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Lettre d'amour.
Fiction
Drama
calendar Published Oct 3, 2026
calendar Updated Oct 3, 2026
time 15 min
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Lettre d'amour.

Chère Charlie.


Je sais que ça fait longtemps. Je voulais t’écrire depuis un moment déjà, mais je ne trouvais pas les mots pour te décrire les sentiments que j’ai pour toi, je n’arrivais pas à mettre des mots sur ce que je ressens, quoi faire de tous ces souvenirs que je partage avec toi. Je pense enfin les avoir trouvés et c’est d’ailleurs pour ça que je t’envoie cette lettre.

Est-ce que tu te souviens du jour où tu m’as, pour la première fois, dis « je t’aime » ? je pense que oui, tu t’en souviens. Nostalgique comme tu es, il n’y a pas de doute que tu t’en souviennes. Il faisait beau ce jour-là. Et tu savais que je n’étais pas bien. Je venais d’avoir un refus pour le poste que je rêvais d’avoir et me sentais minable. Mais bref, je m’éparpille. Je voulais surtout que tu te rappelles ce jour. Le jour où j’ai cru que je ne valais rien et où tu m’as redonné le sourire, que tu m’as montré que je pouvais être aimé. Je t’ai rendu ton « je t’aime ». Sans réfléchir, sans vraiment le ressentir sur le moment. Tu me redonnais espoir, une virgule à mon point. Et je n’ai pas chercher plus loin. Tu m’as fait ressentir pour la première fois cette appartenance, ce sentiment que tu comptes réellement pour quelqu’un. Ressentir l’amour de quelqu’un. J’étais bouleversé à ce moment, remplis d’une joie enivrante. J’aurais pris de la drogue que je n’aurais pas plané autant. Ce jour a été merveilleux pour moi. Grâce à toi.

Je reparle de ce jour car c’est là que tout a vraiment commencé. Avant ce jour, je ne pensais qu’à survivre, parfois à mourir. Grâce à toi j’ai pu ressentir l’espace d’un instant la vie et non la survie. Ce sentiment d’amour aussi, même si cela n’a duré qu’un temps.

Pendant que je t’écris, les souvenirs se bousculent dans ma tête. Ce n’est vraiment pas agréable, je te l’avoue. Mais maintenant que j’ai commencé, je ne peux pas m’arrêter. Il faut que tout soit dit, que tout sorte. Car tu vois, je garde tout en moi. Tu m’as fait dresser des montagnes autour de moi que plus personne ne peut franchir. J’ai été stupide avec toi, à cause de toi et de ce sentiment que pour la première fois tu m’as fait entrevoir. Mais je vais trop vite. On y reviendra.

Je crois que de toute ma vie, je n’ai jamais été aussi heureux que les premiers temps avec toi, après cette déclaration. Moi qui n’avais plus personne, plus de famille, plus d’amis. Je n’avais que toi depuis deux ans comme connaissance, amie, confidente. Ma vie tournée autour de toi. Disons même que tu as fait en sorte que ce soit ainsi. Une personne à la fois. Mais toi, tu étais là, une constante dans ma vie. Et tu me faisais me sentir bien. Tu savais comment faire pour que je me sente spécial, regardé, admiré. Je revois encore ton expression, ce regard qui changeait dès que tu le posais sur moi. Aujourd’hui, lorsque je ferme les yeux, c’est ce regard que je vois. Cette expression indescriptible mais qui me remplissait de fierté. Ça me hante. Ça ne me quitte plus. C’est dur de me dire que plus personne ne me regardera de cette manière. De me dire et de réaliser que TU ne me regarderas plus comme ça.

Tu as toujours été douce avec moi. Pratiquement jamais une parole plus haute qu’une autre. Non, toi tu étais dans la subtilité. Tu savais, par moment comment toucher là où il fallait lorsque tu voulais faire mal. Avec des sourires avenants, jusqu’à faire douter la personne en face de toi. « Me fait-elle un reproche en ce moment ou pas ? » J’ai vu cette question sur plusieurs visages lorsque tu étais en action. Lorsque tu voulais remettre quelqu’un à sa place, lorsque l’on se foutait de moi surtout. Mais tu n’as jamais utilisé cette méthode contre moi. Avec moi, tu jouais sur les sentiments. Ce qui n’est pas mieux dans un sens. C’était plus sinueux, plus vicieux même, car je ressentais la faute, la culpabilité que tu voulais me faire ressentir. Tu arrivais à faire de moi le fautif, que j’ai raison sur le moment ou non. Que je me sente mal, jusqu’à me pousser à m’excuser, croyant vraiment être en tort.

En somme, tu jouais avec moi. J’étais ta marionnette préférée. Et bizarrement, lorsque j’ai enfin compris ce que tu me faisais, je l’ai accepté. Pendant un temps, je me disais que si tu faisais ça, c’était parce que je comptais pour toi. Cette manière de me traiter, je l’ai pris pour de l’amour. Une forme d’amour tordu, mais nous avions notre manière d’être et je pensais que cela aller avec. Je n’avais pas d’autre exemple qui m’aurait fait me questionner. Mon modèle familial était désastreux et comme je l’ai écrit plus haut, plus d’amis à qui en parler. Tu avais créé une bulle autour de nous, un environnement clos dans lequel, je l’ai compris bien plus tard, je ne pouvais me rendre compte de tas de choses. Pour moi, tout était normal, acceptable. Le retour à la réalité en a était que plus dur.

C’est curieux de voir comment les habitudes et les normes peuvent être changés, progressivement, doucement lorsque l’on sait y faire. Et tu en avais la pleine métrise. Chaque aspect de ma vie, tu les as transformés à ta guise. Je n’ai rien vu venir. Comme un gourou de secte, tu as changé toutes mes certitudes, mes repères. Mais je ne mets pas toute la faute sur toi. Je sais que j’ai ma part de responsabilité dans l’histoire. Je t’ai laissé agir. J’ai refusé d’ouvrir pleinement les yeux. J’ai été incapable de mettre un stop, de partir lorsqu’il le fallait. Car même si je n’ai pas remarqué au début ce que tu faisais, j’ai eu des doutes à un moment. Jusqu’à en être certain. A ce moment-là, j’étais déjà pris dans le circuit et ma peur d’être seul à primé sur la raison.

Mais c’est ce qui arrive lorsque, dans un couple, l’un est plus amoureux que l’autre. Je dirais même, lorsque l’un est plus dépendant que l’autre. La manipulation, les mensonges et autres permettent d’attiser toute une toile autour de cette personne, de bien la maitriser, de bien la contrôler. Tu peux en faire ta marionnette, ton petit chien et agir à ta guise avec elle. Elle devient ta chose. Et toi, tu joues avec sans état d’âme. A-t-on réellement un cœur bien fonctionnel lorsque l’on arrive à faire ça à une personne ? A-t-on vraiment une conscience, une morale ? Toi seule sait ce qu’il y a en toi, ce que tu peux avoir en tête. Et honnêtement, je ne veux pas savoir ce qu’il y a en toi. Je l’ai voulu, ça m’a obsédé pendant un temps. Mais aujourd’hui on peut dire que je suis passé à autre chose. Ou du moins, après cette lettre envoyée, je le pourrai.

Je suis conscient maintenant que je suis loin de toi. J’ai plongé. J’ai accepté des choses que je n’aurais pas dû, j’ai couru dans tes bras tournés vers toi-même. Je pensais à ton bien, te rendre heureuse, lorsque toi tu ne pensais qu’à tes besoins et tes envies du moment. Je n’étais qu’un désir pour toi. Pas une personne, pas un potentiel partenaire de vie. Juste un désir, une expérience peut-être, je ne sais pas comment tu le vois et je ne veux pas le savoir. Mais quoi que ce soit, je sais que ma responsabilité était là. Dans l’acceptation de la situation. Dans l’ascendant que tu avais sur moi, dans le mal-être, dans ma perte de personnalité propre. Je suis devenu une extension de ton être. Je suis devenu du rien. Pour te plaire.

Je dois te remercier malgré tout. Car sans toi, je serai toujours sous ta botte. Cette rupture, je te la dois. Tu le savais peut-être, sûrement même, que jamais je n’aurais mis fin à ce calvaire. Alors même si ça a été la pire chose que tu m’ais faite, même si j’ai cru que j’allais en mourir, qu’il fallait que je meure car je ne pouvais envisager le monde sans toi, je dois te remercier de m’avoir largué. Je crois que c’est d’ailleurs la seule chose pour laquelle je peux te remercier. Ma délivrance. Je ne sais pas, ou plutôt je ne veux pas savoir où je serais si nous étions toujours ensemble. Quelle serait mon état aujourd’hui. En tout cas je ne serais certainement pas aussi heureux que je le suis actuellement.

En fait, cette lettre n’était pas mon idée. Tu reçois cette lettre (aussi chiante qu’elle puisse l’être pour toi de lire, j’imagine bien ta tête dédaigneuse à lire mes mots. Il y a même une grande possibilité que tu ne sois même pas arrivé aussi loin et que tu aies déjà jeter ces feuilles) car ma compagne me l’a suggérée. Cette femme a pu franchir ces montagnes protectrices que j’ai érigé autour de moi. Par moment, elle les sens encore et ça a été et c’est encore par moment très difficile pour elle. Mais elle tient par je ne sais quel miracle. Mais bref, tout ça pour dire que nous avons beaucoup parlé de toi. Elle est incroyable mais c’est tout ce que tu sauras d’elle car je ne veux pas que ton esprit la ternisse même de loin. Mais oui, si ça ne tenait qu’à moi, tu n’aurais jamais eu de signes de ma part. Mais comme elle me l’a expliqué, je pense que j’avais besoin de ça pour vraiment passer à autre chose et t’oublier plutôt que de t’enfermé dans un recoin de mon esprit.

Aujourd’hui, tout ce que je pense de toi c’est que tu n'es rien et que tu le sais. Et c’est ce sentiment de n’être rien qui fait que tu agis de cette manière. Essayer de rendre l’autre plus bas que toi. Je sais que c’est dur comme sentiment, de n’être pas plus importante que la merde collée à une chaussure d'un inconnu qui ne te remarquera que lorsqu'il sera posé et que ton odeur putride arrivera à son nez. Puis comme toutes les merdes collées à une chaussure, soit tu seras retiré à grand coup d'eau et de mouchoir, soit la chaussure seras simplement jeté car l'odeur de ton corps restera et puis une chaussure, il y en a d'autre. Toi, tu n'es pas important. Car encore une fois, tu n'es rien, absolument rien.

Lorsque tu marches dans la rue, personne ne te voit. Lorsque tu parles, personne ne t'entend. Car ce que tu présentes aux gens, ce n’est pas toi. Ton vrai toi, tu l’enfouies bien profondément. Peut-être par peur d’être blessée ou pour une autre raison qui t’es propre. Ça, c’est ton affaire, plus la mienne. Ton sentiment que tu es de trop, que l'air que tu respires servirait mieux à une autre personne. Que l'espace que tu occupes de plus en plus servirait mieux à quelqu'un de plus important que toi-même, je le connais grâce à toi. Je sais qu’au fond de toi, c’est ce que tu ressens. Que tes frères et sœurs morts nés aurait plus mérité la vie que toi. Ça, ce que tu m’as dit il y à de nombreuses années, j’aimerais te dire que je ne fais que valider cette pensée. Peut-être qu’eux auraient utilisés leurs vies d’une meilleure manière, peut-être qu’ils auraient utilisé leur capacité pour aider et non détruire.

Car y-a pas à dire, des personnes merdiques, il y en a dans ce monde. Mais toi, toi, on n’en fait plus des comme ça. Si inutile, si insignifiant, si pathétique. Car quand on te connait comme moi je t’ai connu, après autant d’année à tes cotés puis des années sans toi, on se rend compte que c’est ce que tu es. Personne ne te le dit car, bien sûr, personne ne te voit, alors je vais te le dire : meurt, ce sera un geste utile pour une fois dans ta vie. Je sais que je ne devrais pas dire ce genre de choses, et je n’aime pas devoir te le dire, c’est horrible. Mais si tu ne changes pas, c’est le seul conseil que je te donne. Tu es un danger pour autrui.

Je tenais vraiment à te dire que tu es la plus horrible et abjecte personne que j’ai rencontré dans ma vie et que j’espère ne plus jamais rencontrer d’autres personnes comme toi à l'avenir.

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