Chronique N°2 : Le Fil invisible (Un Happy End)
Chronique N°2 : Le Fil invisible (Un Happy End)
On nous dit souvent que le hasard fait bien les choses.
Une fois de plus, la vie m’a montré que le hasard n’existe pas, non point par certitude mais par expérience.
Ce jeudi matin de février, mon ami et moi déposions mon compagnon à quatre pattes pour une intervention qui ne nous rassurait guère. Non pas que cette dernière s’annonçait lourde, mais parce que mon chien approche de sa douzième année approximative — approximative parce que je ne connais pas la date exacte de sa venue au monde — et qu’elle nécessitait une anesthésie générale.
À cet âge, une simple anesthésie peut s’avérer fatale lorsque le cœur d’un chien devient fragile.
Là où je veux en venir, c’est que nous n’étions pas sereins face aux risques de cette intervention, même si nous le savions entre de bonnes mains.
Après être restés avec lui le temps que la première injection fasse son effet et que celui-ci se soit endormi au point de ronfler, nous avons repris le chemin du retour.
C’est ici que la magie opère.
En effet, pour rentrer, il nous fallait traverser une nationale qui coupe la forêt.
Si nous avions l’habitude de l’emprunter, nous ne nous attendions pas à ce qui allait se passer.
Nous venions de croiser un poids lourd faisant des appels de phares.
Par réflexe, je ralentis, ne sachant pas ce qui se tramait : la présence de gendarmes pour un contrôle routier, ou simples salutations d’un conducteur à un autre, puisqu’un autre camion se trouvait derrière nous.
Et là, au loin, un petit chien traverse la route.
Il était clair que ce petit être faisait face à un grave danger : entre les véhicules qui circulaient, à tout moment il aurait pu se faire percuter.
Je décide alors de m’arrêter dans un chemin, activant les feux de détresse.
Mon ami, lui, décide de descendre et de tenter d’attirer l’animal vers lui. En vain : il était effrayé.
Nous sommes tous deux remontés en voiture, déterminés à ne pas le laisser face à un destin incertain.
Heureusement, nous avons réussi à nous arrêter de nouveau à sa hauteur.
Une fois le petit animal entre nos mains, nous décidons de nous rendre à la gendarmerie où une gendarmette craqua en voyant la bouille de ce petit chien semblable à un renard, même si ce n’en était pas un.
Elle nous invite à nous rendre à la clinique vétérinaire qui se trouve à deux pas de là.
Un scan de puce plus tard, nous avions en notre possession les numéros de téléphone de ses propriétaires.
Il s’appelait Happy, un petit croisé chihuahua-pinscher d’à peine un an.
Lorsque sa maîtresse est venue le récupérer, elle nous informa que ce petit gars n’en était pas à sa première évasion, mais que c’était la première fois qu’il partait aussi loin.
C’est que ce petit père débordait d’énergie, littéralement.
Pour le peu que je l’ai eu dans mes bras, je ne peux que confirmer que ce petit chien ne tenait pas en place.
Quelques remerciements plus tard, Happy repartait dans les bras de son humaine, et nous n’avions plus qu’à prendre notre mal en patience.
Vers 14 h 30, je commençais à tourner en rond. C’est que depuis le matin, je redoutais cet appel qui m’annoncerait une fin à laquelle je n’étais pas préparée.
Étrangement, lorsque notre route a croisé celle du petit Happy, ce nom a résonné en moi comme un signe que tout se passerait bien, mais je n’en serais pleinement convaincue que lorsque mon propre chien serait présent à mes côtés et bien vivant.
Puis, il y a eu cette voix douce dans le téléphone de mon ami :
« Il est bien réveillé, il vous attend. »
Nous sommes vendredi soir lorsque je pose ces mots sur mon clavier.
Mon chien est confortablement installé sur le canapé.
Alors oui, je pense que le hasard n’existe pas, qu’il y a une sorte de fil invisible qui nous lie les uns aux autres d’une certaine façon.
Que se serait-il passé pour Happy si nous n’avions pas eu à traverser cette nationale, si nous n’avions pas eu à déposer mon compagnon ce matin-là ?
Et Happy, dans tout ça, ce nom annonçant à lui seul un dénouement heureux.
Deux chiens, un seul chemin, et des humains heureux de les retrouver saufs et sains.
@lapilafolie - texte
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