Le Luger P08
Lundi 12 octobre
Clarisse avait retardé l’interrogatoire de Mabillon, espérant obtenir des informations sur le Luger trouvé à Cuxac. Elle avait peu de doutes, mais aurait préféré avoir une confirmation avant d’affronter le tireur présumé.
L’homme, tiré de son lit au petit matin, n’avait pas belle allure. La barbe naissante, les cheveux emmêlés et la tenue improvisée ne jouaient pas en sa faveur. Il y avait cependant dans son regard une expression de rage et de défi. L’adjudante se dit que les heures à venir ne seraient pas une partie de plaisir. Elle hésita un moment avant de demander à Sonja de l’accompagner dans la petite salle où Mabillon attendait, menotté. Elle avait prévu que Lionel Porte reste dans la pièce voisine, à surveiller la séance sur la vidéo interne, prêt à intervenir si nécessaire.
L’adjudante entra dans la salle et s’installa en face de Mabillon. Sonja s’assit à sa droite, prête à prendre des notes. Clarisse lança le dispositif d’enregistrement et annonça la date et l’heure, puis elle se lança.
— Vous êtes ici sur réquisition du Procureur de la République, dans le cadre d’une procédure judiciaire. Vous vous appelez Frédéric Mabillon, domicilié au lieu-dit « le Moulin Vieux », à Cuxac-Cabardès, Aude. C’est exact ?
— À ton avis, ma belle ? Je suis le fils du pape ?
— Pouvez-vous vous contenter de répondre par oui ou non ?
— Ben oui, grogna le prévenu. Putain, elle est belle la police française, une nègresse et une gamine, vous avez rien trouvé de mieux ?
Clarisse respira profondément pour ne pas réagir à l’insulte. Sonja se contenta de taper sur son clavier, sans lever les yeux.
— Pouvez-vous nous dire où vous avez déjeuné le 23 septembre ?
— Vous êtes des marrantes, toutes les deux ! Comment vous voulez que je m’en souvienne ?
— Ce n’était pas à Saint-Ferréol, par hasard ?
— J’sais pas, p’tèt bien.
— La patronne du restaurant et la serveuse vous ont reconnu sur une photo et nous avons la trace de votre paiement, insista Clarisse.
— C’était peut-être mon jumeau, allez savoir, se moqua Mabillon.
— Vous lui prêtez souvent votre voiture ?
— C’est bon là, vous savez bien que c’est moi.
— Qui était l’homme qui vous a retrouvé dans ce restaurant ?
— J’en sais rien, j’ai pas retenu son nom. Il s’est installé devant moi et il m’a parlé de la guerre. Il avait un drôle d’accent.
— Comment vous avait-il trouvé ? demanda Clarisse.
— On m’avait demandé de le rencontrer. Je lui ai envoyé un texto, il était à Revel, alors je l’ai attendu.
— Qui vous a demandé ça ?
— J’suis pas une balance !
— Ce ne serait pas votre ami Dumergue ?
— J’ai pas d’ami de ce nom-là !
— Votre employeur, alors, insista l’adjudante. Vous savez, les opérations de service d’ordre…
— Je fais pas ces choses-là. On vous a raconté des conneries.
— C’est pas grave, on a vos téléphones de toute façon, on pourra vérifier facilement. Donc cet homme, appelons-le Kaiser, puisque c’était son nom, est venu vous retrouver au bord du lac, et ensuite vous êtes partis ensemble vers la montagne. Pas la peine de nier, on a des témoins qui vous ont vus tous les deux monter en voiture, votre vieux pick-up.
— Le type a voulu que je lui montre des endroits plus haut, je ne sais pas ce que Dumergue avait pu lui raconter. On est partis vers Arfons, puis le Plo del May.
— Comme de vieux copains ?
— On voulait juste lui faire peur ! C’était un fouille-merde qui venait déterrer des souvenirs vieux de quatre-vingts ans.
— Et alors ? En quoi ça vous posait problème ? Vous n’étiez même pas né.
— Moi, je m’en foutais, on m’avait demandé de le faire et j’avais prévu de le faire. Juste lui dire d’arrêter ça et de rentrer chez lui.
À ce moment, Porte poussa la porte et tendit un papier à Clarisse. L’adjudante prit le temps de le lire et lui fit un petit signe de la tête avant de reprendre.
— Et comment pensiez-vous pouvoir l’intimider ? Vous aviez prévu de l’abandonner au milieu de la forêt ? questionna Clarisse. Ou alors, vous avez sorti une arme ? Vous n’en manquez pas.
— Je suis collectionneur, c’est pas interdit, j’ai des permis.
— Pas pour une arme de guerre, non neutralisée.
— Je ne comprends pas !
— Sonja, montre la photo à Monsieur !
La jeune femme tourna l’écran vers Mabillon, lui exposant la photo du Luger.
— Vous connaissez les armes, vous reconnaissez le type de celle-ci ? demanda Clarisse.
— C’est pas compliqué, c’est un Luger P08.
— Oui, en effet, nous l’avons trouvé chez vous et vous n’avez pas d’autorisation pour celui-ci. Il est pourtant en parfait état, nos collègues viennent de le tester.
— Bon, alors ? Vous allez me coller une contravention ?
— C’est un peu plus grave que ça. Les balles concordent parfaitement avec celle que nous avons trouvé dans le corps de Kaiser.
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