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Mamy Blue
Fiction
Erotica
calendar Published Mar 27, 2026
calendar Updated Aug 3, 2026
time 47 min
Creative Transparency Label
18+
Image / Human image
Text / Human creation

Mamy Blue


Pentalogie du bleu : "Bleu n'est pas la couleur du paradis".


Cinq nouvelles pour cinq styles, cinq approches totalement différentes :


  1. Les yeux bleus, une autobiographie
  2. Bleu d'enfer, un thriller dans le milieu de l'urbex.
  3. De bleu clair à bleu foncé.
  4. Blue Life, une dystopie dans le cadre des mondes virtuels et des multivers. (Public averti – uniquement disponible en abonnement Prime)
  5. Mamie Blue, le "troisième âge" et les arnaques aux sentiments. (Public averti – uniquement disponible en abonnement Prime)


Fléau des temps modernes : l'arnaque aux sentiments... Mais là, cela dépasse tous les fils rouges !


L'heure bleue.

Joséphine aimait ce moment de la journée, lorsque le soleil avait entièrement disparu, qu’il s’était noyé dans les salines de la Palme. La nuit était à sa porte, elle n’avait pas encore frappé pour pénétrer et teinter la demeure au feutre noir. Cet instant suspendu entre la clarté agonisante et l’obscurité naissante s’appelle l’heure bleue.

Bleue, sa couleur préférée depuis qu’elle était gamine. Elle se remémora son insistance auprès de maman : pas d’autres chouchous que le bleu pour maintenir le chignon serré de ses cheveux immaculés. Elle pouvait ainsi quitter fièrement la maison de la Croix-Rousse pour rejoindre l’école du Gros Caillou.

Joséphine sourit aux souvenirs de son enfance lyonnaise. La vie coulait tranquille comme la Saône, qu’elle rêvait aussi de voir bleue, ce qui n’arriva jamais.

Est-ce l’amour du bleu qui l’entraîna endosser l’uniforme de la gendarmerie alors qu’elle n’avait que dix-neuf ans ? Elle ne saurait trop l’affirmer, mais elle y fit toute sa carrière, termina major et profitait maintenant d’une retraite bien méritée.

Elle avait déménagé à Gruissan. Le Sud, la chaleur, elle en rêvait et, lorsqu’elle avait découvert cette petite ruine, une fermette flanquée d’une ancienne porcherie désaffectée, elle avait craqué.

Retaper le tout lui avait pris cinq ans. Elle avait ensuite décidé d’élever deux cochons noirs d’Espagne de souche pure, des Pata Negra. Bien sûr, elle ne pouvait pas les laisser libres de gambader comme dans leur pays d’origine, mais ils avaient un bel espace pour se dégourdir les pattes. Par la suite, Joséphine avait trouvé un petit « arrangement entre amis » avec un boucher des Halles de Narbonne et la viande vendue lui offrait un substantiel complément à sa retraite.

Elle s’admira dans le miroir, soixante-neuf ans, un corps sec comme une liane et des yeux bleu acier. Elle était encore au top pour son âge, ses copines soutenaient qu’elle était la copie de Scarlett Johansson, « le charme de la maturité » en plus. Joséphine prenait cela pour un compliment. Elle ôta le maquillage léger qu’elle portait lorsqu’elle se rendait en ville acheter du poisson et faire ses courses hebdomadaires. Ensuite, détendue, elle réveilla son ordinateur pour une virée shopping sur Amazon.

Elle adorait cela pour terminer sa journée en beauté.


Un jour comme un autre.

L’odeur du café emplissait la cuisine.

Joséphine était rentrée de son footing matinal quotidien. Elle avait pris une douche, enfilé un négligé fleuri et survolait les mauvaises nouvelles du jour que lui affichait la Dépêche du Midi.

Elle avait décidé de se séparer de la télévision, cette boîte à conneries, qui créait une nouvelle société de jeunes imbéciles. Des cerveaux ramollis pour qui l’image qu’ils offrent en pâture à des voyeurs assumés relève d’une importance tellement capitale aux yeux de followers inconnus, anonymes.

Et ces cancrelats envahissaient également internet. Cela devenait de plus en plus rare de trouver des lectures intéressantes ou de l’information vérifiée, non manipulée par l’IA, tout comme des personnes désireuses de montrer leur véritable nature, leur être profond. Joséphine haïssait cet univers du paraître et ses acteurs fantoches.

Quelques coups frappés à la porte d’entrée la sortirent de ses réflexions. Elle ne prit pas la peine de se couvrir, elle était fière de son corps et n’avait aucune honte à l’afficher avec panache.

Elle sourit à la vue des grands yeux ébahis du livreur DHL. Il commençait sa journée de travail avec un spectacle auquel il ne s’était pas attendu. Elle harponna la surprise du jeune homme, joua de ses formes plus qu’avenantes en prenant tout son temps pour signer de bon de transport. Elle se faisait plaisir. Parfois, Joséphine avait l’impression qu’à force de se flatter elle-même, elle se brûlerait un jour les ailes, mais qu’importe. Cette vibration qu’elle sentait frémir dans son bas-ventre n’avait pas de prix.

Plus tard, elle s’était à nouveau douchée après la petite jouissance solitaire qu’elle s’était octroyée, l’image du coursier toujours gravée dans son esprit.

La lingerie commandée l’avant-veille était magnifique, mais le plus essentiel tenait dans le carton sur la table : tout le nécessaire pour implanter un système de sauvegarde performant, un cloud personnel à la maison.

Spécialiste informatique lorsqu’elle travaillait au sein de la gendarmerie, elle ne faisait qu’une confiance relative à Google Drive, Dropbox et autres clouds en ligne. Elle avait donc décidé d’installer son petit espace sécurisé à domicile.

Nouvelle douche, après avoir nourri Jules et Jim, les deux porcs avec les restes journaliers d’aliments déposés par un ouvrier du restaurant de l’Ile Saint Martin. Il s’agissait surtout de déchets de fruits de mers et de denrées gorgées de sel marin naturel. La viande des cochons ibériques allait gagner en saveur inimitable.

L’après-midi était, à l’accoutumée, chaude et harassante. Joséphine ferma portes et volets afin de conserver un semblant de fraîcheur et s’attela à l’installation de son cloud. À 18 h, tout était fonctionnel et elle se permit un verre de Château Ricardelle, vivifiant et festif.

Elle avait pris une légère collation et bu les deux tiers de la bouteille. Elle se sentait heureuse, belle et un peu émoustillée.

Un regard au miroir du hall la rassura. Elle avait enfilé le tanga, le soutien-gorge et la nuisette bleu de Prusse reçus le matin. Elle se trouvait attirante, pour le reste : « rien à cirer ».

Joséphine s’installa devant son écran. Elle surfa au fil des vagues électroniques, de Facebook à Instagram, de TikTok aux sites de rencontre. Elle parcourait les visages de ces jeunes hommes en quête d’amour. Ils étaient magnifiques, pourquoi étaient-ils là ? Pourquoi n’avaient-ils pas déniché une amie, une femme séduite par leur charmant minois ?

Elle cherchait sa présence sur le réseau !

Joséphine avait commencé à flirter avec un « mignon », un latino aguicheur, tout à fait son type, même s’il aurait pu être son fils. Ça, elle s’en moquait royalement. Un popup s’ouvrit subitement dans le coin droit de son écran.

« Hello. Vous a-t-on déjà dit ce soir que vous étiez la plus jolie ? »


Ignacio.

Ignacio se laissa basculer sur le côté, libérant le corps fourbu de Camilla.

Il ne pouvait résister à la réveiller au petit matin. Sans prendre de gants, lui faire l’amour sèchement, sans tenir compte de son envie à elle. Il savait qu’elle aimait sa façon de faire, Camilla n’était pas douillette et encore moins fleur bleue.

Camilla était une femme comme il les aimait.

Il se savait beau gosse, il avait le bagou facile et il ne s’en cachait pas, il était macho. Il s’inventait des excuses personnelles, prétendant que cela coulait dans ses veines, qu’il était latino et qu’il devait se comporter ainsi.

Camilla s’était levée sans un regard, sans un sourire. Elle irait mieux après la douche.

Il posa un vinyle sur la platine dernier cri et la basse funky de Cameo emplit la pièce de ses sonorités chaudes et sensuelles.

Lorsqu’elle revint, nue, son impressionnante chevelure bouclée enveloppée dans une serviette de bain, il aperçut ce sourire carnassier qu’il aimait tant. Camilla s’approcha de ce gros bourrin assis au bord de l’imposant îlot central de la cuisine, posa les coudes sur le marbre noir, la croupe bien en évidence, sachant qu’il ne pourrait pas en détacher le regard.

— Tu sais pas me foutre la paix « un » matin bordel !

— Arrête, Cariña, tu adores quand je te prends comme ça.

— J’aime aussi dormir, surtout quand c’est samedi matin. On est rentrés tard hier !

— J’ai besoin de me sentir en toi, de te sentir à moi !

— Arrêtes tes conneries et sers-moi un café, ce soir tu vas encore draguer tes pétasses !

« She's strange », les chœurs répétaient le refrain en boucle, soutenant la voix chaude de Cameo.

D’un geste ample, il désigna l’appartement richement décoré.

— Ouais, mais si nous avons tout ça, c’est grâce à mes pétasses, n’oublie pas ça, Cariña.

Ignacio ne travaillait pas. Pas à proprement parler, comme tout le monde. Monsieur était autoentrepreneur. Il possédait une petite agence de consultance en sécurité informatique sur Arcachon. Pour la façade. Elle lui permettait d’entrer en contact avec des femmes seules à qui il proposait ses services.

Il les charmait, facilement. Ensuite, il installait son arnaque aux sentiments. Il était extrêmement efficace et le système, très lucratif.

Camilla s’en accommodait. Elle savait qu’il ne se passait rien entre Ignacio et ces femmes. Des mots, des phrases, des situations construites de toutes pièces. Pas de contact physique, sauf une fois, durant les vacances, avec une Allemande qui se trouvait, par un hasard impossible, dans l'hôtel voisin du leur, au Mexique. Elle était réticente à lâcher le pognon. Comme ils étaient sur place et que son apparence de « latin lover » collait avec l’endroit, il l’avait rejointe dans sa chambre. Au grand désarroi de Camilla.

Elle avait craché le fric pour l’aider à faire face à « ses dettes » et lui permettre de venir en Allemagne. Il avait quitté l’hôtel le lendemain, lui avait donné rendez-vous à Munich, la semaine suivante. Elle ne l’avait jamais revu, son argent non plus.

Il n’avait jamais raconté à Camilla ce qui s’était passé dans la chambre, et c’était probablement mieux ainsi, car elle lui avait fait la tête pendant deux semaines. Tout ce qui importait, c’était qu’il avait reçu l’argent sur un compte éphémère. Point barre. Aujourd’hui, nous étions samedi et le samedi soir, les « Milf's » en mal de sensations ou d’amour étaient généralement de sortie sur les sites et les tchats un peu chauds. Elles se cachaient généralement derrière des avatars de chats ou des visages nanas plus jeunes qu’elles. Il savait les repérer rapidement. Il parvenait à tenir plusieurs conversations simultanément. Dès qu’un bon poisson mordait à l’hameçon, il ferrait, coupait court aux cibles sans intérêt et se concentrait sur sa nouvelle proie.

Le travail pouvait être de longue haleine, il avait pour principe de prendre son temps, d’installer la confiance, de devenir l’indispensable fantasme.

Camilla était partie retrouver ses amies pour une journée « spa-détente-bien-être ». Il avait le champ libre. Certaines fois, elle glissait un regard au-dessus de son épaule, surveillant l’un ou l’autre échange, explosant si les termes étaient trop crus. Elle ne pouvait s’empêcher d’être jalouse alors qu’il ne s’agissait que de business. Depuis le Mexique, elle ne lui faisait plus confiance à cent pour cent.

Qu’importe, aujourd’hui, il était seul, elle rentrerait tard. Camilla et ses copines avaient décidé de se faire un étoilé ce soir. Entre filles. Elles avaient choisi le Skiff Club au Pyla. Il était sur du velours toute la soirée.

De plus, il n’aurait pas trop à chercher, le poisson était déjà dans la nasse. Il ouvrit la fenêtre de discussion.

« Hello. Vous a-t-on déjà dit ce soir que vous étiez la plus jolie ? »

Nightcall.

Joséphine était étourdie par le vin et la beauté de ce jeune éphèbe.

Il avait tout pour lui : le teint hâlé, le cheveu court, l’œil de velours et ce sourire, ces dents, parfaites, tout ce qu’elle aimait. Ils avaient commencé à flirter depuis deux semaines déjà. Il était entreprenant ce soir, ses compliments lui réchauffaient le cœur et le bas du ventre.

Pour la première fois, ils étaient passés en « cam ». Elle avait maintenant la certitude que la photo reçue quelques jours auparavant correspondait bien au personnage. Il ne l’avait pas bernée, le beau jeune homme en maillot de bain au bord de la piscine était bien celui qu’elle regardait en ce moment se servir un verre de rhum.

Elle ne l’avait pas trompé non plus ; elle ne craignait pas de se montrer ; elle était splendide, mince, musclée, parfaite pour son âge, âge qu’elle ne lui avait pas révélé malgré tout. Elle avait cerné le personnage. Lorsqu’il verrait les tablettes de chocolat et la croupe ferme qu’elle pouvait encore fièrement afficher, il craquerait, comme tous les autres.

Joséphine termina la bouteille, leva son verre à la santé de Pablo, un nom qui collait bien au physique du jeune homme. Pour lui, elle avait choisi Adriana. Joséphine n’avait jamais aimé son prénom à l’ancienne. La conversation avait dévié vers les plaisirs de la chair, les effleurements qui poussent l’épiderme à se contracter, la chaleur d’une langue dégustant le sel à fleur de peau.

Pablo était chaud, elle se laissa guider par ses fantasmes, par son désir. Il faisait mine de se masturber hors champ. Elle l’admira, la tête penchée en arrière, ce cou, cette pomme d’Adam imposante qui faisait des va-et-vient, en suggérant d’autres. La tension des corps dériva vers le point de non-retour. Elle glissa la main vers son entrejambe et se caressa. Elle rouvrit les yeux et remarqua qu’il la mattait, le regard en feu. Elle s'immergea dans les iris sombres de Pablo, lui affichant un visage fermé, dur, militaire.

— Lève-toi ! Montre-moi !

Surpris, Pablo s’exécuta. Il avait déjà fait cela, pas de souci, tant que Camilla était absente.

Joséphine admira la plastique parfaite de Pablo, son sexe imposant. Elle se pencha en avant pour changer l’angle de sa caméra et lui offrir une vue plongeante sur son abdomen musclé, proche de la perfection, ses seins à présent dénudés et sa main à demi cachée par le tissu du tanga qu’elle n’avait pas ôté.

Ignacio fut éberlué par la vision de ce corps hors norme pour une femme de cette génération. Elle était magnifique, subjuguante, parfaite, loin, très loin des milf's qu’il avait l’habitude d’alpaguer. Une vraie déesse.

— Viens ! Maintenant !

L’ordre abrupt l’avait surpris, excité. À bout de souffle, Ignacio répondit à cet ordre sans équivoque, ça ne s’était jamais passé de la sorte, il en était même embarrassé alors qu’en face, Adriana jouissait à son tour.

Elle parut, elle aussi, gênée et coupa la connexion.

Ignacio se laissa retomber sur sa chaise. Cette situation le mettait mal à l’aise, il n’avait jamais vécu de tels moments. Cette femme était magnifique, torride, elle avait commandé et il s’était exécuté. Des pensées rationnelles se mêlèrent au désir qui redescendait, il revint sur terre. Elle lui avait avoué jouer avec des cryptomonnaies, elle semblait avoir acheté pas mal de bitcoins, un must pour lui. Quand il lui subtiliserait son argent, cette fois, il n’y aurait pas même une trace de son passage. Il devait se documenter, il n’avait jamais tenté le coup avec des cryptos. En attendant, il fallait maintenant tout nettoyer avant le retour de Camilla.

Joséphine avait coupé la connexion. Pas par pudeur, Jules et Jim avaient commencé à grouiner dans l’étable et elle n’avait pas envie que Pablo entende les cris de ses deux amis. Elle sourit. Elle l’avait croqué, pris au dépourvu, il s’était abandonné, avait joui pour elle, l’image qu’elle lui avait laissée entrevoir n’y était pas pour rien.

Elle s’était trouvé un compagnon de jeu. Elle allait en profiter. Cette activité la maintenait en forme, elle se sentait jeune dans sa tête, jeune dans son corps.

Bon, enfermer Jules et Jim, trente minutes de cardio pour éliminer l’alcool, puis au lit !


Investissement personnel.

Quatre semaines s’étaient écoulées. Camilla devenait dingue. Elle était de plus en plus soupçonneuse. Il n’était jamais resté coincé sur un « sujet » durant un laps de temps aussi important. Il devait conclure sans quoi il allait en chier !

Il avait tenté de se justifier : Adriana n’était pas une petite vieille comme les autres et, surtout, elle était très intelligente. Il devait constamment louvoyer pour ne pas se recouper dans les mensonges qu’il accumulait au fil des jours. Par contre, il avait occulté son addiction à leurs jeux sexuels. Il n’avait jamais ressenti cela auparavant. Les nanas de cette génération étaient plutôt des « granny's » tranquilles, ainsi que les surnomment les habitués des sites pornos. Adriana était autant qu’il faut une « milf » de feu, volcanique, avide, qui en demandait toujours plus. D’autre part, elle le valorisait, le flattait avec justesse. Elle avait découvert tout ce qu’il appréciait dans le plaisir et, un comble pour lui, il adorait quand elle prenait les rênes qu’elle le dirigeait à la baguette. Il ne pouvait plus se passer de leurs entrevues. Camilla était devenue un frein à sa passion.

Elle lui reprochait de ne plus s’intéresser à elle de grand matin, le trouvait fatigué, en manque de fougue et de désir. Il lui faisait l’amour pour la satisfaire, mais n’y retrouvait pas les sommets qu’il escaladait en compagnie d’Adriana. Il s’était documenté sur les cryptos et il n’y comprenait que dalle. La blockchain, l’adresse publique couplée à une clef cryptographique, les flux qui n’étaient pas de l’argent, mais qui représentaient des sommes considérables. Un pote avait tenté de lui apprendre tout cela, son langage de geek, c’était du chinois. Il avait donc demandé conseil auprès d’Adriana, qui semblait bien maîtriser les ficelles de ce milieu, opaque comme un brouillard londonien.

Elle avait pris le temps de lui enseigner les techniques. Elle l’avait aidé à ouvrir un compte afin d’accéder à la blockchain. Elle lui avait expliqué les fluctuations des marchés, parfois imprévisibles. Enfin, en cadeau, elle lui avait versé 0,05 Bitcoin, près de 4000 €. Ensuite, elle lui avait indiqué les adresses à suivre pour connaître l’évolution du marché, la valeur de ses BTC et la manière de les retirer en cas de besoin. Par contre, Adriana lui avait conseillé de ne pas y toucher tant que cela n’était pas nécessaire. Il avait pu rassurer Camilla en lui montrant que : « la vieille avait finalement craché 4000 boules ! » Camilla avait souri, il avait obtenu un certain répit. De plus, il continuait à étudier, apprendre. Plus tard, il aurait toutes les armes en main pour plumer sa victime.

Ce soir, elle lui avait envoyé un message Signal : « Si tu veux gagner de l’argent facilement, achète des ETH, maintenant, pas demain ! » Il avait demandé une explication, le retour fut laconique : « Tu te procures des Ethereum, beaucoup d’Ethereum et demain, je te donne la marche à suivre pour l’enchaînement ».

Il n’avait rien osé dire à Camilla, il avait écouté sa conquête, il était certain qu’elle savait ce qu’elle faisait. Une transaction de 25 000 €, ça faisait mal au compte commun, mais il possédait maintenant 16 ETH.

Le lendemain, un message : « Avec la somme, augmentée de ce que tu as gagné, achète 1 BTC ! ». En consultant ses flux, il constata que ses 16 ETH affichaient plus de 32 000 €. Il en tomba presque à la renverse. Il n’hésita pas. Il dut « casser » son livret pour ajouter les 23 000 € manquants et acquérir « son premier bitcoin ». Il confirma la transaction, les comptes étaient vides, mais il était l’heureux détenteur d’un bitcoin d’une valeur de 55 000 €.

Vent de panique le lendemain : le cours des BTC avaient chutés et Camilla venait de consulter le compte commun. Il expliqua qu’il avait dû effectuer une opération importante, mais que tout l’argent serait de retour à la fin de la semaine. Elle claqua la porte, jurant qu’elle vérifierait dans trois jours et que d’ici là, elle partait prendre l’air.

Il n’avait plus de nouvelles d’Adriana et le solde continuait de plonger.

Enfin, un message : « J’ai envie de toi ! »

Elle le faisait bien rire la vieille, il n’avait plus de fric par sa faute et elle, elle ne pensait qu’au cul !

Il se connecta furieux.

— Coucou mon chéri,

— Tu as vu le cours des BTC ?

— Oui, moi aussi, je vais bien.

— Tu te moques de moi ?

— Calme-toi, je te promets une belle surprise si tu m’offres du plaisir ce soir.

Il était interloqué, il ne comprenait rien.

— Fous-toi à poil, tout de suite !

Et il s’exécuta.


Cryptosexualité.

Il est mignon, mais pas très futé.

Joséphine souriait au souvenir des heures perdues à lui expliquer le fonctionnement de la blockchain et, quand elle avait senti qu’elle risquait de le voir s’éloigner, un peu d’argent sur son compte avait permis de conserver toute son attention. Elle ne voulait pas abandonner ses sensations, tout ce plaisir qu’il lui offrait. Leur relation était devenue du donnant-donnant. Elle paierait encore s’il le fallait, s’il le demandait. Elle s’était attachée à lui, elle avait soif de le retrouver en vrai, le toucher, le caresser, l’embrasser. Elle avait envie de le ressentir en elle, enfin.

Il lui faisait tant de compliments, la portait aux nues. Elle se sentait rajeunir. Joséphine était persuadée qu’elle pourrait le combler bien au delà de ce que pourraient lui offrir toutes ces petites jeunettes qui ne connaissaient rien aux véritables plaisirs de la chair.

Joséphine possédait un carnet d’adresses imposant de personnes influentes qui voguait sur le marché des cryptos. Elle pouvait accéder à des données confidentielles, il s’agissait pratiquement, aux yeux de la loi, de délits d’initiés. Elle avait ainsi été avisée que des transferts importants allaient entraîner une fluctuation éphémère, mais très lucrative de certaines cryptomonnaies. Elle allait donc faire gagner de l’argent à Pablo sans travailler et lui offrir une raison supplémentaire de rester avec elle, peut-être de le rencontrer.

Le rebond avait bien eu lieu, mais en deux temps. Le pauvre Pablo s’était trouvé dans le creux lorsqu’il avait consulté les flux. Elle devait le reprendre en main le temps du second embrasement.

— Fous-toi à poil, tout de suite !

Il s’exécuta. Joséphine brancha sa caméra. Elle portait un ensemble rouge sang : un soutien-gorge aux bonnets ouverts laissait poindre ses mamelons durcis, un porte-jarretelles soutenait des bas qui mettaient en valeur la peau laiteuse de ses cuisses galbées. Un string fendu laissait entrevoir des lèvres glabres et ouvertes au plaisir.

Joséphine dut se retenir de sourire à la vision du visage totalement éberlué de ce pauvre gamin.

Leurs ébats furent extrêmes : Joséphine poussa son partenaire dans ses derniers retranchements, ce qui lui procura un plaisir intense et une chaleur qu’elle ne voulait pas perdre, même si elle savait déjà que cela ne pouvait durer qu’un instant.

Alors que Pablo se libérait de son plaisir, de sa tension et de sa semence, elle jeta un œil sur son second écran. Le rebond prévu avait eu lieu.

— Surtout, ne bouge pas, laisse-moi te contempler et regarde les flux sur ton téléphone. Maintenant, tu vends ton BTC. Tout de suite.

Lorsqu’il consulta les données, elle crut qu’il allait jouir une seconde fois. Les bitcoins avaient pris 19 %. En quatre jours, Pablo venait de gagner presque dix mille euros sans rien faire.


La réalité des sens.

Comme promis, il avait réalimenté le compte commun, augmenté d’un bénéfice pas du tout négligeable même s’il avait gardé la moitié de la plus-value pour sa balance personnelle. Cependant, Camilla était rentrée à l’appartement alors qu’il était à la salle de sport. Elle avait emporté ses affaires. Sans explications. Elle avait également prélevé cinquante pour cent du montant du compte collectif et avait disparu. Il avait essayé de l’appeler, laissé des tonnes de messages, précisé qu’il allait enfin conclure avec la vieille et que tout redeviendrait comme avant… Rien n’y fit.

Il connaissait le repère dans lequel elle s’était retirée, ils avaient déjà traversé une crise de ce genre par le passé. Elle était rentrée dans sa famille sur l’île de Madère. Il irait la rechercher lorsqu’il aurait terminé de plumer Adriana. Elle ne lui résisterait pas et surtout pas au montant qu’allait afficher l’application bancaire.

Le fric, un moteur puissant.

Il sourit, en y pensant bien, il n’était pas différent de Camilla. Il était assis dans ce tacot, un vieux Méhari beige conduit par Adriana. Lui aussi avait craqué face aux sirènes de l’argent. Ils allaient effectuer une opération extrêmement complexe qui allait leur rapporter « une montagne de blé » lui avait-elle promis. Seule contrainte, tout devait se traiter sur sa machine, une question impérative de sécurité. Il devait simplement venir avec son ordinateur portable pour les signatures électroniques.

Pourtant, à cet instant, en montant dans ce tas de ferraille, il était assailli d’un doute : Adriana avait-elle dit la vérité quant à sa fortune ?

Il était descendu du train à Narbonne et avait suivi ses instructions pour la retrouver parquée dans une rue étroite en face de la gare. Ils avaient pris la route vers le sud, direction Sigean, puis La Palme. Adriana était magnifique. Bien plus belle encore dans la réalité que ce qu’elle affichait sur un écran d’ordinateur. Elle l’avait accueilli d’un timide baiser sur les lèvres et avait démarré l’ancêtre qui lui servait de voiture. Elle restait silencieuse, un léger sourire éclairait son visage. Le paysage était merveilleux, la température agréable en cette fin de journée. Il respirait l'air chargé de sel et d’humidité, typique des régions proches de la mer. Il se serait presque senti en vacances. Ignacio lui avait révélé son véritable prénom ; elle, elle l’avait tu.

Adriana glissa un disque dans l’antique lecteur CD accroché sous le tableau de bord, les sonorités chaudes et envoûtantes de Massive Attack remplirent le mutisme gêné qui s’était installé entre eux.

Il devait à tout prix la mettre en confiance, la rassurer, elle ne devait se douter de rien. Il étendit le bras et lui caressa les cervicales, insinuant ses doigts sous les cheveux, appréciant la peau douce de sa nuque ; décidément, elle ne paraissait pas son âge. Quel âge au fait ? Elle avait revêtu un chemisier de soie naturelle, simple, chic, de bon goût qu’elle avait ostensiblement laissé déboutonné outre mesure, offrant au regard un décolleté impressionnant. Il devinait des seins fermes, libres, elle ne portait pas de soutien-gorge. Elle réagit à ses frôlements en posant sa main droite sur la cuisse d’Ignacio. Elle n’hésita pas un instant et remonta les doigts vers la braguette du jeune homme. Elle comprit qu’il n’était pas indifférent à cet effleurement sans nuances.

La voix implorante, lancinante de Terry Callier semblait envoyer un message à Ignacio :

I'll give all that I have just to keep you near

I wrote you a letter, darling, tried to make it clear

Oh, but you just don't believe that I'm sincere

Ils quittèrent la voie rapide pour se retrouver sur une modeste route de campagne bordée de hauts thuyas qui lui rappelaient la Toscane, les vacances à Florence avec Camilla. Il revint sur terre. Il devait rester focus : le fric d’Adriana et, tant qu’à faire un petit extra, Camilla ne le saurait jamais.

Brusquement, elle obliqua sur un chemin de terre battue qui s’enfonçait dans une espèce de garrigue sèche, blessée par des murets, semblables à des coups de griffes géantes. Les murs de pierres plates soutenaient un sol aride parsemé d’oliviers solitaires et d’imposants figuiers de barbarie couverts d’épines impressionnantes. Ces misérables plantes parcheminaient ce paysage ingrat et stérile. Ignacio se demandait où elle l’emmenait. Après une dernière épingle, le sentier poussiéreux s’ouvrit sur un portail de bois peint, unique accès perçant une sorte de rempart infranchissable, un mur chaulé qui renvoyait la lumière orangée du soleil couchant.

Une télécommande actionna les portes qui glissèrent sans bruit. Ignacio découvrit alors une petite ferme, proprette, ponctuée de touches de tonalités offertes par des pots de grès garnis de fleurs multicolores, tantôt suspendus à un crochet de fer forgé, tantôt posés à même le sol. Adriana se gara sous un auvent, à côté d’une imposante BMW noire qui rassura immédiatement Ignacio.

Ils pénétrèrent directement dans un vaste living, décoré avec goût. Un large canapé en cuir naturel faisait face à un authentique Chesterfield anglais. Ils étaient séparés par une lourde table basse en ébène massive. Du matériel haute fidélité trônait aux côtés d’un petit secrétaire, Louis Philippe. Tout ce mobilier disparate formait pourtant un ensemble agréable, cossu et luxueux. Dans le coin opposé, trois écrans plats en veille partageaient l’espace avec une tour d’ordinateur, un PC portable et deux smartphones. Au centre du mur principal, un âtre rempli d’épines de pins séchées et de bûches de bois de chêne n’attendait qu’une allumette pour s’enflammer.

Adriana embrasa l'incendie de leurs désirs. Elle détacha les trois derniers boutons de son chemisier et s’avança vers le jeune homme qu’elle embrassa à pleine bouche. Il se laissa faire, se contentant d’empoigner ces seins qu’il rêvait de caresser depuis tant de semaines. Ils firent l’amour, bestialement, avec brusquerie, brutalement. Cette fois pourtant, c’est Adriana qui menait la danse, il fut dépassé par les élans de cette femme insatiable. Elle termina leurs ébats « en lui », ce qu’il n’aurait jamais cru possible avant cette nuit. Il ne pourrait jamais raconter cela à qui que ce soit.


Le sexe, le fric et puis basta !

Ignacio s’était enfin endormi.

Pas facile de le faire venir jusque chez elle. Elle s'était toujours doutée qu’il y avait une nana derrière toutes ses tergiversations, cependant, Joséphine possédait des atouts indéniables.

La nuit avait été torride. Elle n’avait plus ressenti autant de plaisir ni flirter avec les limites de cette manière depuis bien longtemps. Le gamin aussi, lui semblait-elle. L’ancienne, l’avait pressé comme un citron, en ayant soin d’en extraire jusqu’à la dernière goutte de jus au propre et au figuré. Il ne restait que les pépins, encore fallait-il les planter pour obtenir un nouvel arbre, vaillant, portant les fruits de cette nuit éclatante.

Six heures trente, il ronflait comme Jules et Jim, elle rit intérieurement. C’était le bon moment pour faire un jogging, prendre une bonne douche et, finalement, s'occuper des graines à faire germer.

La musique le réveilla. Un air calme, un chant à la fois fort et suave. Il ne connaissait pas le morceau, mais reconnut la voix de Sia. Tout en cherchant le chemin vers la salle d’eau, il se dirigea vers le salon.

— Bonjour, Belle Dame, c’est quoi ce morceau ? Il était entré, nu, dans le séjour, Adriana, une tasse de café à la main, consultait ses écrans.

— Zero7, Distractions, pour le titre.

Elle exécuta une rotation d’un quart de tour avec son fauteuil et découvrit le tableau qu’il lui offrait. Il était magnifique. « Dommage que la beauté, la jeunesse, la vigueur soient à ce point éphémères » pensa-t-elle en se levant. Elle déposa son café sur le bureau et s’avança vers Ignacio. Sans une hésitation, sans signes avant-coureurs, elle le saisit par le sexe.

— Comment va mon petit joujou ce matin ?

Surpris, il ne trouva pas la possibilité de se libérer de l’étreinte d’Adriana alors que Sia déclamait des paroles qu’il aurait pu prendre au pied de la lettre :

I love you, I love you, I love you, I do

I only make jokes to distract myself

From the truth, from the truth.

Ils firent à nouveau l’amour avant de prendre une douche ensemble. C’était un dimanche très chaud, ils décidèrent de ne pas s’habiller et d’entamer tout de suite les préparatifs aux transactions à effectuer. Adriana avait ouvert un flux vers une blockchain particulière, un espace dont elle laissa à Ignacio le loisir de consulter les montants qui y sommeillaient. Il était assis face aux écrans, Adriana sur ses genoux, le bras droit entourant la nuque de son amant. Il se pencha légèrement pour être certain de ce qu’il lisait. « 926 000 € ». Alors qu’il demeurait sans voix, Adriana avait cessé de l’enlacer et commençait à le masturber lentement tout en glissant à sa disposition le PC qu’il avait apporté avec lui.

— Il te reste à déposer tout ce que tu peux sur le compte et, demain, nous serons millionnaires.

Elle s’était exprimée avec assurance tout en poursuivant ses caresses. Comme un automate, il avait versé l’entièreté de ses actifs vers son espace sécurisé. Ensuite, elle l’avait guidé vers un affichage très sobre, deux colonnes : à droite, ses avoirs, soixante et un mille euros à gauche, la zone transactionnelle qu’il connaissait déjà, rien de particulier, des chiffres, des unités, des décimales. Rien d’exotique. Rien de nouveau. Il fallait faire gonfler le montant avant la flambée du lendemain. Il confirma le transfert.

Une question, apparue à l’écran, attendait une réponse : « Êtes-vous à l’origine de cette transaction ? »

Il valida à nouveau. Une animation circulaire tourna quelques secondes et une officialisation finalisa la dernière étape, affirmant que la transaction avait été transmise au réseau. Adriana accéléra le mouvement et il jouit une nouvelle fois. « Les pépins étaient à présent plantés ! » pensa-t-elle.


Bénéfices sans limites.

Elle lui avait à nouveau offert une nuit torride. Cette fois, elle l’avait laissé libre de prendre les rênes, de jouer de son corps à elle, d’en faire ce qu’il désirait. Il avait été bestial, sauvage, brutal. Elle allait conserver les marques de cette soirée quelques jours encore.

Lorsqu’il s’était réveillé le matin suivant, elle l’attendait à la cuisine avec un copieux petit-déjeuner qu’ils dégustèrent en riant de bon cœur. Il sentait la connivence entre eux s’intensifier, il allait pouvoir passer à l’acte et transférer le fric dès qu’elle partirait en ville pour son rendez-vous avec un boucher de Narbonne. Il n’avait pas bien pigé de quoi il s’agissait.

— Je t’ai préparé une surprise !

Il plongea un regard étonné dans le sien.

— Ah oui ?

— Yep, viens consulter les écrans, mais avant… Petit jeu, j’adore voir ton excitation face à l’argent.

Il ne comprenait pas bien où elle voulait en venir. Elle ôta son peignoir de soie et il la découvrit comme à leurs débuts, dans son ensemble rouge sang qui l’avait tant passionné.

— Fous-toi à poil, tout de suite.

Cette phrase, cet ordre comme un emblème, un signe de reconnaissance entre eux, la promesse d’un moment de plaisir et de sexe. Il sourit, il n’avait qu’un caleçon à enlever.

— Bien, prends place !

Elle désignait le fauteuil devant les écrans actuellement en veille. Il se posa sans se faire prier.

— Ok, je vais te bander les yeux, sinon ce ne sera plus une surprise.

— Mmmm !

Elle utilisa une écharpe de soie rouge assortie à son ensemble de dentelle et lui masqua le regard. Elle parcourut le torse du jeune homme, caressa ses muscles saillants, pinça légèrement ses tétons et termina par son sexe. Son érection ne se fit pas attendre.

— Très bien, passe tes bras derrière le dossier !

Il ressentit la pression froide du cuir sur ses chevilles et ses poignets, il savait ce que cela signifiait. Elle lui posait les bracelets de contention BDSM qu’il avait lui-même utilisés la nuit précédente. Alors qu’elle était attachée sans possibilité de réagir, il en avait fait son jouet charnel jusqu'au matin. Elle avait dégusté.

Il était maintenant entravé au fauteuil, irrémédiablement attaché à l’assise. Il sentit la bouche d’Adriana se refermer sur son sexe, entamant une fellation à laquelle il ne s’était pas attendu. Il allait à nouveau jouir, elle s’arrêta.

— Non ! Ne t’arrête pas, je t’en supplie !

Elle dénoua légèrement le foulard sur ses yeux et le fit glisser afin de le rattacher à l'arrière de sa nuque.

— Regarde !

Les écrans n’étaient plus en mode veille, un chiffre clignotait en vert sur le moniteur central : un million deux cent trente-six mille euros.

— Waouuuuuh !

— C’est bandant, hein ?

— J’ai envie !

Elle se plaça derrière lui et inséra une barre de métal entre la peau de son cou et le tissu qui l'entourait. Elle commença à tourner rapidement, bloquant sa respiration. Surpris, il ouvrit grand la bouche, comme un poisson hors de l’eau, il n’arrivait plus à inhaler. Trois tours de plus et le visage d’Ignacio vira au bleu sale, tandis qu’un ultime réflexe incontrôlé fit une dernière fois jouir ce sexe pour lequel il était bouffi d’orgueil.

Ses yeux vides et morts conserveraient un montant affiché sur un écran comme dernière image avant le néant.

Epilogue.

César, le boucher avait emporté Jules et Jim. Ce soir, ils ne seraient plus de ce monde. La porcherie était particulièrement calme et Joséphine se dit qu’elle s’occuperait de tout nettoyer et de préparer l’espace pour les deux nouveaux cochonnets commandés le matin même et qu’elle allait engraisser dans quelques semaines.

Elle vérifia son flux cryptos, son million ronronnait doucement. Elle fit ensuite le tour de la presse régionale bordelaise. Elle n’avait repéré qu’un simple entrefilet dans la Dépêche du Bassin signalant la disparition inquiétante d’un jeune entrepreneur. L’enquête avait mené à une conclusion sans appel : sa société n’était pas florissante, il venait de subir une séparation houleuse, il avait vidé ses comptes bancaires et il avait certainement pris le large pour recommencer une autre vie ailleurs, sans doute dans un pays lointain.

Joséphine sourit.

Elle avait tout prévu, le message de rupture envoyé à Camilla après avoir piraté sa boite mail, la ruelle sans caméras de surveillance pour récupérer le gamin. Le Méhari prêté par César dont elle avait maquillé les plaques. Il était tellement certain qu'il allait l'arnaquer. Elle l'avait agrippé par le sexe, l'avait conforté dans son orgueil et l'avait pulvérisé comme la vermine qu'il était. Elle s’était introduite dans l’ordinateur et le smartphone d’Ignacio, avait supprimé toutes les traces douteuses, fermé ses comptes sur les réseaux et effacé ses données, les caches, surtout celui de Google Maps. Elle avait ensuite détruit les appareils, brûlé les pièces, les vêtements, les cartes de crédit et tous ses effets personnels avant de jeter discrètement le tout à l’eau, au large du Cap d’Agde, lors d’une balade en mer avec ses amies. Rien ni personne ne pourrait la relier au disparu.

Elle était fière d’elle, elle avait encore réussi à supprimer un de ces cancrelats, un parasite du Net qui s’attaque sans scrupules aux personnes âgées trop crédules. Elle considérait cela comme un travail d’intérêt public, doublé d’une bonne dose de plaisir physique par la même occasion.

Il allait falloir maintenant patienter avant de trouver le prochain candidat. Impossible de faire disparaître les morceaux de corps tant que les deux nouveaux Jules et Jim n’étaient pas adultes et aptes à les absorber.

Elle avait ouvert une bouteille de champagne et sa playlist Spotify. La soirée allait être douce.

Les chœurs lançaient la chanson de Nicoletta...


Oh Mamy ! Oh Mamy, Mamy blue

Oh Mamy blue !

Où es-tu, où es-tu Mamy blue ?

Oh Mamy blue !


Fin


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© Cover Image Darina Belonogova @pexels.com
© Author's name / pen name Harold Cath
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