

De tango pour nos yeux au profond de l’hiver ?

De nos vœux anciens, la poule au pot promise 140

N’est-elle pas plus qu’un péché de gourmandise ?

N’avons-nous recouvert nos squelettes de lait

D’étoffes, temps béni, et d’écrins de Bombay

Et dévoiler, pour chacun milles origines

De ce monde pour lui les caresses câlines ? 145

Enfin, d’un long passé de doutes et de fous,

En conservant le nom mais délaissant le joug,

N’avons-nous proclamé, à la fin d’étude

Les seules grandeurs vraies, contre la solitude

Et redonner `a tous le pouvoir de penser ? 150

Penser n’est qu’un mot, quand on cesse d’exister.

Mon esprit est église où, d’un archet `a l’alto

Un perfide démon entonne un adagio

Ceignant l’onde blessée de sourdes blessures

Déposant les douleurs sur ma chair de parjure. 155

Oh non, nul ne pourrait jamais vous contredire

D’apodictiques lieux vous fîtes un empire,

Où tout se tient, où tout se lie, où tout se fige.

Oh, l’exilé lui-même, usé de vos prodiges

Quand il va, droit et fort, d’un pied de doute sûr, 160

Marteler des chemins et longer de longs murs,

Ausculter son âme et se donner à l’étude

De la libre vertu et de la solitude

Ne dessinant jamais, de ses pas peints en noir

Que des cercles parfaits pour seules trajectoires 165

Vous ne le craignez pas, vous ne craignez pas l’heure

Du gorgé de jour et, dit-on, riche d’ailleurs

Et rien, ni récit, ni écho dans ses gestes

Ne vêtira pour vous une robe funeste.

Étirées vers l’oubli, des manies poussiéreuses 170

Arrachent des lambeaux de façades miteuses

Et vont, dans les vallons, les villes et les grèves

Broder sur un linceul des paysages de rêves.

Dussent-ils émouvoir ou répondre au tonnerre,

Cœur de silence ou se voir de lumière, 175

Le jaquemart du temps, de son marteau obtu

Frappant d’éternels coups sur ce sombre tissu,

N’extraira du tombeau, libations du néant

Que les tons continus d’un long contentement.

Le bruissement est doux et les morts vous sont beaux 180

Les récits sont retour et les songes repos.

Vrai, quelques fois, pourtant, résonne dans le mal

Une fibre tendue d’une idée de métal

Et la masse hébétée, revenant `a la charge

Refrappe ce point, dans son mouvement large 185

Sempiternellement, jusqu’à la surdité.

Les mornes contemplatifs aux yeux arrachés

Des cloches par milliers, libèrent de coups sûrs

Un rythme de langueur au milieu des murmures

Et l’harmonie est là, tout chante à la campagne 190

Et l’on s’émeut partout, des villes aux montagnes.

L’approbation des morts vous offre les vivants

Et nul ne vous confond pour un consentement.

Sous d’aptères pensées me voilà pris au sol,

Blême, suis-je donc le bien, suis-je ainsi le vol ? 195

Le regard s’éprend-il de la double vision

Sur un bras la plaie et le poing sur l’oppression ?

Ô funestes pensées, vous n’êtes qu’un reflet,

De la culpabilité du noir couperet,

Mais vous rongez l’esprit comme rongeait le bagne 200

La peau, les nerfs tendus et le cœur des compagnes

Et sous vos lourds rayons, que Cayenne envie

Expire toute joie et se meurt toute vie.

Déjà, la probité, à la lance d’airain

Dessine d’un trait, oh, qu’un mort s’appartient 205

Et n’offre son idée qu’aux baisers attendris

Aux regards fraternels et aux voix des proscrits,

Ces pures voix, oyant plus qu’elles ne condamnent,

Ne portent de l’honneur les criards oriflammes,

Mais le mal partagé ou l’écho recueilli. 210

Celles-là, aux brumes des nuages confèrent

Le secret des chagrins et l’éclat du mystère,

À Sylvanus saignant la gloire de souffrir

Aux pensées libérées la croix du souvenir.

Qu’ai-je en souvenir ? : ”La compassion, rien de plus” 215

Murmurent tout bas la pudeur et la vertu.

J’aspire et je vois, des étoiles les lueurs

Se prendre sans fin dans le voile des humeurs.

Que se lève l’esprit si je n’ai cœur en proue

Engagé sur esquif avançant par à-coups ! 220

Ô Célestes coursiers que je respire à peine

Tombant sans remonter dans les flots de la peine

Puissiez-vous galoper sans peur jusqu’en Enfer

Et revenir plus haut comme revient un air

Oublié, pur, en mélodie d’innocence. 225

Vos sabots porteront des débris de conscience

Des ténèbres au jour, tels des cieux dans le ciel

Nuages fous au plomb et sous l’ombre nouvelle.

J’écrirai sur ma peau, de mes doigts dessèches,

Les reliefs nets mais abscons de ma vérité. 230

Alors quand viendra l’heure, incertaine et ultime

D’un regard apaisé ou du cri de l’abîme,

Quand viendra le silence éphémère et obscur,

Insensible broigne aux assauts des murmures,

Déposer en nos seins les voluptés antiques 235

Et d’un geste bénir nos songes faméliques,

J’étendrai mes deux bras, perché sur la falaise,

Embrassant sans briser et la mer et la glaise

Et le vent et le feu et l’esprit et la chair

Pour suivre le hasard aux lieux des mystères. 240

Oh oui, las de penser, de vivre et de vouloir

Refusant tour `a tour et la peur et l’espoir,

Odieux bacilles sur la plaie de l’éphémère,

J’offrirai pour un temps les raffinements verts

Et léger des embruns, mêlés d’éclats de lune, 245

À mon âme fondue dans les voies de mes runes.

L’homme est une nuit et le silence est son cri

Et d’idiotes pensées, enfantées du déni,

Tentent de parcourir, comme des étincelles

Ces lieux infinis où notre Terre est un ciel. 250

Elles œuvrent sans but sur la lande éthérée

Survolant sans les voir d’ineffables beautés,

Et la brume, et le froid, sont pour elles parents

Si bien que les volutes ont leurs mouvements.

Quelques fois cependant, au hasard de leurs vols, 255

Elles effleurent de loin les parfums des corolles,

Et le vent, bon et doux, ramène à des couleurs

Ces embruns capricieux aux relents de sueur.

Oh, que se meurt le sens quand s’en vient la bêtise.

Impuissante et frustrée par sa triste analyse, 260

Mais heureuse de haine et de son existence

Elle crachera d’un trait de son être l’essence

Et dédaignant les fleurs, d’un geste belliqueux

Leur donnera pour tombe un visage de feu.

-Des siècles ont passé, comment passent des veaux 265

L’œil lourd, le pas lent et de la terre aux sabots,

Déposant à jamais une éparse noirceur

Sur des nerfs aiguisés à l’antique douleur.

Mais libre en cet instant de contemplations

D’offrir un silence un silence plus profond, 270

De baigner dans l’éther, de n’en rien exiger,

Ni larme, ni pouvoir, ni bonheur, ni idée

J’offrirai `a leurs poids les rages de nos rires

Et de longues pensées s’écouleront sans trêve

Emportant doucement les mots et souvenirs 275

La honte, le destin et la peur de mourir.

Ô mon âme, Ô mon âme, à te voir mise à nue

On dessine un désert blanc et sans superflu,

Diapré d’immensité mais dépourvu de vie !

- Si la vie est soupir, voici mélancolie 280

Et aux astres ardents, pleins d’horreur et de gloire

Jamais ne s’anime ton sang visqueux et noir.

Quand hurleraient les fous, toi, beauté mystérieuse

Élèves un souffle de ta bouche pieuse

Un embrun cotonneux, fiévreux, enivré 285

Qui s’en va nonchalant défier l’éternité.

Loin des fatalités, sous sa marche légère,

Il rafraîchit les monts, le sable et la poussière

De blancheur échaudés, et l’aquilon lui-même

Lassé de s’éteindre au seuil de l’horizon blême, 290

Épris de folies offre `a ce bateau sans voile,

À cet amas d’espoir, ce qu’il porte d’étoiles.

Ce que l’homme a d’honneur, de rêves, de douceur,

De justice, d’amour, en joyeuse candeur

Le voilà incarné, libre sur son passage 295

Merveille impromptue, sous les traits de ce nuage.

Sur l’épaisseur bleutée, ce navire de glace

Avance au fil du vent sous laisser une trace

Mais ton œil, ô mon âme, alerte pour l’enfant

Note de son aspect le moindre changement. 300

Le rire n’est qu’un éclat, l’existence qu’un songe

Et déjà revient la force qui nous ronge,

Qui réduit la pensée et amoindrit la chair.

Les berceaux sont aux eaux, les eaux à la rivière

Pour abreuver les fleurs et les pleurs de novembre. 305

Perdus dans son ´elan, se d´elitent ses membres

Arrach´es sans pleur du marcheur de brume,

Semant, pour tout adieu, des mots qui se consument.

Glorifi´ee par le marbre beige, une Madone,

Portant sur ses genoux un Christ qui s’abandonne, 310

S’assure sous ses doigts qu’il n’est de nerf tendu,

Que le pouls s’est éteint, que la douleur n’est plus,

Puis, comprenant qu’il n’est plus face au sort de mère

Offre, apaisée, accomplie, son fils au mystère.

Les couleurs de tes yeux, jadis vers le ciel, 315

Se courbent à présent, ainsi enflées de fiel :

Comment fixer encor celui qui fut sourire

Sans pouvoir, un adieu, dans tes bras recueillir ?

Ce qu’une âme n’oublie, s’achève sur sa peau

Et l’obscure marque, sur le sable chaud, 320

Là se voit, peu à peu, au soleil s’effriter

Sous les coups incessants de l’immense brasier.

Celui qui croit unir une gloire à son nom

En évoquant Phoebus, se criant d’Apollon,

En priant la flamme et ses longues forêts d’or 325

Ne percevra jamais la douleur de l’aurore.

Oui, que l’homme a brûlé en recherchant des dieux,

Quand se meut la souffrance, il honore les cieux

Et les voix et les pas nullement ne transcrirent

Les pensées du feu qui n’en peut plus d’en mourir. 330

Oh la fin, cet enfer qui vaut bien notre terre,

Les mains décharnés, la gueule plein de vers

N’ouvrira son salut qu’aux idées éprouvées.

Ô mon âme, tes yeux rassis seront la clé !

Et l’astre incandescent, écoulant son chagrin 335

Sur les lacs, sur les fleurs, dans le creux de deux reins

Ne purgera sa peine, en déchirant l’espace

Qu’une fois consumé, sans laisser une trace.

Les murs portent des noms, les condamnés des deuils

Et l’un reconnaît l’autre aux couleurs du linceul. 340

Mais ceux qu’un argousin enferme dans sa chaîne

Au morne rythme obtu d’une marche de traîne

Ne sentant à présent que leurs chevilles cerclées

Verront l’air porter l’élan de fraternité.

Aussi, ces liens de fer cadençant le corps 345

Ne sont pour les esprits des maillons aussi forts

Que les souris d’été, les promesses d’automne

Dont la procession peuple, dans l’air qui frissonne

Les longueurs de leurs mots et la lenteur des mains.

De là, mille combats mimant mille destins 350

N’ont à voir qu’une part d’inespoir ou de joie

Et le plaisir d’un amour qui berce sans voix.

- Il n’est un ruisseau, un mont ou une plaine

Qui n’expire un instant le repos de sa peine,

Celle de son labeur d’user de la lumière 355

Pour créer des ballets à recouvrir la Terre.

Et de fins musiciens, des danseurs oniriques

Se livrant tout entier aux rythmes despotiques,

Ont des voix pour chanter et des cœurs pour aimer,

Et leurs peaux respirent, et leurs bouches embrassent 360

Pour réjouir chacun, cloué, ou dans l’espace,

Au tympan agité, du précepte infini :

”Il n’est qu’une loi, la vie appelle la vie !”

Ô mon âme, pour ceux qui n’ont d’eau que leurs larmes,

Ceux, privés d’harmonie mais rompus au vacarme, 365

Qui cherchent des embruns et trouvent des soupirs

Auprès d’une fontaine, à noyer des zéphyrs,

Le crépuscule étend leurs pensées en merveilles,

Et colore de feu et de couleurs vermeilles,

Les chagrins lactescents déchirés au zénith. 370

Les chagrins s’accroissent où chacun s’effrite

Mais portés par les nues, dispersés par le globe

Pour vernir le ciel de l’éclat d’un engobe

Les tristesses s’échoueront, s’effaçant dans l’air,

Comme des lettrines sur le nom d’un mystère. 375

Alors, quand vient le soir, approchées du néant

De larges majestés, perdues dans l’océan

Fredonnent qu’un adage n’est d'Erie

Qu’un soldat ne se rend mais se meurt sans beauté

Ou, presque sans bruit, que la lutte est un parfum 380

Qu’enflent des glycines blanches sur le chemin.

Le souffle d’un instant, unifiés de tristesse

Ces esprits décrivent un bouquet de tendresse

Pour orner de splendeurs les murs d’un cimetière.

Quand se brûlent les cieux, d’avoir violé la terre 385

De sa libre extase et de ses essences fines

Pour gaver un printemps du rire des lésines,

Puisque la liberté devient un silence,

D’aucuns vermisseaux se rient de la sentence,

Et couvrant leurs fronts, au crépuscule du monde 390

Ils versent sur les bières les fanges immondes.

Ô mon âme, ils aboient : ”L’utopie est vaincue !”

Tu murmures : ”Non, cela est, si cela fut.”.

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