Chapitre 36 - Mabillon
Chapitre 36 - Mabillon
Jeudi 8 octobre
La liste des transactions fournie par le Crédit Agricole ne contenait qu’une trentaine de noms. Clarisse élimina toutes celles d’un montant inférieur à dix euros et celles enregistrées après quinze heures. Il y en avait encore onze. Elle en raya cinq, dont les comptes étaient associés à des titulaires féminins. Une première analyse lui en fit exclure une de plus, une transaction sur une banque britannique, pour un montant de plus de cent euros. Une famille de touristes, se dit-elle, pas le déjeuner d’un homme seul. Il ne restait plus que le plus fastidieux, examiner chaque nom restant et rechercher celui qui serait le plus probable. Elle savait qu’elle recherchait un homme, d’au moins cinquante ans, selon les informations données par le personnel du restaurant, habitant probablement la région, puisque ce n’était pas sa première fréquentation dans l’établissement.
Comme son collègue Léo, elle passa chacun des patronymes au crible des fichiers judiciaires. Au quatrième nom, un signal s’alluma dans la tête de l’adjudante. Frédéric Mabillon, de nombreux délits routiers, des signalements pour violences conjugales et conflits de voisinage. La consultation du fichier des cartes grises confirma son intuition. L’homme était propriétaire d’un pick-up Ford Ranger. Les différentes sources donnaient la même adresse, celle d’un ancien moulin situé dans le Cabardès, au lieu-dit Cazelles. Il était par ailleurs détenteur de permis pour plusieurs armes de chasse et de tir sportif.
« C’est le client idéal », se dit Clarisse avant d’aller frapper à la porte du major.
— Il n’y a pas de doute, ce gars a le profil, valida Roumiac, reste à savoir quel lien il pourrait avoir avec le fils de Prax et comment il s’est trouvé en contact avec Kaiser.
— Je vais approfondir son portrait avec Sonja, dès qu’elle en aura terminé avec les fadettes. Si je trouve une photo, on pourra la soumettre à la patronne du restaurant. Le gars semble ne pas être bien vu de ses voisins, on pourrait peut-être aller leur parler.
— OK, mais tu y vas avec une voiture banalisée, pas la peine de lui mettre la puce à l’oreille.
— D’accord, je ferai un saut cet après-midi.
Clarisse fit une halte à la machine à café avant de rejoindre la jeune stagiaire, qui cherchait à identifier les numéros avec lesquels Kaiser avait été en contact.
— Tu trouves quelque chose ? demanda l’adjudante.
— Des services administratifs, à Castres, Albi, Saint Pons, des restaurants, sans doute pour des réservations, un notaire à Castelnaudary et un numéro inconnu, sans doute un pré-payé. Il l’a appelé plusieurs fois, la dernière, c’était le matin de sa disparition, à 9h35, un peu avant sa conversation avec le guide.
— Donne-moi ce numéro, demanda Clarisse en sortant son portable personnel.
Au bout d’une dizaine de sonneries, une voix anonyme lui demanda de laisser un message. L’adjudante raccrocha.
— Le notaire, il est situé où ?
— Étude Planque, à Castelnaudary.
— Tu m’envoies le contact et tu recherches tout ce que tu pourras trouver sur le web à propos d’un certain Frédéric Mabillon, domicilié à Cuxac-Cabardès. Ensuite, je t’emmène faire une virée dans l’Aude. Tu as une tenue civile ?
Clarisse regagna son poste de travail avant d’appeler l’office notarial.
— Adjudante Dumaine, de la Section de Recherche de la Gendarmerie. Je vous appelle à propos d’un appel que vous avez reçu le 22 septembre, un homme qui a du se présenter comme Rudolf Kaiser, qui parlait français avec un fort accent allemand.
— Attendez, dit la voix, je vous passe ma collègue.
— Marie Dumont, annonça une voix plus ferme, comment puis-je vous être utile ?
— Je retrace l’emploi du temps d’une personne qui a appelé votre étude le 22 septembre. Il a pu se présenter sous le nom de Kaiser ou Bauer, avec l’accent allemand.
— Je ne me souviens pas du nom, mais un homme avec l’accent allemand, ça me dit quelque chose. Il cherchait des informations sur une succession, si je me souviens bien. J’ai transmis l’appel à Maître Planque, je n’en sais pas plus.
— Il est disponible en ce moment, Maitre Planque ?
— Non, je suis désolée, il est en rendez-vous à l’extérieur, mais il sera présent cet après-midi, il n’a pas de rendez-vous avant 16 heures. Voulez-vous rappeler à ce moment ?
— Non, dites-lui plutôt que je passerai le voir vers 14 heures.
— Entendu, je le note dans son agenda. Vous êtes ?
— Adjudante Dumaine, Gendarmerie Nationale.
Sonja Kovalski fit un signe par-dessus son écran.
— J’ai quelques occurrences dans la presse locale. Regarde !
La jeune stagiaire afficha une première page, provenant du site de la Dépêche. On y voyait un homme, un fusil sur le coude, qui brandissait une coupe. L’article commentait la victoire de Frédéric Mabillon lors de la finale départementale de Ball-Trap, en 2019.
— Fais-moi une copie de la photo et imprimes-en deux ou trois exemplaires, s’il te plait.
— Il y a autre chose, ça devrait t’intéresser. « Les gendarmes de Cuxac-Cabardès sont intervenus à la suite d’un différent familial, des coups de feu avaient été entendus. La personne suspectée, propriétaire d’une ferme isolée a été entendue avant d’être remise en liberté ». Ça pourrait être notre homme, non ?
— On va rendre visite aux collègues !
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