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Chapitre 6.4 - Gymnastique
Fiction
Historical
calendar Published Aug 2, 2026
calendar Updated Aug 2, 2026
time 4 min
All audiences

Chapitre 6.4 - Gymnastique

Julio et Juliana avaient pu, à un moment de leur vie, après la naissance des petits derniers, s’installer à Maipu.


Pour se rapprocher de Buenos Aires, faciliter ainsi les déplacements – ou les transports de marchandises – vers la capitale et éventuellement vers l’Europe. Mais aussi de Mar del Plata, nouvelle station balnéaire sur la côte atlantique qui ne s’appelait encore que Pueblo Balcarce.


La ligne de chemin de fer du Ferrocaril del Sur avait été prolongée pour y accéder et l’hôtel Bristol inauguré en 1888, deux ans après l’ouverture de la gare. Pedro Luro, un immigrant basque, avait beaucoup investi dans la station balnéaire après avoir été successivement ouvrier, cocher, puis finalement homme d’affaires, et son fils José y avait construit le premier hôtel et le casino. Maipu se trouvait précisément sur le chemin de Buenos Aires à Mar del Plata et vivait principalement de l’élevage bovin extensif dans la Pampa.


Mais une fois sur la côte, le paysage changeait du tout au tout et l’air iodé s’imposait aux narines des estivants qui pouvaient s’en donner à cœur joie.


D’autres hôtels furent bientôt construits par les compagnies ferroviaires, elles-mêmes, soucieuses de rentabiliser leurs équipements en augmentant la fréquentation. Puis des villas, inspirées de celles des stations européennes, commencèrent à fleurir dans les années 1890.


Comment Jules, ce bon vivant et autrefois sportif accompli, et Julienne, son aventurière d’épouse, auraient-ils résisté à l’attrait de ces nouveautés ? Au plaisir de profiter d’un peu de temps libre en famille ?


Dans leurs costumes de bain couvrants, réalisés dans un coton qui se gorgeait d’eau et se déformait à la première occasion, les Garay de Maipu faisaient sensation sur la plage quand ils « s’échauffaient » avant la baignade. Pas question en effet de se jeter la tête la première dans l’océan sans un minimum de préparation physique : telle était la théorie de Jules qui se faisait un plaisir d’appliquer les préceptes appris dans sa jeunesse à l’école de gymnastique.


En rond sur le sable mouillé, parents et enfants écartent et resserrent bras et jambes en alternance en sautillant. « Et un, et deux, et trois, et quatre, un, dos, tres, cuatro… » martèle Jules qui s’essouffle plus vite que prévu. « Allez, on change d’exercice, tout le monde s’allonge par terre ! » et voilà un peu de répit pour le maître de gymnastique qui lui, reste debout et montre avec ses bras les ciseaux que ses élèves d’un jour doivent réaliser avec les jambes.


Julienne a subitement quelque chose à vérifier d’urgence dans les nombreux effets qu’ils ont apportés avec eux pour cette journée particulière. Elle en profite pour s’asseoir un moment et ferme les yeux pour mieux s’imprégner de son environnement : le clapotis, le vent dans ses cheveux, l’air marin qui emplit ses narines, la brûlure du soleil sur la peau de son visage, comme autrefois sur le navire en pleine mer… les cris joyeux des enfants en plus !


L’espace d’un instant, Julienne n’est plus qu’agréables sensations. Ne sont-ils pas les plus heureux au monde ?



[ Image générée avec IA sur raphael.app et recadrée ]


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