Mine d'or (fin)
Dans une méditation profonde, proche de
l'éveil, l'éclatement d'une bouteille en
verre m'a éveillé. Sébastien était devant
moi les genoux au sol et en larmes.
Un appartement vaste avec très peu de
mobilier, mais où étions-nous ?
Le schéma était-il entrain de se répéter ?
Que se passait-il ?
Sébastien avait besoin de mon aide, sur le
meuble, j'ai exposé ma mine d'argent face
à un rayon de soleil, je voulais refléter
dans son œil pour captiver son attention.
Ma brillance avait fonctionné, Sébastien
ouvrit un tiroir et il prit un tas de feuilles
volantes. Face à elles, les gouttes d'eau
témoignaient de sa peine.
En quelques mots, j'apprenais que
Sébastien était loin de sa région et qu'il
cherchait à reconstruire un
environnement professionnel. Il avait
abandonné les miens contre une nouvelle
caisse à outils. Lucide après ma longue
méditation, je devais me servir de sa
solitude pour en faire une force.
Le téléphone sonna, Sébastien tremblait,
loin des siens, il apprenait que son père
était frappé par la maladie du crabe qui
l'avait déjà bien contaminé.
Il fallait se ressaisir, je devais teinter les
pages blanches pour l'aider à rééquilibrer
sa tristesse. J'ai réalisé en quelques mots
un effet de reflet, c'était écrit sous ses
yeux.
« L'essence de la solitude », « Apesanteur
des sens cachés ».
Juste après quelques aphorismes
échangés, son esprit soudainement
reposé, je ne pouvais plus échapper à
cette confrontation, le
numérique était encore plus présent
que les derniers temps que nous avions
passés. C'était une réalité, sa créativité, sa
quête de liberté, sa vocation ne dépendait
plus de mon soutien. Posé à plat sur un
coffre en bois qui servait de table,
j'apercevais ses mains pianotant le
clavier. C'était une part de monde
moderne, et je ne pouvais pas me
permettre de lui offrir sa vocation sans le
laisser découvrir le chemin pour y
parvenir. Je reconnaissais que cette
manière d'écrire avait elle aussi son
efficacité...
Sébastien avait lâché la récitation en
provenance de son cœur et il avait réalisé
sa suite. Après avoir mis un point final à
sa dernière communication avec lui-
même, il avait tapé.
« Le temps d'aimer ».
je devais reconnaître que cette manière
d'écrire avait fonctionné . Dès le
lendemain matin
Sébastien avait fait de nouveau ses
valises, j'avais la chance d'être toujours
d'une grande importance, dans cette
poche à hauteur de cœur nous avions
pris la route du retour vers les siens. Huit
heures de route sans aucun arrêt et à
destination, les retrouvailles dans les bras
de l'être aimé, entre ces deux poitrines, la
grandeur de cette union était une réalité
et elle avait donné naissance à une petite
fille.
De retour chez lui dans les montagnes,
son esprit soutenu par l'amour était plus
fort.
Il partageait les trois-quarts de son temps
avec son enfant et ma notoriété à ses
côtés comme une normalité, elle, baissait.
Je me souviens de ce jour, il n'y a pas bien
longtemps, sa compagne avait déposé
à l'entrée de la maison, dans la cuisine un
cadeau.
Un corps, une enveloppe, un véhicule
identique au mien, cette matière qui
permettait à mon âme, d'être présent
parmi le monde des Terriens.
Cet outil avait de l'avance sur le mien, il
était moderne et était adaptable à l'ère du
numérique. Une mine d'or capable de
déverser une encre limpide sur des
feuilles de papier et de retransmettre
instantanément sur ces écrans
numériques de dernière génération.
C'était un stylo avec l'avantage de la
fluidité et la facilité du partage.
C'était fait, ma décision, mon choix était
clair, je devais avec mon âme pénétrer
cette chose, ce cadeau et je devais
accepter l'abandon de ce corps qui
m'avait était fidèle pendant des années.
Ce stylo dans la poche de Sébastien était
mort, il n'avait plus d'esprit. J'étais parti
fusionner mon âme avec cette mine d'or.
Sébastien arriva à la maison, il prit sa
boite à souvenir, j'étais dans mon
nouveau corps
je l'observais, il déposa avec gratitude ma
dépouille à l'intérieur.
Sur l'étagère j'attendais patiemment que
Sébastien vienne décharger cette nouvelle
encre, celle de ma mine d'or. Je détenais
en elle une vérité, j'étais en mesure de
dévoiler une trace indélébile, je pouvais
laisser à tout jamais une part de mon
histoire , dans une écriture légère, lucide
et juste.
Cette mine d'or me permettait d'écrire
sans être dans le besoin, bien au delà de
l'envie , limitant la passion, j'étais apte à
écrire une symphonie amoureuse.
La première prise en main, de mon
armure entre la peau douce et fine, du
pouce et de l'index de Sébastien, ce fut
une révélation, imperceptible,
inimaginable, accompagnée de cette
mine d'une valeur inestimable, notre
union pouvait percer le secret de chacun
des tiens.
Nous avions en nous , notre formule,
notre style et surtout le même intérêt. En
ma possession, Sébastien avait au fond de
lui cet artisanat et moi j'avais la créativité
et l'art.
Je ne voyageais plus dans une poche ou
un sac, j'avais était placé dans un étui
conçu et moulé spécialement pour moi.
J'étais posé sur un bureau face à un livre
vierge à l’affût de récupérer les premiers
jets à vif de mon histoire. Sébastien, papa
et une maturité, à point en bon artisan, il
devait réaliser un plan et entreprendre
un nouveau chantier. En maître de
travaux , je devais colorier et décorer de
ma mine d'or cette nouvelle construction.
Je devais aiguiser ce récit, cette intrigue
en une lecture en un passe-temps pour
tes communs, pour le peuple, la manière
de lire des tiens étaient en train de
changer. Ils n'avaient plus de temps pour
eux, dans une gare ou un aéroport, je
devais captiver les lecteurs avec une
calligraphie ineffaçable, je ne devais pas
surcharger de meubles le décor. Détailler
le détail n'était pas fait pour l'union de
Sébastien et moi.
Pendant des années nous avions échangé
une continuité d'aphorismes pour faire
grandir et évoluer notre conscience.
Ensemble, nous partagions une
méditation commune.
Assis devant le bureau, dans ses mains, je
l'entends encore dire
« et si j'écris l'histoire d'un stylo »
il n'avait aucun soupçon et ne réalisait
pas que j'étais , tout son savoir.
Comment pouvait-il écrire mon histoire ?
Il n'avait aucune idée de ce que je suis, en
revanche, je savais tout de lui.
Nous sommes maintenant, dans une
étape fatidique de cette histoire, les
premières lignes écrites de ma mine d'or
sont celles du début de ce livre. Grâce à
cette union , Sébastien, dès la troisième
page, se liait avec ses débuts, sa
naissance, le déroulement la suite vous
l'avez normalement déjà lu, si vous êtes
encore là.
Quel que soit le semblable de Sébastien,
la règle est commune, un jour peut-être,
tu auras ce besoin, cette envie, d'écrire, de
peindre, de sculpter ton histoire. Sers-toi
d'une chose, d'un objet, d'un caillou,
donne-lui, offre lui une âme et raconte
ton histoire. Tu verras ton reflet remonter
à la surface et la ligne de ta vérité, de ta
réalité apparaîtra. Tu ne seras plus seul,
mais lié et tu ne feras qu'un.
Arrivée ici, pour appuyer sur le mauvais
bouton, d'un clic, cette histoire tapée sur
l'ordinateur de Sébastien fut effacée en
totalité, heureusement ma mine d'or avait
laissé son indélébilité sur des pages
blanches. Sébastien à pris une grande
inspiration, notre conscience commune
nous le répétait sans cesse.
« Vas au bout, ne lâche rien, soit vaillant,
bas toi, soit heureux, soit distant, et lies
toi aux éléments. »
Même si au fil du temps, le visage se
ride, le reste se réduit, il est toujours
temps de se sentir vivre, Sébastien chargé
d'émotions a soudainement besoin de
l'écrire, c'est un acte présent perdu dans
ce récit qui est en cours d'écriture. Une
parenthèse, il est agréable de la faire
aussi.
je ne dois pas être partout pour finir nul
part, il est important d'arriver a faire
cette boucle avec ma mine d'or. Creuser
l'entaille de chacun de tes communs, au
fond de toutes ces mines, j'ai la Certitude
que toutes contiennent de l'or.
C'est une utopie, tant pis mes
compagnons, votre encre a su construire
cet univers avec cette manière de
Communication, d'interprétation, jusqu'à
là, on le doit à mes ancêtres les plumes,
l'écriture a fait l' humanité de demain,
alors mes frères si on doit être des stylos
dans des pots sans aucun intérêt, offrez
votre dernier souffle
votre dernier jet d'encre à l'humain.
Si il préfère le clavier qu'il sache que le
monde de demain est quand même entre
ses mains. L'abréviation, le sms, l'émail
sont de plus en plus courts , de plus
en plus rapides, et aussi percutants si ils
doivent l'être... Le mot écrit, tapé ou gravé
a une histoire que le mot dit n'a pas. Ma
mine d'or déverse cette encre présente et
Sébastien s'imagine écrire et écrire encore,
d'un trait, il serait prêt à vider mes
réserves pour ne pas se défaire de ce
pèlerinage, de sa liberté, j'adore être entre
ses mains et je serais curieux d'être entre
les tiennes pour découvrir ta mine et pour
savoir où nous serions capables de
voyager.
Lecteur, j'insiste, je suis un stylo et j'ai une
âme, la tienne, ne cherche pas à
l'interpréter, quand elle est en moi, je te
possède et tu n'auras pas d'autre choix que
d'écrire et de lire une part de toi. Je
deviens un guide, je te laisse regarder ton
histoire et je ne peux pas te dire ce qu'il y
a à voir. Je peux t'offrir mon encre,
comme le reflet d'un miroir, mais ce que
tu verras n'est pas une apparence. Pour
vivre cette aventure n'aies pas de retenues
à ouvrir une parenthèse dans ton
quotidien et si tu arrives à la refermer, tu
seras peut-être pris par cette fougue de
vouloir en ouvrir d'autres.
Tu te sentiras vivre entre chaque
parenthèse
Ce monde à part offre chez les tiens des
œuvres et si l'un de tes prochains a besoin
d'elles, tu auras atteint l'accomplissement.
libre tu passeras le reste de ta vie à ouvrir
ces discours.
Un jour pour toi aussi la lumière va
s'éteindre et n'oublies pas avant de
refermer tous les épisodes.
Grâce à Ma Mine D'Or mes excursions
ne durent pas plus de quelques secondes
pour s'éterniser dans l'éternelle.
Mine D'or
Fin d'écriture MAI 2014
Livres du même auteur :
Des années figées dans l'instant
est un ouvrage qui rassemble c'est quatre petits recueils
*Brin de recueil,
*L éveil d'écrire,
*L'essence de la solitude,
*Le temps d'aimer
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