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12. France, Juillet 2023
Non-fiction
Personal Development
calendar Published Aug 27, 2026
calendar Updated Aug 27, 2026
time 10 min
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Text / Human creation

12. France, Juillet 2023

Après l'expérience vient le temps de l'intégration. Après le voyage vient le temps du retour. Que faire de tout ce que j'ai pu voir et comprendre, de tout ce qui m'a été enseigné, pour ne pas retomber dans le même bourbier dans lequel j'étais avant de voyager ? Si j'y ai souvent réfléchi pendant ce voyage, dans une sorte de va et vient permanent, partagé entre l'importance de profiter de mon temps de déconnexion en Amérique du Sud et celle d'explorer les questions concrètes qui m'attendent, une chose s'impose à peine rentré chez moi : je vais devoir partir d'ici.

Afin de tourner une page, me reconstruire et ouvrir un nouveau chapitre de vie, il me faut à nouveau un ailleurs. Changer ce qui a besoin d'être changé : il est temps de poser en actes cette devise qui s'impose à moi depuis plusieurs mois. Et je me sens, au sortir de ce voyage, peut-être plus rasséréné pour pouvoir accepter cette nécessaire mais difficile transition.

Je me suis mis dernièrement en Open to work sur mon profil LinkedIn, et de nombreux chasseurs de têtes m'approchent tous les jours. J'ai des propositions sérieuses pour aller travailler dans les Antilles, en Guadeloupe, en Martinique ou à Saint-Barthélémy. Je pense aussi à mon meilleur ami à qui j'ai rendu visite il y a à peine un an à Tahiti, en me disant que ce pourrait être un bel endroit pour écrire une nouvelle page de vie.

Mais après trois mois de voyage, et avec tout ce que je dois faire ici pour concrétiser ce changement, je ne me sens pas de repartir de suite à l'autre bout du monde. Pas pour le moment en tout cas ! J'ai besoin de me sentir proche de mes amis, et de ma famille, de pouvoir les revoir et passer du temps avec eux. Car vraiment, ces trois mois de voyage ont été une exploration en profondeur de cette solitude qui me pèse si souvent, et encore plus depuis la séparation.

Je sais aussi qu'après deux ans et demi en service de Médecine Polyvalente, je veux réintégrer le domaine plus spécifique de l'Oncologie et des Soins Palliatifs dans lequel j'ai exercé auparavant. Je suis rapidement approché par une recruteuse, qui me propose précisément un poste dans ce domaine sur une clinique à Nîmes. Bingo ! À peine rentré de voyage, je pars donc les rencontrer, et satisfait de notre échange, j'accepte leur proposition. La petite pression dans l'histoire, c'est qu'ils aimeraient beaucoup que je débute début juillet, lorsque les congés d'un confrère commence. J'ai donc dix jours tout juste pour enclencher ce grand changement...

Je fais visiter la maison à une agence, qui prend des photos et une vidéo permettant une sorte de visite virtuelle de l'intérieur. Nous nous accordons rapidement sur le prix de vente. Je cherche un logement meublé sur Nîmes, et trouve l'annonce d'un particulier qui développe un nouveau concept de co-living, une sorte de colocation améliorée où chacun possède son espace de vie particulier, chambre et salle de bains, avec partage sinon des pièces de vie communes. Outre la cuisine et la buanderie, le propriétaire, un type adorable, a installé notamment une salle de sport tout équipée, une salle de jeux avec billard, jeux d'arcane et jeu de fléchettes, et même une salle de cinéma avec grand écran et fauteuils appropriés ! Tout se conjugue vite et bien. Le soir de mon départ pour Nîmes, l'annonce de mise en vente est publiée, et reçoit dès le lendemain trois propositions au prix comptant.

C'est fou comment tout peut parfois dérouler avec une facilité déconcertante quand on accepte de suivre la proposition que la vie nous fait ! Il suffit juste d'écouter, de ne pas vouloir tout contrôler avant de décider, et de se laisser un peu aider par la conjoncture des évènements !

Mais l'expérience de Nîmes ne se déroule pas aussi bien qu'annoncée. Très vite, je me rends compte que je suis dans une structure en souffrance, et si mes collègues oncologues font tout pour m'épauler dans la gestion du service, l'organisation au quotidien est pleine de dysfonctionnements qu'aucun responsable ne se donne la peine de résoudre. Les problèmes ne cessent de s'accumuler avec le temps, entraînant des tensions journalières avec l'équipe sur la répartition de toutes les tâches supplémentaires que ces blocages génèrent. Et cette tension, je la perçois dès le premier jour de mon arrivée.

Surtout, je ressens très vite une insécurité dans ma pratique, où chacune de mes décisions médicales est conditionnée à des contraintes ou des impossibilités organisationnelles, ce qui me donne rapidement le sentiment de mettre en danger la vie de mes patients par défaut d'accessibilité à un plateau technique efficient. A peine un mois après être arrivé, je perds le sommeil et sens l'angoisse d'être préjudiciable à un patient m'envahir toute la journée.

A la fin du deuxième mois, je suis un zombie en pleine crise, envahi par l'anxiété et le non-sens, qui essaie de tenir vaille que vaille pour cette période estivale de congés. Je ne connais que trop bien ces symptômes pour ne pas comprendre que je traverse de nouveau une crise existentielle comme je l'ai déjà expérimentée auparavant. Je retiens que dans ces cas là, une chose s'impose : il me faut impérativement écouter ce qui cherche à s'exprimer au plus profond de moi, même si cela implique de défaire tout ce que je viens à peine de tenter de reconstruire en déménageant ici.

De toute façon, je ne peux pas faire autrement : tout mon être me le crie désormais. D'abord je me fais arrêter par un confrère psychiatre, qui prend de suite la mesure de l'état de tension psychique, au bord de l'effondrement, dans lequel je suis. Il m'assomme de médicaments parce qu'il faut bien que la physiologie de mon corps retrouve un certain équilibre, et que la priorité est que je puisse parvenir à me reposer au moins quelques heures par nuit afin de récupérer quelques ressources. Et dans un deuxième temps, essayer de prendre du recul pour comprendre ce qui se joue pour moi actuellement, et savoir vers où réorienter ma vie.

Où vais-je aller ? Pour faire quoi ? Dois-je tenter de rester dans cette région que je ne fais que commencer à découvrir, ou retourner dans les Pyrénées pour me rapprocher de mes amis ? Je ne suis pour l'instant pas en mesure de répondre à ces questions, car je me sens comme évanescent. Je suis à la fois là et pas là, présent physiquement mais complètement perdu dans mes pensées, incapable de fixer mon attention dans l'instant de ce que je vis. Je suis envahi par un sentiment d'étrangeté, où je n'ai pas l'impression d'habiter mon propre corps, mais d'en être qu'un visiteur de passage. Le monde autour de moi a perdu tout son sens et son attrait.

Je m'interroge : peut-être me suis-je trop vite replongé dans une activité professionnelle, sans prendre suffisamment de temps pour intégrer tout ce que mon voyage en Amérique du Sud m'a apporté ? Certainement que ce travail de grand nettoyage est encore aujourd'hui en train d'opérer, qu'il met en mouvement beaucoup de choses en moi, ce qui ne peut que me faire vaciller ?

Surtout, riche de ce que j'ai exploré là-bas, je prends conscience que dans cette nouvelle adversité, il s'agit avant tout d'un travail sur la confiance, celle que je place dans l'intelligence de la vie pour m'amener là où je dois aller, même si ça passe par des détours et des souffrances qui me donnent l'impression d'être dans le brouillard le plus complet. Cette confiance, c'est celle qui peut m'aider à supporter les épreuves et pouvoir les traverser, plutôt que fuir le travail et abandonner. Affronter les angoisses originelles qu'elles réveillent en moi, et espérer ainsi retirer une nouvelle leçon, qu'à travers la confrontation la vie cherche, une nouvelle fois, à m'enseigner.

J'accepte donc cet état de grande vulnérabilité, et ne cherche pas coûte que coûte à reprendre le contrôle du cours des évènements. De toutes façons, la maîtrise de tout ce qui se joue pour moi, je l'ai perdue depuis bien longtemps. J'écoute cette petite voix intérieure, qui ne cesse pour l'instant de me dire qu'elle étouffe et qu'elle est terrorisée. J'essaie de la réconforter, en lui disant que nous allons prendre le temps de comprendre vers où nous devons aller, mais que déjà, nous allons nous extirper de ce bourbier.

*****


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© Author's name / pen name Charlie
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The Kitty clause
Charlie verified
IA ? c'est quoi IA ?
Ici, c'est que de l'IP : de l'Intelligence Personnelle.

Humaniste convaincu, quelles que soient les potentialités de l'IA, je crois qu'il est important de ne pas se laisser déposséder de ce que nous avons de plus précieux : notre conscience du monde, de nous mêmes, et notre capacité à penser par nous mêmes.

Tout ce que j'écris défends donc ce combat : explorer les potentialités de notre propre conscience.
Alors respectez- vous, respectez moi ! tout ce qui est écrit ici doit, en cas de reprise, respecter les droits d'auteur et me citer comme tel.

Après...n'hésitez pas à partager !
Car ce qu'il y a de bien avec l'intelligence humaine, c'est que plus elle est partagée, plus elle aide à se faire grandir mutuellement !

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