Pourquoi je partage enfin ce que j'écris depuis dix ans
Dix ans de romans écrits dans le silence. Et ce qui a changé il y a quelques mois.
Ça fait plus de dix ans que j'écris. Des romans entiers, parfois plusieurs en parallèle, terminés dans le silence d'une pièce, relus une fois, corrigés, puis rangés. Pendant longtemps, personne d'autre que moi n'a su qu'ils existaient.
Ce n'était pas de la pudeur, ni vraiment un manque de confiance. C'était plus simple que ça : écrire n'a jamais été, pour moi, un projet destiné à être montré. C'était une nécessité — la manière dont je digérais ce que je voyais, ce que je pensais, ce qui me hantait. Un roman terminé n'appelait pas de public. Il appelait le suivant.
J'ai accumulé comme ça des thrillers, des polars, de la science-fiction, de la fantasy, de l'horreur. Des univers entiers construits pour moi seul, avec la même exigence que s'ils avaient dû être publiés dès le premier jet — parce que c'est ainsi que je fonctionne : je ne sais pas écrire « pour m'entraîner ». J'écris pour de vrai, à chaque fois, même quand personne ne lit.
Il y a quelques mois, quelque chose a changé. J'ai décidé qu'il était temps d'arrêter de garder tout ça pour moi. Non pas parce que j'avais soudain besoin de reconnaissance, mais parce que continuer à accumuler des manuscrits dans le silence a fini par me sembler absurde — presque un gâchis. Dix ans de travail méritaient d'exister quelque part en dehors de mon disque dur.
Ce que je vais partager ici, ce n'est pas seulement mes livres. C'est aussi la manière dont je les fabrique : les tics de style que je traque et que je finis toujours par trouver, les structures que je reprends d'un roman à l'autre, les erreurs qu'il m'a fallu dix ans pour arrêter de refaire. Et les voix qui m'ont construit — James Ellroy, pour l'ambiguïté morale poussée jusqu'à l'inconfort ; Don Winslow et Thomas Harris, pour la tension et la noirceur maîtrisée ; Mo Hayder, pour cette capacité à ne jamais laisser le lecteur respirer ; Cormac McCarthy, pour une langue sèche qui dit plus en la retenant ; Nabokov, pour m'avoir appris qu'un narrateur peut mentir à chaque phrase sans que le lecteur cesse de le croire.
C'est dans ce registre-là que j'écris depuis le début : noir, transgressif, peuplé de personnages qu'on ne devrait pas comprendre et qu'on comprend quand même. Rien de confortable. C'est précisément pour ça que ça m'a pris dix ans avant d'oser le montrer.
Deux de ces romans existent déjà en dehors de mon disque dur. KLERONOMIA est un thriller où un commandant de la brigade criminelle de Lyon remonte la trace d'un tueur qui ne s'attaque qu'à des gens jamais condamnés pour leurs crimes — et qui grave sur chaque corps un symbole appartenant à un système codé plus vaste, comme s'il rédigeait, meurtre après meurtre, une phrase qu'il faut apprendre à lire. NEXUS — Le Dernier Libre est un thriller de science-fiction qui se déroule entre 2062 et 2072 : dans un monde où une grande partie de l'humanité a été rendue silencieuse et docile, un neurologue en fuite pourrait bien être l'un des derniers êtres humains encore pleinement conscients. Ce ne sont pas des essais ou des premiers jets — ce sont les deux premiers fragments visibles de ces dix années de travail silencieux, ceux que j'ai jugés prêts à exister pour de vrai. Le reste — plusieurs sagas, plusieurs univers, encore en cours d'écriture ou de finition — va suivre.
Ce que vous allez trouver ici dans les prochaines semaines : les coulisses de ces univers, la façon dont je travaille quand j'ai plusieurs romans en chantier en même temps, ce qu'il y a derrière KLERONOMIA et NEXUS, et les prochains textes à venir.
Dix ans de silence, ça commence à faire beaucoup à raconter. Et maintenant, il y a de quoi lire pendant que je raconte.
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Comments (4)
Nicolas Morin - Auteur 1 day ago
Je partage ce jour le premier chapitre de mon premier livre qui a été proposé en auto édition…en espérant que cela vous plaise 🙏
Bozena Wisniewska-Le Talludec 1 day ago
Félicitations pour ce choix de haute qualité d’écrit et de réflexion sur le style et l’univers de création de vos auteurs. Quand on veut déposer ce qui nous travaille et nous déstabilise on peut choisir différentes formes, la vôtre étant des plus difficiles. J’irai vous lire avec intérêt.
Jackie H 1 day ago
Félicitations à vous ! 👍🏻👏🏻🎈💐
D'abord, pour avoir des œuvres achevées – de la part de quelqu'une qui écrit depuis bien plus longtemps mais qui n'a à son actif que des œuvres inachevées, dans ses tiroirs d'abord, sur son disque dur ensuite (eh oui, j'ai travaillé selon les deux systèmes, papier et numérique).
Ensuite pour votre exigence qualitative et votre conscience stylistique.
Enfin pour avoir des œuvres prêtes à être vendues et d'ores et déjà remarquées par des éditeurs (c'est loin d'être le cas le plus courant, surtout si vous avez décidé d'emblée de vous auto-éditer sans démarcher des maisons d'édition d'abord).
C'est vrai qu'écrire aide à comprendre le monde – même et peut-être surtout quand on écrit pour soi.
Au plaisir de vous lire !