Chapitre 11 : S’adapter ou être inclus ?
Chapitre 11 : S’adapter ou être inclus ?
Parfois, une surprise vient adoucir ce combat quotidien. Un jour, en zappant à la télévision, je suis tombée sur une chaîne d’information traduite en langue des signes. J’étais bouleversée.
Voir un interprète à l’écran, c’était comme voir enfin une main tendue vers nous. Une preuve que l’inclusion n’est pas une utopie, mais un choix volontaire.
Et je me suis demandé : pourquoi pas partout ?
Ces moments, même rares, rappellent qu’un simple geste peut tout changer. Un regard, un mot, une adaptation peut ouvrir un monde.
Pendant longtemps, ma surdité a été une source de frustration et d’isolement. Mais un jour, j’ai décidé qu’elle ne me définirait plus.
J’ai choisi d’en faire une force. Un moteur pour éduquer, inspirer et défendre un monde plus inclusif.
Ce chemin n’a pas été simple, mais il m’a permis de découvrir en moi des ressources insoupçonnées.
Chaque jour, je me heurte encore aux obstacles que rencontrent les personnes sourdes : l’incompréhension, les discriminations, le manque d’accessibilité.
Je sais ce que c’est que de se sentir exclu, ignoré ou traité avec condescendance. Mais je sais aussi ce que c’est que de se relever, de revendiquer sa place, et de transformer la douleur en détermination.
Je rêve d’une société où les barrières tomberaient enfin, où chacun pourrait accéder à tout, sans obstacle ni préjugé.
Un exemple simple : les annonces dans les trains.
C’est dans ces moments-là que je réalise à quel point l’accessibilité reste encore inégale. Une voix résonne dans les haut-parleurs, mais pour moi, ce ne sont que des sons flous, incompréhensibles.
Alors je regarde les voyageurs autour de moi. J’observe leur réaction, je devine, je m’adapte. Je scrute leurs visages, j’essaie de comprendre ce qu’il se passe. Parfois je demande, mais souvent personne ne sait vraiment.
Mais je me demande parfois pourquoi c’est toujours à nous de nous adapter. Cette vigilance constante m’épuise, mais elle m’a aussi rendue plus forte, plus attentive aux autres. Elle m’a appris à transformer la gêne en patience, la colère en espoir. Grâce à ces épreuves, je ne vois plus ma surdité comme une faiblesse. Elle m’a forgée, guidée, et m’a appris qu’un seul témoignage peut parfois briser un mur de silence. Et c’est cette force que je veux transmettre à travers mon histoire.
Pour vérifier que ce n’était pas seulement mon ressenti, j’ai posé la question à mon amie Peggy, elle aussi sourde et implantée. Elle prend souvent le train et connaît bien ces moments où l’on doit deviner ce que les autres entendent.
Je lui ai demandé :
- Est-ce que tu reçois un SMS de la SNCF, en tant que sourde, pour t’avertir d’un retard ou d’une arrivée ?
Sa réponse m’a frappée :
- Pas en tant que sourde... mais en tant qu’usagère, oui.
Cette petite phrase dit tout.
Elle montre que, même aujourd’hui, avec les technologies modernes, l’accessibilité n’est pas réellement pensée pour nous. Nous ne sommes pas considérés comme un public à part entière, mais comme des usagers « comme les autres ».
Je me souviens encore d’un soir, il y a plusieurs années, où j’étais dans le train avec un ami. À cette époque, les applications n’existaient pas encore. Le train s’est brusquement arrêté en pleine voie, au milieu de nulle part. Les haut-parleurs ont diffusé une annonce que je n’ai pas comprise. J'ai demandé à mon ami ce qu’il se passait. Il ne savait pas non plus.
Nous sommes restés dans le silence et l’angoisse, sans savoir s’il s’agissait d’une panne, d’une bagarre... ou pire. Personne n’est venu nous expliquer. Aujourd'hui, il existe des écrans en gare qui indiquent parfois les changements de voie. C'est déjà un progrès. Mais à l’intérieur du train, ce n’est pas systématique : certains TGV affichent les informations, d’autres non. Dans les TER, c’est encore plus aléatoire. On ne peut pas toujours compter sur un écran visible.
Les personnes sourdes ou malentendantes doivent encore souvent se débrouiller avec les écrans en gare, les applications quand elles fonctionnent, ou des services comme Rogervoice. Mais ces solutions restent inégales : sans abonnement, l’accès devient vite limité, notamment la nuit. On est encore loin d’une accessibilité pleinement adaptée. Ces situations ne sont pas isolées. Elles font partie du quotidien de nombreuses personnes sourdes, qui doivent sans cesse s’adapter, deviner, anticiper.
Peggy, qui vit en région parisienne, a récemment été contactée par la RATP, en lien avec l’association Unanimes, pour répondre à un questionnaire sur l’accessibilité. Elle m’a transmis les liens qu’elle avait reçus, et j’ai pu y jeter un œil. Par curiosité, je lui ai demandé si elle avait constaté des évolutions concrètes dans les transports.
Elle m’a répondu :
« Il y a des panneaux qui clignotent à chaque arrêt de métro, ce qui permet de lire le nom de la station ou la prochaine. Il y a aussi des panneaux lumineux avec des messages. »
Elle a ajouté que, dans notre pays, l’annonce sonore n’est pas doublée d’un message écrit.
Suite à son message, je suis allée consulter le site de la RATP. J'ai été agréablement surprise. Les informations sont détaillées et donnent le sentiment que les retours des usagers sont réellement pris en compte.
Même si je ne vis pas sur place, certains éléments m’ont particulièrement marquée. Les agents sont présents 7 jours sur 7 et formés aux différents handicaps. Ils sont notamment certifiés « Cap’Handéo - services de mobilité ». D'ailleurs, il existe un numéro dédié et accessible : le 3117 Transilien. Pour une femme ou un homme sourd harcelé dans le métro ou le RER, il est possible d’appeler facilement grâce à ce service.
Des interphones permettent de contacter facilement un agent en cas de besoin, à proximité des automates, des validations, des ascenseurs, des quais ou encore dans certains couloirs.
D’autres solutions existent, comme le service Elioz, qui propose une interprétation en langue des signes française (LSF), en transcription écrite (TTRP) ou en lecture labiale complétée (LPC), ainsi qu’un chatbot.
Ces dispositifs montrent que des améliorations sont possibles, et qu’elles commencent à se mettre en place.
Elle a également évoqué qu’en tant que cliente chez AXA, elle bénéficie d’alertes par SMS ou par mail en cas de danger climatique, et qu’elle appréciait particulièrement ce service.
J’ai découvert lors d’un documentaire comment l’accessibilité est pensée dans les pays nordiques. J’ai trouvé cela génial. Là-bas, elle n’est pas un ajout ou une option : elle est intégrée, naturelle, presque évidente. Chaque annonce sonore est doublée par une information écrite claire sur des écrans à bord et en station. Les changements de voie et les retards s’affichent en temps réel, visibles depuis de nombreux sièges.
Il est même possible de contacter un agent par chat ou via l’application sans contrainte d’horaire. D’autres pays font aussi des efforts remarquables, comme les Pays-Bas, la Suisse et Singapour, où l’information visuelle est largement priorisée. En France, j’ai souvent l’impression que cela dépend encore trop de la chance, des écrans visibles... ou de la bonne volonté des autres.
Merci à Peggy pour son retour précieux.
Ce que je partage ici, c’est mon vécu, mais aussi celui de nombreuses personnes sourdes. Il ne s'agit pas de pointer du doigt, mais de montrer qu’il reste encore du chemin à parcourir pour une accessibilité réellement pensée pour tous.
Je me demande parfois pourquoi c’est toujours à nous de nous adapter.
Cette vigilance constante m’épuise, mais elle m’a aussi rendue plus forte, plus attentive aux autres. Elle m’a appris à transformer la gêne en patience, la colère en espoir. Aujourd’hui, je ne vois plus ma surdité comme une faiblesse. Elle m’a forgée, guidée, et m’a appris qu’un seul témoignage peut parfois briser un mur de silence. C’est cette force que je veux transmettre à travers mon histoire.
-------------------------------------------------------------------------------------
👩🏽💻 Barbara Wonder
🏞️ Image: photo personnel et Canva
✍️ Le: 17-04-26
Contribute
You can support your favorite writers


Comments (0)