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Acte II Scène 4

Acte II Scène 4

Published Feb 28, 2026 Updated Feb 28, 2026 Poetry and Songs
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Acte II Scène 4

Les temps ensommeillés s’achèvent dans un rêve,

Que la conscience, encore, déchire par son glaive. 2205

La chaume disposée arrête le soleil

Et pour un sépulcre mes yeux fuient le sommeil.

Oh, que n’ai-je quitté pour un absolu néant,

Si un matin ne s’adresse à moi, coruscant,

Si rien ne circonscrit mon cerveau fatigué 2210

Usé, par des chevrons et des foins isolé ?

Ah, enfin, je perçois, sur mon matelas d’herbe,

Des bruits insidieux répandre leur ton acerbe,

Autour de mon être et, par touches, effleurer

Mes nerfs étirés par l’appel et mes pensées ! 2215

Quelques rayons filtrent des planches distendues

Et portent, répugnant, cette grâce connue.

Oui, démon, souffle à nouveau sur les rouges braises

Et rit de ce feu que rien jamais n’apaise.

Oh oui, méprisez-moi, sombres poutres et pailles, 2220

Méprisez cet ingrat, son bûcher aux entrailles !

J’exècre notre idée d’avenir, de bonheur,

Qui a placé vos corps et gardé ma torpeur,

J’exècre vos regards, votre unité malsaine,

Se délectant sans mot du feu de ma Géhenne 2225

Et votre indifférence, impossible et mutique

D’une âme qui s’ébat d’une douleur rythmique.

”N.”, appelle une voix des marches rapportée,

”La lune s’est éteinte et le jour s’est levé.

Levez-vous, je vous prie, Alconem va partir, 2230

Le troupeau est prêt et la traite va finir.”

À ces mots hébété et suffocant, comme ivre

Je réponds prestement, heureux, afin de vivre.

J’étire mon esprit et j’étire mes membres,

Laissant d’affreux souvenirs pourrir dans la chambre. 2235

Éliam me sourit et tandis que nous prenons,

Un mince déjeuner sur la table marron,

Que nous parlons des vies qui traversent nos rêves.

Me moquant de mes maux, de ma haine et ma rage,

Je rejoins Alconem et salue Éliam 2240

Au vent des conquêtes d’un matin qui s’enflamme.

La journée semble belle au printemps éphémère

Et des branches portent les stigmates de l’hiver.

Alconem n’est pas seul à occuper l’étable,

Un homme petit, fort, la face ronde, affable 2245

Passe ses lourdes mains sur un tablier crasseux

Dont l’aspect, tout entier, heureux, crie ”Je suis vieux”.

Mon approche se couvre aux mots de leurs paroles,

Des amitiés nobles qui d’un mot se consolent,

Qu’importe le fait cru, qu’importe le blessure, 2250

De ces mots anodins dans un sourire pur.

”N.! Bonjour !” me remarque Alconem accroupi

Les mains fermes, serrées, au mouvement du pis.

”Puisse votre repos avoir été atteint,

Entre nos murs fermés loin de votre chemin 2255

Ouvert, entre les doigts étirées des nuages,

Et les chants éthérées des oiseaux de passage.

Quelques pinsons pourtant, de frêles hirondelles

Ont à leurs chants mêlés celui des tourterelles,

Des moineaux matinaux et celui de Kamin 2260

L’oiseau le plus charmant de nos prés et collines !”

Une réplique crue contenue en sa bouche

Pour réparer, d’un mot, l’âpre affront qui le touche.

Kamin me tend sa main, son regard me fuyant

Comme se méfiant de cet inconnu présent. 2265

Nous nous saluons ainsi, sa paume dans la mienne

Et ma force s’incline au contact de la sienne ;

C’est la vigueur menée au mouvement des bras ;

C’est le corps qui est bon, l’esprit doux du combat,

D’étendre, de bâtir, de raboter sans cesse, 2270

D’avoir, pour ce qui sera, l’infinie tendresse,

De dissimuler l’art, dans l’infime détail,

De comprendre le bois, et ses nœuds, et sa taille

Et de marcher enfin, sans craindre la hauteur,

Vers l’idéal secret qui habite son cœur. 2275

Pourtant, toujours ses yeux ne se fixent aux miens.

Bien qu’il soit reconnu, le voilà incertain

D’être à l’heure voulue, à sa place attribuée.

Ou bien, peut-être, ne suis-je qu’un étranger.

”Si le pâtre est au pré, heureux dans la verdure 2280

Menant troupeau, d’un mot ferme, d’un geste sûr,

C’est que d’autres œuvrent, récoltant lait et laine,

Quand il va errant sur les landes de plaines.

Nous avons trait, Kamin et moi, en ce matin,

Puis aménagé l’étable et changé le foin. ” 2285

”J’apporterai le lait”, dit Kamin,” à Joras

Rapidement, je crois qu’ils m’attendent là-bas.

Peut-être, pour cela, faudrait-il ce matin,

Avoir vidé ce pis dont il ne sort plus rien !”

Amusé, d’une main à Alconem rieur 2290

Qui lui donne son seau dans un geste vengeur.

Kamin, sans un effort, dépose le précieux

Lait, sur une charrette animée par un bœuf,

Puis d’un pas vif, massif, s’éloigne sur un mot

Menant en sifflant l’animal et son fardeau. 2295

Enfin, nos pas s’ouvrent, comme s’ouvrent les fleurs

Sous ce soleil de Mars aux premières douceurs.

Nous descendons les voies, passons la porte, l’arche

Fière, placée sur l’eau soutenant notre marche

Et comme une onde encore, de sommeil voilée, 2300

Parmi les ormes frais, aux bourgeons sous l’écume,

D’une rosée piégée en volutes de brume,

Nous peuplons le silence en murmurant nos mots

Et allons doucement vers le souffle des flots.

D’autres déjà nombreux, œuvrent dans les jardins, 2305

Formant d’étroits éclats de couleur et de lin,

Et ce tableau profond, d’ouvriers et de semeurs,

Se berce dans le jour et se verse en mon cœur.

Non, l’effort ne s’oublie, mais il est bon, utile

Et ce sentiment gai trouve l’esprit docile 2310

À épouser le temps, à sublimer sa science

Et consoler ainsi, l’âme de son offense.

De jeunes chiens fougueux, nés une nuit d’été,

Dont la tâche lourde d’être doucement bergers

Et tandis que vers l’Ouest, nous tournons notre marche, 2315

Alconem, de pâtre, devient patriarche

Et écoute, et dicte, et conseille, et réprimande

Les gardiens novices dispersés sur la lande.

Il me parle au hasard, des prairies et des champs,

Des cultures qui exauceront en leur temps, 2320

L’application d’Éliam, à travers le couvert

Que ces bêtes broutant restituant à la Terre,

Et leurs fleurs attifant les prairies et leur herbe

Que le vent agite d’une danse superbe.

Il m’évoque Lorien, sans ordre, sans contrainte, 2325

Où se place chacun, sans détour et sans feinte,

Où le mot est parole, où les actes sont vrais,

Où rien ne se décide en un brouillard épais.

Oh vrai, la commune est debout, une cité,

Un organe vital au sein d’une contrée. 2330

Lorien n’est esseulée dans une autarcie morne

Où l’inconnu et la peur régissent les bornes,

Mais est le bras, la main, d’un ensemble distinct,

Mais plus grand, un tout qui ne réclame rien

Et ne veut de ses doigts que les roses du don 2335

Pour d’autres roses nées sous d’autres horizons.

Les charrettes ainsi, qui marquent leurs ornières

Parmi de longs tracés sous de longs rameaux verts,

Sont de frêles bateaux où les robes d’azur,

Miment à d’autres cieux le reflet des dorures. 2340

Quand le nécessaire, se tient là, accessible,

La seule beauté sous-tend des liens invincibles,

Entre les pays épars. Lorien a son eau

Soit, et ses verres fins sont parmi les plus beaux

Et Sienala, et son eau pleine de poissons, 2345

Attife ses courbes d’un parfum de houblon,

Qui pare l’orge cuit d’une danse fiévreuse,

(Parfait !), mais Kirilen, et ses terres somptueuses

Peut traverser l’été des ses fleurs en bouquet,

Et donner à Septembre le goût de Juillet ! 2350

Quand l’être, usé, demande : ”Est-il douceur ici ?”

L’abeille vient, et porte l’orbe, et dit : ”Voici.”

Lorien a ses fruits, Kirilen a sa bière,

Car il n’est rien que chacun ne doit savoir faire

Et les ponts anciens, et les routes anciennes, 2355

N’acceptent sur leurs dos et les voies de l’hymen,

Que le pâtre repus, l’ouvrier satisfait

Et n’en affament aucun pour un intérêt.

Non, nul profit et nulle dépendance perfide

Oh ne comblera ici un estomac vide. 2360

Que l’échange soit sûr, libéré de tourments,

Et voilà le corps doux et voilà l’esprit grand !

Nous cheminons ainsi, effeuillant nos paroles

Sur des goules penchées, étanchant leurs corolles

De la marche des ombres, du destin des hommes 2365

Et s’enivrent de ces mots comme enivre un rhum,

Jusqu’au zénith passé. Sous un ciel en prélude,

Assis et absorbés par la vivante étude,

Des chèvres et des chiens, nous patientons, complices,

Entourés de verdure et de frêles narcisses. 2370

Éliam nous rejoint et contemple les bêtes,

Qui saluent sa venue en secouant leurs têtes.

Elle porte un panier d’osier, une robe blanche

Qu’évitent les tâches qui découlent des branches,

Et un sourire bon, pour l’herbe, la lumière. 2375

Il semble nous dire ”Un jardin est un cimetière

Mais les morts sont dansants, et parlent et nous chantent

Les amours éternels et les marées pleurantes,

En cette fin de mars et oublient le tombeau

Le linceul décharné par le songe des eaux. 2380

Dansons, aussi, un peu, au rythme du passage

Puisque viendra le temps et l’écume des rages.”

Mais peut-être n’est-il rien, finalement,

Qu’un simple bonheur, de l’instant une dépense

Sincère et tendre, des voix de la conscience, 2385

De ces spectres brumeux qui hantent les vivants.

Nous passons le repas qu’Éliam nous offrit,

Dans ce pré lumineux, dans ce ciel fleuri

Et, songeant, à ces mots dits, rongeant mes pensées,

Une voix me chuchote : ”Oh, ils n’y ont songé, 2390

Trop fier d’être, d’aller ainsi, sous l’oeil des cieux

Montrer qu’ils sont élus, qu’ils sont bien heureux,

Qu’ils écoutent la fleur, qu’ils parlent aux nuages,

Qu’ils savent naviguer sans vision du rivage,

Qu’ils savent le sépulcre et le collant linceul 2395

Mais qu’ils leur répondent : ”Bah, le malheur vient seul.

L’aurore restera, pure, enjouée et belle

Appellant les nuées pour tenir lieu d’ombrelles,

Réclamant la vertu, sollicitant l’honneur

Enflammant par son voile et les bras et les cœurs.” 2400

Oui, voilà là leurs mots, voilà, pour toi la faute

Parjure, incommensurable, affreuse, sotte,

De se tenir debout, sans vainqueurs ni vaincus,

Quand toi, misérable, par l’horreur abattu,

Méprisant le bonheur, invoquant l’ignorance 2405

Tu donnes à ta flamme ta seule conscience,

Sur d’âpres désespoirs les lambeaux de ton corps

Et rampes maudissant et la vie et la mort.

Crois-tu, félon, qu’à cette coupe sans borne

Où tu abreuves tes jours et tes nuits mornes, 2410

Il soit d’autres bouches, desséchées et avides,

Lapant en vils troupeaux, à cette auge perfide ?

Non, si d’autres, plus grands, ont su parcourir l’onde,

Et sentir en eux, une brèche plus profonde,

Où flottent sur l’eau terne, morbides étoiles 2415

Des visages boursouflés, déchirant leurs toiles.

Si leurs faces hurlent et, poètes sublimes,

Bien que libres de tout remord et de crime

Ils pleurent sur les mains les bulles éclatées

Et absolvent tout, et l’immonde et ses péchés. 2420

Oui, calmes laissons-les quand va l’air entraînant

Le bouton et l’épi dans ses pas de géant.

Ils prononcent les serments, somptueux de mémoire,

De peindre non les leurs mais d’autres désespoirs.

Toi, esprit khâgneux, ta misère et ta science 2425

Et tu cherches le néant pour tenir audience.

On frappe à ta porte et le silence résonne

Et ta masure est triste et l’ordre abandonne.

Tu hais la vue, dis-tu, des sots et de leurs bruits

De leurs âmes imbues, des douleurs sans esprit, 2430

Impudiques, grasses, maraudes imbéciles,

Mais qu’est donc ton cerveau ? Rien de plus subtil.

Et tu resteras seul et lâche par mes yeux

Et ne seras jamais plus à la face de Dieu !”

Le souffle court, mais vif, aspirant le zéphyr 2435

Pour emporter au loin cette rage et cette ire,

Je conçois tout à coup, le regard d’Éliam,

À l’iris agité des reflets de ma flamme.

Enfin, non, finissons, assis là, sous cette ombre

Ce frugale repas de fruits et de pain sombre. 2440

Ils évoquent alors leurs lieux et leurs devoirs,

Et je pars, entre les bêtes paisibles, boire,

Sous les saules penchés, les yeux rougis, humides

Et chercher dans l’onde le silence du vide.

L’après-midi s’enfuit, descendant sur les ormes, 2445

Qui habillent les chemins de reflets à leurs formes,

Et chante la fauvette et s’ouvre le bourgeon

Et habite la pie et flottent nos actions,

Sur les jeunes orties et les ronces tordues,

Dont Éliam gave son panier repu. 2450

Le repos sur le champ étale ses longueurs,

La violette frissonne et se couvre de peur.

La nuit, mire de l’ange entraîne aux nues profondes,

Les baisers, la tristesse et la rage du monde.

Là, sur le pont Kiman, à l’entrée de la plaine, 2455

J’ajoute au sang des cieux l’effusion de ma haine,

Cette charge immense, cette blessure morte

Je l’offre au crépuscule ! Qu’il fuit et l’emporte !

Le soleil couchant est une larme du sort

Qui bénit la bonté et absout le remords, 2460

Il rend justice aux bras, il rend justice à l’âme

Et octroie par son feu la chaleur de la flamme.

Les fleurs, elles-mêmes, filles de lumière,

Chérissent le sommeil de la traîne altière,

Le mouvement des eaux aux racines transmis, 2465

L’humble rosée aux pétales goûtant l’oubli.

Quelques spectres pourtant, d’une fureur étreints

Hantent l’air et le sol des pulsions des instincts,

Quand d’autres, n’osant troubler d’une voix plaintive

L’air, se terrent pétrifiés d’une peur craintive. 2470

C’est qu’il est des clartés peintes d’obscurité.

Devant nos yeux s’élève en noir géant tors

Lorien, allumée des reflets du ciel d’or

Sur quelques fenêtres élues par nos regards.

Le monde semble bon, grimé de mille fards 2475

Que la nerveuse main et les astres en cime

Déposent sur la matière muette et sublime.

Le printemps nous salue par le chant du pinson,

Caché à moitié, parmi les frondaisons,

Et nous allons pensifs, au rythme de la marche, 2480

Sous la fraîcheur filtrant de ses milliers d’arches.

Sur le foin déposé sous les planches de bois,

Après dénombrement, rassurant de nos voix,

Pour un sommeil serein nous laissons le troupeau,

Et rejoignons le feu en cage de vitraux. 2485

”D’autres demain, iront, les bêtes en pâture

Conduire sur les landes à l’ombre des mûres

À Venir.” m’explique Alconem, entre les voies

De vapeur dessinés au contour de ses doigts.

”D’autres besoins se font dans les bois ressentir, 2490

Les stères sont coupés, les piles à tenir.

Vous pouvez m’aider, si cela n’est retard

Sur votre route qui n’offre que des départs.

Quand le corps habité d’un langage futur

Ne recherche que l’horizon large et l’azur, 2495

Rester une plaie, sous un sceau de souffrance,

Qui, sans arme, mutilera votre conscience.”

”Oh non, cher Alconem, mon départ n’est en vue,

Tant tout ici est neuf, tant tout m’est inconnu,

Tant l’onde transporte, oh, et des joies et des larmes 2500

Tant la saison a d’appas, tant elle a de charme !

Mais ne suis-je pas étranger à votre feu,

Ne devrais-je quitter l’expression de vos vœux,

Avant, oh, par malheur, d’offenser votre table

Et d’agacer ainsi vos âmes charitables ? 2505

Vous me fûtes si bon, un hasard dans mon ciel,

Qu’empresser de souvenirs je battrai mon aile

Et partirai, dans le zéphyr ou l’aquilon

Heureux de ne vous avoir été qu’un rayon,

Qu’un printemps passager, dans l’aube qui frissonne 2510

Et espère enfin, que le frimas l’abandonne.”

Alconem me sourit et Éliam me répond.

”Si tels sont vos mots, sachez-les sans raison,

Car il n’est rien sous vos pas qui nous importune

Et vos traces sont pour nous voies de la fortune. 2515

Restez, je vous prie. Soyez maître de vos pas,

Si l’heure du départ, pour vous, n’approche pas.

Nous n’oyons de l’horloge le son inconnu.

Quand elle vous sonne, vous en êtes l’élu !

Nous ne voulons non plus, par des liens invisibles 2520

D’user, par nos doigts, cette montre inaccessible,

Puisqu’elle sonnerait faux, mais sonnerait toujours

En vos nerfs attentifs, vos cœurs en tambour,

Et vous iriez ainsi, d’amertume en horreur

Effiler quelques plaies, mûrir quelques douleurs. 2525

L’obscurité, elle-même, cette traîtresse,

Ne saurait vous ôter l’allégresse,

De choisir, de voir, d’aller, de comprendre,

Ce que l’homme a de bon et la femme de tendre.

Restez-un peu, si votre volonté est faite 2530

Nul autre que soi, pour son chemin, n’est prophète.”

Au son de ces mots, je sens, en mon âme sourde,

Un torrent impétueux, vil et plein de joie lourde,

Et m’emplit là de doutes, de remords et d’effroi,

Non de pouvoir rester, installé sous ses toits, 2535

Mais d’aller simplement, exposer à leurs yeux,

Cette grâce immonde dont m’a doté Dieu.

J’acquiesce néanmoins, éludant mes questions

Et remercie Éliam pour cette affable pension

Et explique, qu’en effet, nul poids ne m’entraîne 2540

Habiter les forêts ou parcourir les plaines.

Je leur offre mes bras, aussi, l’or de mon temps

Puisqu’il s’agit de ma richesse de l’instant

Et qu’il me serait heureux d’alléger la charge

Que ma présence dépose en leur bonté large. 2545

Alconem me sourit toujours, devant Éliam

Perplexe : ”Relachez, N., la pression des flammes

Qui vous rongent l’esprit. Nul ne peut vivre sans

Déverser ses heures et partager son sang

Avec ceux qui vivent, ceux qui font, ceux qui chantent 2550

Du matin jusqu’au soir, aux coteaux de la pente,

Ramasser quelques fleurs, des fraises, des myrtilles

Ou le blé fauché sous le vent des faucilles,

Ceux qui vont, tête baissée, fronçant les sourcils,

Sous l’ombre d’une forêt, d’un charme docile, 2555

Ceux qui martèlent, au rosier des étincelles,

Et le fer cramoisi et le tranchant rebelle

Et ceux qui, les doigts vifs sur le métier épais,

Couvrent notre peau sous l’étoffe des secrets.

Quand le vide, aboie, crie, dans l’escalier funèbre, 2560

D’où jamais ne remonte une âme des ténèbres,

Si le tombeau, obscur et profond comme un gouffre,

S’emplit d’une voix frêle : ”Ma mère, je souffre!

N’est-il donc un passant, une âme de pitié

Qui puisse, sur mon front, appeler ses baisers ? 2565

Déjà elle m’oublie, un autre a pris ma place,

Et vous me piétinez, monstres à la surface !”

Inexorable, honteux, triste et misérable

Emplis des flots en pluie des aveux du coupable,

Est-il d’autre justice, est-il d’autre raison, 2570

Que de supporter son temps, une grandeur au front,

De n’être oppresseur, refusant d’être oppressé,

Dédaignant d’être seul, se sachant société

Et d’œuvrer, par son labeur, son sourire et son art,

Aidant ceux qui doutent, d’un geste ou d’un regard, 2575

Pour traverser la nuit, élevant son fanal

Et vivre sans remords épris d’un idéal.

Oh, il est bien certain que, sous de tors nuages,

Viendra un soir d’été noir, lourd sur son passage,

Brisant les os, les bras, la volonté vaincue, 2580

Apportant la mollesse des vigueurs ténues.

Que d’aucuns, s’ébahissant des raies de lumière,

Traversent le jour et s’écrient, seuls, :”Oh, misère”

Et nous protégeons, ceux que le sort, d’une fureur large,

Frappe, d’un fléau sourd, dressé, comme une targe, 2585

Ceux, dont la longue mémoire soutient les rêves,

Ou ceux que le vent nous apporte et nous enlève.

Je vous prie d’excuser, N., d’un bavard esprit

Les remous bondissants qui enflent dans la nuit

Et dévalent parfois, comme un rosse farouche 2590

D’horreur et de gravité les plis de ma bouche.

Oh le jour viendra, où Lorien en rivage,

Vous irez sur les flots cueillir l’onde sauvage

Et donnerez au port, aux goémons mouvants

Ce qui rend un peuple libre et un esprit grand. 2595

Mais votre nef aura la volonté en toile

Et nul vent ne saura, sous des cieux sans étoiles

L’entraîner si vous, N., ne le souhaitez pas.

Enfin, l’heure s’étend et voici le repas

Venir, comme un écho à nos jours travaillés 2600

Qui dit : ”Tout est accompli en cette journée”

À nos membres usés par les heures fuyantes.

N., je vais ce soir, sous des clartés brûlantes,

échanger quelques mots au mépris du silence

Et de nombreux esprits explorer ce qu’ils pensent. 2605

Venez à mes côtés, vous présenter à eux,

Sonder leurs consciences et explorer leurs vœux,

Nous mangerons là-bas, en débutant la nuit,

Mais nous n’y verrons pas l’aurore qui surgit.”

Je regarde Éliam, qui devance ma question 2610

Et d’un air attendri, dans un souffle répond :

”Il m’arrive parfois que d’étranges humeurs

S’épandant en mon sang en chagrins de langueurs

Et ces poids fiévreux, appuyés sur mes nerfs,

Ne s’allègent ainsi qu’en solitude amère.” 2615

Ainsi, comprenant qu’il n’est d’espoir à rester ici,

Pour étendre mes os et étreindre la nuit

Doucement, tendrement, j’acquiesce volontiers,

Les visions offertes par cette autre soirée.

Le repos serait bon et les mots seraient tendres, 2620

Rejetant ainsi ce qu’il me vient à méprendre,

Et la clarté viendra en ce gouffre profond

Où s’agitent mille maux et mille démons

Dont les miasmes puants, pervertissant les sons,

Détachent sans répit les joies d’une conscience. 2625

Oui, ma tête inclinée, seule, triste, orpheline

En proie aux ombres que nul phare n’illumine,

Tranchera la brume, armée de vertu, et d’ire

Et se mettra debout, ayant été martyr.

Un jour, cela viendra, mais tel jour n’est point fait 2630

Encore sous les cieux. Sur ce chemin épais,

N’offrant pour direction que l’ennui et le doute

À travers mille carrefours et mille routes

Puisqu’on trouve une gloire en recherchant néant,

Il n’est peut-être d’autre guide que le vent. 2635

”Alors nous irons, sous les mouvantes couleurs

D’un crépuscule usé de regards et de sueurs.

N., l’heure sonne et tremble en sa voie sans issue,

Et nous devons, mortels, indignés mais vaincus,

Subir sa loi, son joug, en nos temps écoulés. 2640

Ainsi, hâtons-nous, mais ne soyons point pressés.

Vous pouvez effacer les stigmates du jour,

En espérant de nos blanches mains le retour,

J’irai après vous.” Je me lève, à la lumière,

Des conseils dégager, sur mes doigts, la poussière. 2645

La salle s’est couverte en un dais de pénombre

Et j’infuse de mes doigts une eau claire d’ombres.

Quelques instants plus tard, écartant sur le vide

Des flammes mes membres étendus et humides,

Je me tiens à nouveau aux côtés de mes hôtes 2650

Oubliant, un instant, mes doutes et mes fautes.

Alconem aussi va, se préparer aux autres,

Se nettoyer lui-même, étant Christ et apôtre !

Éliam, doucement, m’adresse la parole :

”Oui, je ne puis, N., accompagner votre vol 2655

Tant la fatigue m’oppresse et la torpeur m’incombe,

Sous son poids je sens que ma volonté succombe.

Je n’ai donc de regrets de n’aller avec vous,

De ne sentir la nuit, son parfum tiède et doux,

De n’ou¨ır les rires, de déployer le mien, 2660

De n’aller avec lui égayer nos chemins...

Oh le sort m’est contraire en ce soir embué

Et quelques rêveries viendront me soulager.”

Alconem apparaît au seuil de la pénombre,

Son regard oscillant de la lumière à l’ombre. 2665

Alors debout, tremblant, comme un large drapeau,

Laissant le vent l’ouvrir et jouir de ses lambeaux,

Et jouer dans l’hiver la mélodie atone,

D’une idée perdue que la mémoire abandonne,

Il se courbe un instant, effeuillant sans vigueur 2670

Le langage impromptu des voies de la douleur,

La fatalité morne et les deuils, les tourments

D’un amour condamné à peupler le néant.

Puis, allant doucement, aux oreilles d’Éliam,

Lui murmure : ”Ma tendre, je ne suis dictame 2675

Pour prétendre à tes yeux redessiner l’azur,

Disperser les sanglots et guérir le futur :

Le monstre puissant a rongé ce pouvoir,

Comme l’horreur dévore sans remord l’espoir

J’irai ta volonté accomplir dans la foule 2680

Tandis qu’une inquiétude en mes veins s’écoule

Et apeure mes humeurs et clame un silence,

Pour infuser sans bruit sa lourde pestilence.

Je puis, à tes côtés, conforter le chevet,

Et m’effacer, me perdre, dans le noir secret, 2685

De ta souffrance nue.””Il n’est rien, oh mon tendre

Que je puisse demander à tes bras de prendre.

Nous connaissons le mal, nous savons son emploi,

Et la chaleur du feu et l’ombre de ce toit

Sont ces fleurs desséchés, miracles de la vie, 2690

Qui libèrent le corps et dispersent l’esprit.

Je ne veux, ton sourire illuminé d’étoiles,

étouffer d’autres tristesses sous d’autres voiles..”

”N.”, me réclame Alconem dans un souffle épais,

”De votre voyage contenez le secret. 2695

Soyez fils du Soleil, appelez par la mer,

Suivant jour après jour la coureuse lumière.

Notre océan est immensité que tout pas,

Souhaite rejoindre une fois : Dalivinéa

Ainsi nous le nommons, cette effusion sans trêve 2700

De pensées agitées et de lys et de rêves

Aux abîmes profonds, épais comme une âme,

Où tout brûle sans fin consumé par les flammes.

Le mensonge est abject aux lèvres de l’esprit

Qu’il voile d’un crêpe, plus sombre que la nuit 2705

Mais vous fûtes, je crois, en Kirivan sacrée,

Par les bois inviolés, accueilli, hébergé,

Vous bûtes de cette eau qui jaillit de la pierre

Et dépose en nos corps les serments des mystères

Et vous foulâtes, oh, sous le couvert des feuilles 2710

Les morts enterrés, là, dans l’ombre du linceul.”

”Oui”, dis-je rappelant en mémoire ces lieux,

Les méditations au crépuscule des cieux.

”Je ne sus le hasard, m’éveillant en ce bois

Et je cherchai une ivresse à travers ses voies 2715

Sans jamais, par mes pas, conduits sur les chemins

Y pénétrer un jour dans l’aube du matin.”

Contemplant l’ombre crue autour de mes paroles,

Je poursuis : ”Au soleil, je fus une corolle

Éveillant ses pensées en un lieu inconnu, 2720

Ne sentant que le sol où j’étais étendu.

Une clairière verte aux falaises perchée

Ballotée par les flots et de menhirs peuplée.

Puis, j’allai sur des voies entre des harmonies,

Des ombres et des bois vieillis, échancrés, 2725

Je trouvai bien une source, une onde en clarté

Où trois hommes en blanc, nus, se sont submergés.

Un étrange rituel, à mon regard nouveau,

Qui ne m’empêcha pas de me joindre à cette eau

Et enfin parcourir, sur les traces du Nord, 2730

Les pensées dispersées sous des étoiles d’or.

Ensuite, Alconem vit ma démarche pensive

Et tout depuis est nôtre, à l’ombre de la rive.”

Le silence s’étend sur les reflets des flammes

Et je n’ose affronter les blasphèmes qu’Éliam 2735

Doit construire en mots invisibles et atones

Et le remords s’abat, en son plomb m’emprisonne.

”Non, ne tremblez pas, N., pour quelques châtiments.

Ce terme est éloigné, inconnu à présent.

Nous savons la vertu, attifée d’ignorance, 2740

Qui diapra votre pas dans ces bois d’innocence.

Nul ne pourra jamais enlaidir vos aveux

Au mensonge crier dans le creux de vos yeux,

Et d’une perfidie motiver votre quête

Et tenir rigueur à l’échoué des tempêtes. 2745

Mais sachez, N., ce qu’en secret vous parcourûtes,

Assailli de pensées, relevé par la chute.

Il est peu de vivants, au hasard des fortunes

Qui ont foulé ainsi des tombeaux sous la Lune

Et peu, également, sous un toit de verdure 2750

Ont pu contempler les promesses d’un futur,

Car la mort est un don, puisqu’elle n’est qu’un voyage

Que la vie offre au crépuscule de son âge.

Kirivan est un temple, un écrin de mystères,

Où ne peut pénétrer, ni l’envie, ni le fer, 2755

Mais le deuil attristé, la dévotion aux morts

Pour creuser à mains nues le repos de son corps

Et tout ce qui s’ébat, et tout ce qui survit

Dans le jour flamboyant, au secret de la nuit,

Et les rayons perçants, du Soleil, de la Lune 2760

Écrêtant sur les fleurs les sommets de la dune

Et du genre humain, piégé dans la pénombre

Quelques âmes d’azur, s’extirpant de leurs ombres.

Nul sinon, n’est permis, de fouler de ses pieds

Ces lieux inconnus, à la vie insondée 2765

Et nul mot et nul sens, ne pénètre en ces voies

Qu’énoncés d’harmonies au langage des bois,

Nous gardons en ce cœur, les secrets de l’intime

Et en son sang flottant la grandeur de l’infime

Qui va ainsi battant, s’écoulant, en nos veines 2770

Et irrigue de vie les langueurs de la plaine.

Vous n’avez abordé, N., au long de l’errance

Qu’une maigre partie d’un écrin de verdure

Faits de bois, de mares, de plaines et de monts,

De collines glacées et de déserts sans fond 2775

Portant des gardiens, oniriques soldats

Qui n’ont que la douceur en unique combat

Que déclame le loup, que la chouette hulule

Et répète de crépuscule en crépuscule,

Enfin, la vérité non, jamais ne s’élude, 2780

Mais gardez vous le temps d’accomplir votre étude.

Allons, donc à présent, au destin de vos heures

Parcourir au sommet les dernières lueurs

Déjà, s’écoule l’inextinguible clepsydre

Et le soir étend ses bras ainsi qu’une hydre !” 2785

Conclut-il sa pensée, une tendresse au corps

M’invite sans un mot à l’attendre dehors.

Je laisse donc ainsi jouir l’amante et l’amant

Des parfums enivrants de ces parfaits instants

Où le corps se sait libre, où le cœur se sait lié 2790

Où l’amoureux doucement se met à rêver,

Où le remords devient une mélancolie

Sur les cordes d’une lyre une poésie.

Alconem me rejoint et m’entraîne en ses pas

Tandis que la rosée nous étreint de ses bras 2795

Humides et brumeux. Voyageurs sur l’ellipse,

L’un à son amour, l’autre à son apocalypse,

Nous allons sous les bois et la chaleur des murs

Oubliant pour un temps le soufre des blessures.

Quelques oiseaux chantent l’aurore de la chute 2800

Et je siffle avec eux les accords de ma lutte.

Mon esprit laudatif envahit tout mon être

Aux bougies, aux chemins, au rouge des fenêtres

À ces colombages accrochés aux façades

À ces chaumes aux toits disposés en cascade 2805

À cette vie enfin, habillant le passage

De nos bateaux usés, mais sauvés du naufrage.

J’interroge Alconem sur les maigres ruisseaux

Qui portent sur les flancs les traces d’un réseau.

Il me dit que ces voies sont de Sienala 2810

Les bras étendus d’un artificiel delta,

D’aucuns portent la vie et d’autres le reflux

D’une ville animée au hasard de ses rues

Et que partout, au creux des rives et des bonds,

Un repos établi sous des roseaux profonds. 2815

Le ciel semble s’ouvrir aux clameurs de nos livres,

Tandis que nous prions la Muse de la verve,

Les étoiles brillent, doucement aux idées,

Se mêlant aux couleurs d’un soleil effacé.

Nous gravissons Lorien, au milieu d’arbres bas, 2820

Des roses en bouton, des rumeurs des lilas,

Des colombages beiges, en croix de façades,

Des pierres en pavés, des chaumes en cascade

Et de la vie, des mots, prononcés sous le chant,

Du travail heureux et des oiseaux de printemps, 2825

Des éclats sonores du rire des jeunesses

Et des pas nonchalants des amants en tendresse.

Voilà notre parcours, voyageurs invincibles,

Archers imprécis, ayant, le monde pour cible,

Alors que nous sillonnons les rouges teintures 2830

Respirant nos rêves et nos vœux de futur.

Oui, un sentiment, étendu comme un fleuve

Fait que les murs pierreux, les reflets de l’épreuve,

Des candélabres chauds me brûlent et m’enivrent,

Et l’air s’est emplie de l’insouciance de vivre 2835

Et mon âme sourit, l’époque semblant bonne,

Et je vois ma Terre en cet élan qui frisonne.

Nous arrivons ainsi, au lieu de notre quête

Dans une rue étroite où s’écoule une fête,

Une effluve de joies par des rires portée 2840

S’échappe dans l’air de la Colombe Oubliée.

Quelques vitraux grimés enchassent une porte

Offrant leurs couleurs aux rayons qui les emportent,

Celent à notre vue l’intérieur de bougies,

N’affichant que leur ombre aux carreaux de la nuit. 2845

Nous entrons dans la salle attifée de visages,

De chemises grises, de corset en tissage.

D’oblongs espaces, entre de noirs poteaux

Soutenant, sous leurs vignes gravées, leurs fardeaux,

Sont de tables prisés, de tabourets, de chaises 2850

Sous de frêles lueurs suspendues aux cimaises.

En ce soir consumé, la salle n’est pas pleine

Et nous retrouvons Kamin sans grande peine,

Attablé non point seul, certes avec sa chope,

Mais de trois grands esprits partageant l’échoppe, 2855

Que nous rejoignons, là, sous des vitraux le verbe,

D’où éclatent mille voix, mille rires en gerbe.

Kamin nous accueille, de ces bras grands ouverts,

Nous invitant à partager sa lumière.

Nous rencontrons ainsi Dolidan, Talarid 2860

Et Danlor assis à cette table humide.

Alconem les connait et se ceint de bonheur

De partager ainsi le jardin de ses heures,

Au milieu d’autres fronts écrivant leurs destins

Au fraternel mantra sur un même chemin. 2865

Ainsi je m’introduis en spectre du voyage,

Comme un marcheur ancien, habitué du passage,

M’arrêtant quelques temps, en Lorien bénie

N’ayant nulle hâte pour contraindre mes nuits.

À ces mots oublieux d’un passé peu lointain 2870

Un tavernier approche à l’affût des besoins.

”Les bières seront l’eau et pour met, le hasard !”

Fut le vœu que Kamin prononça aux gaillards

Qui saluent l’envie, sa félicité certaine

Et je me joins à eux pour débuter l’hymen 2875

Et prélasse mon âme aux plaisirs des présences,

Quand Alconem d’un trait exile le silence.

Je vois ainsi s’écrire en termes invisibles

Les pensées réfléchies sur des camps impossibles

Ou des rires bruyants sur l’absurde d’un trait, 2880

Ou ces serments fuyants, clamés comme un secret

Au milieu de la lie au parfum du houblon

Ou le sort inquiétant, épaissi et abscon,

Portant sur des levées, quelques pièces tordues,

Ou des conversations à la bonté tendue. 2885

Dissimulant le bruit, pour extraire l’idée,

De ce temps insoucieux, fruit de l’humanité,

J’imagine soudain, s’ébattant dans les cieux,

Les Muses de mont temps abandonner les lieux,

Et l’immonde Angoisse, enveloppées par la peur, 2890

Regretter les Hommes et le règne des heures :

Là, si la lutte vient occuper les esprits,

Elle me montre son oeil, scintillant dans la nuit,

Non sur d’infâmes rois, à l’emploi inutile

épuisant leur jour en querelles trop futiles, 2895

Mais sur d’étroites voies, un passage embourbé,

Où l’intelligence joint sa félicité.

Oh non, l’âme ne meut du vice à la vertu

Et les hommes nouveaux resteront inconnus.

Mais quand ne prospère ni l’envie, ni la honte, 2900

Quand la barbarie crue n’est grandie mastodonte

Quand tous peuvent gravir le sommet de leurs sciences,

Et saisir aux cimes l’objet de leurs consciences,

L’intelligence devint reine d’un royaume

Et chérit la beauté dans les voix et les paumes, 2905

Dans les grands cachots peint un songe d’été.

Voilà, pour toute fin, l’honneur du condamné.

Nous recevons enfin la teneur du repas,

Quelques légumes cuits, étouffant dans un plat,

Quelques radis croquants, assoupis dans leurs sorts, 2910

Sur le sel animal, exhibé sans remords.

Nous mangeons tous ainsi, sous les frêles lumières,

Que Danlor ne conçoit reflétées dans sa bière.

Alors, le regard grisé tourné vers Alconem,

Puis, par la raison poussée au cœur de moi-même, 2915

Je dis préférer l’eau pour abreuver mon soir,

Cédant à la fatigue, ennemie de ma gloire.

Talarid me rejoint, refusant de céder

La fortune de demain à la gravité,

Mais les autres sourient, à ces mots entendus 2920

Semblent-ils plusieurs fois, au point qu’ils soient fourbus

Et recommandent d’autres chopes, visant leurs tempes

Et leurs mots s’envolent, brillants comme des lampes.

La nuit se remplit quand les anges se vident

En songes fatigués sur les têtes placides, 2925

De même, nous allons peupler les avenues,

Et étendre nos corps aux mystères fourbus.

Mais en quittant le lieu des longueurs de nos temps,

Nul ne verse, saluant bien bas, ni argent,

Ni or, ni promesse ou ni gage en puissance 2930

Au tavernier heureux ne réclamant créance.

Nous partons là, dans l’ombre, offerte sous notre marche,

Nous baissant quelques fois sous des rayons en arche.

Après avoir pris congés des frères de ce soir,

Nous descendons la pente, nos cœurs plein d’espoir, 2935

Du moins, d’illusion, sous le charme des verres,

Qu’Alconem brise, d’un souffle de cimetière.

L’air frissonne des croix que psalmodie mon hôte

Vibrant des détresses dont nul ne sait la faute :

”Alconem, dites-moi, nous pûmes nous nourrir, 2940

Profiter des chaleurs, avoir chère et plaisir

Expirer le tabac dans un réseau bleu

Et filer l’espérance aux tresses de nos vœux

Sur les embruns du flot mordoré et floral.

Pourtant, je n’ai point vu sur le bois vespéral 2945

Rétribuant le repas, les lieux et le travail

L’éclat d’une obole ou le reflet d’une maille.

Cela m’est étranger et bien peu compréhensible

Tant moquer le temps passé me semble impossible.

Pouvez-vous Alconem, éclairer ses ténèbres 2950

Qui troublent mon esprit échoué dans l’algèbre ? ”

Un silence s’enfuit du tombeau de ses lèvres

Et je crains pour un instant l’ampleur de sa fièvre.

Il est des horizons qu’un crépuscule entoure

De ses bras décharnés et corrompant l’amour 2955

Sans l’infini bordant le ciel, mais le gouffre

Profond, où le cœur miséreux s’agite et souffre

Où, sous les doux appas des doigts hallucinés

Des démons rageurs alimentent les charniers.

”N’ai-je la possession sur l’emploi de ma vie, 2960

Sur le temps disparu, dans ma sueur enfui ?

Ainsi des âmes à l’alliance féconde

Vivant ici et portant là notre monde.

Nous abondons ce lieu et il est un commun

Dont chacun façonne l’argile de ses mains. 2965

Voilà, nous sommes libres d’aller et de voir,

De dispenser nos jours et consumer nos soirs

Et la raison et le cœur, debout dans leur guérite

Déposent en nos seins le mot de nos limites !”

Me sourit Alconem, d’une sourire aux alarmes, 2970

Tel un orage d’été aux parfums de larmes,

Et nous allons, lui dans un soupir, moi repu

Recouvrant d’idéal ma planète perdue.

Tandis que nous allons, sur les voies éclairées,

Je sens de ma dette l’horrible gravité, 2975

Cette vie de labeur, d’un sourire discret,

Dont je cueille les fruits mais n’éprouve les plaies,

Et les verbes précieux que mon être torture,

Se voient baumes qu’Alconem espère à ses blessures...

”Oh merci Alconem, de rompre votre pain 2980

Pour convier mon corps aux tables de ce festin

Que vous eûtes garni, me laissant une place

Quand vous était inconnu le vent de ma trace.

Puis-je vous demander, dans notre procession,

Le destin de l’oiseau honoré dans le nom ? 2985

Je ne le crois ni mensonge, ni fantaisie

Mais un symbole doux qui berce les esprits.”

”Laissez-vous, N.”, dit-il,”envahir de nocturne

Qui déverse sur nous le repos de son urne,

Nous sommes tous libres et Éliam m’attend, 2990

Et qu’importe le mal, mon cœur saura l’onguent,

S’il pouvait seulement s’adonner à l’étude

De ce noir tourment que jamais elle n’élude...

Enfin, il n’est d’union qui ne scelle ses tresses

En l’onde gracieuse des flots de la tristesse 2995

Et marquons cette nuit de l’embrun du soupir

Qui seul, sait ponctuer l’éclat de nos sourires.

La Colombe Oubliée est un mythe ancestral

Dont le souvenir peint les soirées hivernales,

Dont nul ne sait le nom du chantre originel, 3000

Mais où tout s’abandonne au frisson de ses ailes.

Tout récit est fantaisie, mais aucun ne ment,

Ils sont les vérités des songes d’un instant.

J’ai le livre, que le rythme tienne nos pas.

Commençons à présent, nous finirons en bas. 3005

Le murmure s’est essoufflé

Sur les voiles des canopées.

Le pic vert ne s’agite plus,

La tourterelle va, vaincue, 3010

Plaignant sa beauté, sous les feuilles

De n’être au cœur du deuil.

Et le loup, et le renard,

Eux, oh, naguère si bavards

Se soumettent au désespoir, 3015

Une larme entre les mâchoires.

Au creux de cette cathédrale

Sous les vœux purs des moniales

Abeilles, là, une colombe

Dépose son cœur à la tombe. 3020

Elle danse dans sa fièvre

S’imaginant un peu mièvre

Volant sur le chant des collines

Cherchant Pierrot en Colombine,

Elle chante tout bas sa peine 3025

Le recherchant haut des chênes.

D’une vie passée sans amour

À guetter le ciel du retour,

Elle meurt des douleurs sans fin

De porter le sort de son destin 3030

De n’avoir que ses souvenirs

Quand le cœur choit pour se languir.

Elle fut sacrée au printemps

De nacre et de ravissement

Elle fut un ange ceint de plumes 3035

Ornée par des perles de brume.

Chantant par le chant d’un oiseau

Sur terre l’harmonie d’en haut.

Elle grandit sous les feuilles

Ignorant larme, peine et deuil 3040

Quand s’en vient l’horizon noir

Moquant son âge et son espoir,

Plein de ces larmes recueillies

Sur le gouffre de l’infini.

Elle essuyait ses ailes blanches 3045

Et patientait sur sa branche.

Oh le monde était bon et sage,

Quand s’ouvrait la fleur de son âge.

Mais passe l’infernal secret

Que notre jeunesse revêt, 3050

S’attifant de ce noir lambeau,

Qu’un cœur innocent sans fléau.

Ainsi, à l’heure des baisers

Humides aux ailes froissées

Où l’âme ne plie qu’aux contraintes 3055

Des promesses et des étreintes,

Un voile terrible et abscons

Couvrit l’éclat de son front.

La nuit se peignit de peines,

Prison des jours et des semaines. 3060

Quelques fois, au travers de sa cage,

Un chant l’appelait au voyage,

L’appelait retrouver les monts

Sous les glycines en bourgeon,

Et les feuilles dressées en gerbe 3065

Égayant, d’horizon superbe.

Mais aucun son ou lumière

Ne rompit sa geôle de fer.

La liberté devint un mot

étouffé aux vœux des sanglots 3070

Qui jonchaient l’ombre de sa route,

Effaçant l’espoir et le doute.

Elle fut rejoint d’autres mornes

Beautés, rêvant le ciel sans borne,

Allant en cortège funèbre 3075

Se dérober dans les ténèbres.

Sa mémoire gardait précieux

Le doux souvenir de ses yeux

Et que de plaies, que d’écorchures

Quand elle oyait dans un murmure 3080

Sa voix et folle s’écorchait

Sous leurs tristes regards inquiets.

Elles avaient été vendues

Pour leur blancheur ingénue,

Pour un mythe poussiéreux 3085

Où se joignent larmes et Dieu,

Pour que deux vaines solitudes

Scellent leurs voeux de servitude.

Là, sous une toile d’été

Ardente, au bleu immaculé, 3090

Enfermant les voies d’une bise

Loin du marbre noir d’une église,

Elle s’envola sous les balles

Dans l’air teint d’un ton anormal

Par les cris des joies et des armes. 3095

Sa stupeur s’étiolait de larmes

Qui, nues sous le souffle des proses

Venaient abreuver quelques roses.

Le zéphyr porta son effort

Sous le feu des montagnes d’or, 3100

Et les lames des satellites

Espionnèrent l’ire aux guérites.

Qu’importe la nuit, le soleil,

Les villes brisées de sommeil

Qu’importe les plaines fertiles, 3105

Les lacs aux ondes immobiles,

Elle allait au but de ses oeuvres

Ne contemplant dans sa manoeuvre

Que l’instinct de son amoureux

Esprit, mû sous l’ombre des cieux. 3110

Elle ne fut qu’un élan sublime,

Survolant les neiges des cimes,

Sifflant le vent séchant ses yeux

Et ne reconnaissant nul lieu.

Son vol naquit aux cris des flammes 3115

Et s’acheva au creux de l’âme

Silencieuse et éternelle

Du temps long des branches nouvelles.

Et l’espoir en força le sort

D’une volonté dans un corps ; 3120

Elle chut, lointaine et meurtrie.

Une gravité dans la nuit

Arriva sous un jour de pluie

Trop heureux et qui, d’un souris

Des bonheurs empreints de tristesse, 3125

Lui partageait son allégresse.

Mais dans un coeur inquiet, les gouttes

De ciel ne nettoient pas les doutes ;

Il fallut que soit le miracle

De son envol en un spectacle 3130

Pour qu’enfin tous, sous son passage,

Soupirèrent son grand courage,

Qu’elle déployait dans sa grâce

Retrouvant la vie par l’audace.

C’est ainsi que, volant dans l’or, 3135

Au sein d’un automne sans bord

Elle parcourait quelques lieux

Nouvelles en forêt de feu

Chaque fois. Elle disait au vent,

De ne supporter son élan, 3140

De n’étendre par un murmure

La portée de son envergure,

Car pour lui qui lui fut fidèle,

Ne comptait que le sang des ailes.

Ainsi, elle visait, le soir, 3145

L’horizon de sa trajectoire

Qui, heureux et fier l’accueillit

Pour qu’elle embrase la nuit,

Trompant quelques hiboux confus,

Comme autrefois elle le fut. 3150

Brisée, elle avait dans ses rêves

Murmuré son prénom sans trêve

Et lorsque le temps revint

D’abreuver de larmes sans fin

Celui qui, par un sacrifice 3155

Devint herbes, fleurs, calices

Elle n’obtient que ses sanglots

Amoindris, perdus sans l’écho

De son amour familier.

Un soir elle put retrouver, 3160

Sa trace au sombre du sort.

Mais nulle paix fut à son corps

Tant ici, il fut aux passions,

N’ayant que faim pour compagnon.

Ainsi, ce fut au pied d’un chêne 3165

Qu’ils placèrent l’objet des peines

Afin que sa charge posée,

N’ait point son coeur martyrisé.

Les géants aux coeurs invincibles,

Défiant sans arme l’impossible, 3170

Le recueillirent parmi eux,

Lui offrant une place aux cieux.

Seule, elle alla voir les merveilles

D’un tombeau domptant le soleil

Et contempla là, quelques heures 3175

Les éclats verts de sa douleur.

L’aube des rêves lui ravit

Ses pensées perdues dans la nuit.

Elle ne fut qu’un sombre soupir,

épuisée de ne point mourir. 3180

Mais quand vient l’aurore aux doigts roses

Et la vérité de sa cause,

Elle sourit, ses pleurs en Tibre,

D’être vivante, d’être libre.

Si rien n’acceptait son tourment, 3185

Ni le ciel, ni le néant

Immense, si son sang fougueux

Anime et son souffle et ses yeux,

Peu importe le venin sombre

Que lui distilleraient les ombres, 3190

Portant À ses yeux les tristesses.

Son nom fuira dans la vieillesse

D’une vie, en ce lieu, vers ces

Rameaux étendus et serrés,

éternelles fleurs du tombeau 3195

Et ceux qui donnèrent leur eau.

D’une vie de joies et d’étude

Elle vécut sa solitude

Et le temps grima sa conscience,

Des longs mystères du silence 3200

Entre l’envol et l’envergure.

De ces reliefs de blessures,

Elle construisit son foyer

En refuge des éprouvés

Et quelques uns, dont le parcours, 3205

Leur offrant ce nid en détour,

Ne virent plus fatalité

En l’ombre des destinées

Ayant en leur souffle profond

La jouissance de l’action. 3210

Ainsi, s’écoula son ouvrage,

Prolongé au travers des âges

Et laissé en nouveau printemps,

En une aube grise de vent.

Elle n’avait donné pour voeu 3215

Que s’étendre sous l’ombre creux

Son repos au côté du sien

Pour toute gloire que sa fin.

Mais le soir donne aux esprits

La clarté qu’il manque à leurs vies 3220

Et elle qui ne porta son deuil

Qu’aux branches, qu’aux mousses, qu’aux feuilles,

Mais en contemplant le désespoir

Que d’autres, affreux, sans victoire,

Brisés sous le règne des larmes 3225

évoquaient au sombre des armes,

Elle appela une fauvette

Près d’une nuit de tempêtes.

Complice, la pluie aux ramures

Oh, dissimulait le murmure. 3230

Mais vint un temps silencieux

Oùle vent, intrigué, curieux,

Fit taire des cieux la colère

Exposant ainsi le mystère.

”Oh, bénie, vénérable ancêtre, 3235

Puissiez-vous À jamais être

Au brasero de votre vie

Que vous me contâtes ici,

Je jure, que ma voix, toujours,

Ne servira que vos amours 3240

Et chantera, engeance, aux roses,

La gloire triste de ces choses.

Mais viendra d’abord le silence

Et l’amertume aux consciences

De votre départ. Ici-bas 3245

Doivent cesser les combats

Sur les marches des vieillesses,

Qu’importe le sol des tristesses.

Pourtant, quand vous, au destin,

Joindrez la terre du jardin, 3250

Quand viendra, sous l’ombre noire,

Les respects de vos vols de moire,

Tous émus, tristes, pleureront,

Aucun ne saura votre nom,

Ni le sien.””Le sien, non, pourquoi ? 3255

Il fut inconnu À ces bois”

”Oh, et vous, que dois-je graver ?”

”Ceci : la Colombe Oubliée.”

Nous étions arrivés vers les fenêtres brunes 3260

Du foyer d’Alconem, éclairé sous la Lune

Depuis peu et il acheva lÀ son récit,

Sous la chambre d’éliam ouverte dans la nuit.

Elle, touchante et belle, aux rayons argentés

S’était approchée pour sourire et écouter, 3265

À ces invocations, aux paroles d’azur

Et d’imagination, élevées sur les murs

L’ailleurs rêvé, décrit et ivre de sa force

Qui s’était incarné dans le creux de l’écorce.

Un soupir les unit, invisibles volutes 3270

Et leurs yeux brûlèrent au souffre de la lutte

Contre un sort exécrable ennemi de la joie,

Et jaloux d’aimer l’autre plus que soi.

Nous rentrons dans un soir tombé en ce foyer

Comme une tristesse entre en de longues pensées. 3275

Sentant le grisement me parcourir la peau

Pour fuir mon esprit et s’envoler au repos,

J’arrache vite à leur créature androgyne

Ma présence pesante aux humeurs orphelines,

Composant sur leurs voix le chant du souvenir 3280

Et seul, effaçant d’une journée la passage

Je perçois, dans les eaux, de ta voix les nuages

Invisibles, élevées dans les airs fatigués,

M’offrant la mélancolie des feux consumés.

Je vais dans l’heure bleue, m’efforcer au sommeil, 3285

Ou songer en esprit aux torpeurs de la veille

Ainsi, abandonnant Alconem et éliam

Aux baisers retrouvés en ultime dictame.

Le mal vicieux qu’éliam souffrait au soir perdu

Me reste comme un doute, obscur et inconnu. 3290

N’est-ce qu’un mal léger, d’un corps épuisé

L’image comprise, n’ayant pour vérité

Qu’un effort soutenu, par l’unique dessein,

Que chaque pas gardé craint sa perdition ?

Non, la tourmente vile et la plaie trop profonde 3295

Et la rage attifée d’un tonnerre qui gronde

Sur les yeux d’Alconem portaient le sacrifice

Des heures d’espérance contre une injustice,

Du hasard portant le venin en nos cellules

Donnant à l’aurore le feu du crépuscule. 3300

Ainsi, guettant les colombes et les souffrances

Élevant sous les cieux l’océan des consciences,

Je détends mes membres sous le règne des songes

Et reconnaît l’aigreur du destin qui nous ronge

Et met, d’une dent fatale, en nos coeurs sanglants, 3305

Du combat des vérités, le goût et l’élan !


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Risque
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Se montrer ouvert, c'est se mettre à découvert.

Jackie H
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27 février 2026
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Jeudi 26 février 2026
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Certains jours, le découragement me gagne et je peine à me rappeler pourquoi j’écris. Je me répands...

Clara Mancini
2 min
L'ombre
L'ombre

L'ombreSur une phrase qui n'est pas la mienne, au détour d'une conversation avec Catherine Obscur : "Une ombre...

Gabriel Dax
1 min
26 février 2026
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J'ai parcouru assez de champs de mines pour apprécier l'ennui et la routine.

Clara Mancini
1 min

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