Chapitre 3: Choix 1: Vers la Fontaine de Réotier.

Précédemment :
— Viens avec nous ! Ça va être sympa ! Capucine connaît un super salon de thé dans le coin. Et puis… une pause shopping, ça ne se refuse pas !
Juliette, qui venait de finir de discuter avec Arn, renchérit gentiment :
— Si vous voulez vous joindre à nous finalement, ça ne nous dérange pas du tout. C’est encore mieux à plusieurs.
Annita jeta un regard à son frère. Il la regardait avec ce sourire en coin qui disait :
« Je te laisse décider, frangine. »
Votre choix et de continuer vers la Fontaine de Réotier…
Suite :
Annita rendit son sourire à Oscar et répondit d’une voix douce mais ferme :
— On va plutôt aller à la fontaine pétrifiante de Réotier. J’attends ce moment depuis trop longtemps… surtout avec toi.
Elle se tourna vers Juliette :
— Désolée, on vous rejoindra plus tard.
— Pas de souci, répondit Juliette en souriant. Retrouvez-nous ce soir au plan d’eau d’Eygliers, près du pont en bois. Vous ne pourrez pas le manquer !
Elle griffonna rapidement son numéro sur un bout de papier déchiré et le leur tendit avant de les embrasser chaleureusement.
— À ce soir !
Oscar et Annita la regardèrent courir rejoindre Arn, puis échangèrent un regard complice.
— C’est parti, dit Oscar en se levant.
— Allons-y ! répondit Annita en lui donnant un petit coup de coude, l’énergie pétillant dans ses yeux.
Après quarante-cinq minutes de marche et l’entrée payée, ils arrivèrent sur le site.
Annita avançait lentement, comme pour ne rien rater. Les pancartes rappelaient la fragilité du lieu classé. Un peu plus loin, Oscar s’arrêta devant un panneau explicatif. Elle le rejoignit, gourde à la main, le souffle encore un peu court.
— Franchement… aucun regret, murmura-t-elle.
— Attends d’avoir vu la fontaine, répondit-il avec un sourire en coin.
Ils continuèrent. Et soudain, elle apparut.
La cascade minérale se dressait devant eux, vivante, ruisselante, sculptée par des siècles d’eau chargée de calcaire. On aurait dit une créature figée en pleine transformation : mi-roche, mi-être. Annita resta figée, les lèvres entrouvertes. Oscar, d’habitude plus discret, sortit son téléphone sans un mot.
— On dirait un paresseux géant, souffla-t-elle en prenant un selfie.
— Moi je vois plutôt un lion endormi, répondit-il en cadrant la roche.
Ils immortalisèrent l’instant en silence, presque religieusement.
Quelques marches plus haut, le panorama les cueillit : les rails du train serpentant en contrebas, la Durance brillante, les montagnes à perte de vue. Ils s’assirent côte à côte sur un banc de pierre tiède. Le silence s’installa, profond, seulement troublé par le murmure continu de l’eau.
C’est alors que des voix légères montèrent jusqu’à eux.
— Pourquoi elle fait comme ça ? demanda une petite voix curieuse.
Un petit groupe approchait : un couple, une fillette d’environ sept ans, et une femme aux cheveux brun attachés, sac à dos et regard vif.
Oscar murmura :
— Visite guidée improvisée…
La femme posa une main sur la roche humide et expliqua d’une voix calme et chaleureuse :
— Cette eau vient des profondeurs de la montagne. Elle est chargée de minéraux. Quand elle rencontre l’air, elle se solidifie lentement… et transforme tout ce qu’elle touche en pierre.
La fillette ouvrit de grands yeux :
— Comme de la magie ?
— Une magie naturelle, oui, répondit la femme avec un sourire.
Annita s’approcha doucement.
— Excusez-moi… vous êtes guide ?
— Pas officiellement, répondit la femme en riant. Hydrogéologue en vacances. Mais je ne peux pas m’empêcher de partager quand je suis ici. Moi c’est Élisa.
— Oscar.
— Annita.
Le prénom résonna entre eux comme une évidence.
Élisa leur parla de la fontaine avec passion : comment elle continuait de grandir, comment elle emprisonnait feuilles et brindilles au fil des années, gardant une mémoire minérale du temps qui passe. La petite Marielle écoutait, fascinée, puis tendit ses petites mains vers un caillou en forme de cœur qu'Elisa lui tendait avant de repartir avec ses parents.
Une fois seuls, Élisa se tourna vers eux :
— Je dois aller au plan d’eau d’Eygliers retrouver mon cousin et son meilleur ami près de mon véhicule.
Oscar et Annita échangèrent un regard surpris.
— Nous aussi ! s’exclama Annita. On doit y retrouver des amis.
— Et on aimerait bien en savoir plus sur l’histoire de Réotier, ajouta Oscar.
Élisa sourit, un éclat malicieux dans les yeux.
— Alors venez. Je connais le chemin… et j’ai encore plein d’histoires.
Ils se mirent en route derrière elle. Oscar se pencha vers sa sœur et chuchota :
— Elle a l’air vraiment sympa.
Annita lui lança un regard taquin :
— Toi, je sens qu’elle te plaît…
Oscar rougit légèrement.
— N’importe quoi. Et rien ne dit qu’elle est célibataire.
Annita étouffa un rire.
— Qui sait…
Ils descendirent ensemble le sentier qui serpentait entre les pins et les roches claires. Le soleil de fin d’après-midi filtrait à travers les branches, dessinant des taches dorées sur le chemin. Élisa marchait d’un pas souple, comme si elle connaissait chaque pierre par cœur.
Oscar ne put s’empêcher de la regarder du coin de l’œil. Sa queue-de-cheval qui dansait à chaque pas, sa voix calme et précise quand elle parlait… Il y avait quelque chose d’apaisant et d’électrique à la fois. Il secoua légèrement la tête, amusé par sa propre réaction. Du calme, Oscar. C’est juste une randonneuse sympa.
— Alors, vous êtes hydrogéologue ? demanda-t-il pour relancer la conversation. Ça doit être passionnant.
Élisa tourna la tête vers lui avec un sourire franc.
— Oui, je travaille surtout sur les eaux souterraines dans les Alpes. Et ici, à Réotier, c’est un terrain de jeu idéal. Cette fontaine n’est pas qu’une jolie cascade : elle raconte toute l’histoire de la faille de la Durance.
Annita, qui marchait à côté d’elle, écoutait avec attention.
— La faille de la Durance ? C’est quoi exactement ?
— Une grande fracture dans la croûte terrestre, expliqua Élisa en faisant un geste large de la main. Elle court sur des kilomètres, du col d’Anon jusqu’à Vars. L’eau de pluie s’infiltre profondément, se charge en minéraux, du calcaire, du gypse et ressort ici à environ 22 °C. Quand elle rencontre l’air, elle perd son gaz carbonique et le calcaire précipite. C’est ça qui crée les tufs, ces draperies de pierre qui grandissent lentement, millimètre par millimètre.
Elle s’arrêta un instant pour ramasser un petit morceau de tuf abandonné au bord du chemin et le leur tendit.
— Regardez : une feuille ou une brindille tombe dedans… et en quelques années, elle devient partie de la roche. La fontaine « garde des souvenirs », comme je disais tout à l’heure.
Oscar prit le fragment entre ses doigts. Il était étonnamment léger et doux au toucher. Leurs doigts s’effleurèrent une seconde. Une chaleur inattendue remonta le long de son bras. Il leva les yeux vers elle et, pour la première fois, remarqua vraiment la petite fossette qui apparaissait quand elle souriait.
— C’est… fascinant, murmura-t-il. Et un peu magique, non ?
Élisa rit doucement, un rire clair qui fit naître une drôle de sensation dans la poitrine d’Oscar.
— Magique et très ancien. Savez-vous qu’on a retrouvé près de la fontaine plus de 300 pièces romaines ? Des offrandes, probablement. La Via Romana passait juste en dessous. Les voyageurs jetaient des pièces dans la source pour demander protection ou remercier. Il y avait même un petit ex-voto en bronze en forme de jambe.
Annita écarquilla les yeux.
— Un sanctuaire romain ici ?
— C’est ce que pensent les archéologues, oui. Et la légende locale raconte qu’en 1697, un certain Antoine de Réotier, colporteur pressé de rentrer chez sa femme enceinte, a vu la fontaine sous un orage… Il l’a prise pour un monstre crachant de l’eau ! Depuis, on dit qu’elle veille sur le village.
Oscar sourit, incapable de détacher son regard d’Élisa pendant qu’elle parlait. La façon dont ses yeux brillaient quand elle partageait ses connaissances, la passion tranquille dans sa voix… Il se surprit à ralentir le pas pour rester à sa hauteur.
— Et toi, tu viens souvent ici ? demanda-t-il, presque malgré lui.
— Dès que je peux. C’est mon petit laboratoire à ciel ouvert. Et puis… j’aime l’idée que cette eau continue de créer quelque chose de beau, même après des siècles.
Ils continuèrent ainsi, le sentier descendant doucement vers la vallée. Élisa leur raconta encore comment le « bec » de la fontaine s’était cassé en 1981 sous son propre poids, mais se reformait déjà, année après année. Elle parla aussi des autres sources pétrifiantes du coin, plus discrètes, et des projets de valorisation douce du site.
Oscar posait des questions, pas seulement par politesse. Il voulait vraiment l’entendre parler. Chaque fois qu’elle riait ou qu’elle se tournait vers lui pour vérifier qu’il suivait, il sentait une petite étincelle. Rien de forcé. Juste… naturel. Comme si leurs pas s’accordaient sans qu’ils aient besoin de le décider.
Enfin, après une bonne demi-heure de marche, le plan d’eau d’Eygliers apparut en contrebas.
Sa surface calme scintillait sous la lumière dorée du soleil couchant, et le pont en bois se dessinait au loin, comme posé sur l’eau.
Quelques voitures étaient garées près de la base de loisirs, dans une atmosphère paisible de fin de journée.
Élisa désigna une petite citadine bleue, légèrement cabossée.
— C’est ma voiture… juste là.
Elle s’arrêta, repoussa une mèche de cheveux, puis se tourna vers eux. Son souffle était encore un peu court, mais son regard, lui, était apaisé.
— Merci pour cette balade… c’était vraiment agréable de partager ça avec vous.
Annita sourit.
— Nous aussi… et puis t’écouter parler de Réotier, c’était passionnant.
Oscar acquiesça, plus discret.
— Oui… on ne regardera plus cette fontaine de la même façon.
Un léger silence s’installa.
Pas gênant… juste suspendu.
Élisa esquissa un sourire.
— Alors… mission accomplie.
Leurs regards se croisèrent une dernière fois.
Pas de mots en trop.
Juste quelque chose qui restait en suspens.
— À bientôt… peut-être, dit-elle simplement.
— Peut-être… répondit Oscar.
Ils se dirent au revoir, à contrecœur, comme si la journée s’arrêtait un peu trop vite.
En se retournant, Annita aperçut au loin Capucine, Prunille, Arn et Juliette qui les attendaient près du pont.
— Ils sont là-bas, dit-elle.
Ils commencèrent à s’en approcher.
Derrière eux, Élisa leva la main et fit un signe discret à deux garçons un peu plus loin son cousin et le meilleur ami de celui-ci qui lui répondirent du même geste.
Oscar ne put s’empêcher de jeter un dernier regard en arrière.
Juste une seconde de plus.
Puis il se tourna vers Arn.
— Alors… cette journée ?
Fin du Chapitre 3 : Choix 1
Que va-t-il se passer ce soir au plan d’eau d’Eygliers ?
Des retrouvailles pleines de surprises ?
Des confessions inattendues ?
Des tensions qui remontent à la surface ?
Ou des moments de complicité qui vont tout changer pour vos personnages préférés…
La nuit ne fait que commencer.
À suivre au Chapitre 4
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👩🏽💻 Barbara Wonder
✍️ Le : 23/04/26
🏞️ Image: Canva et Pixabay et photo personnelle de Denis s1055032
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