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#2 - Toscane Hivernal et paradis perdu (D'occident en Orient)
Non-fiction
Voyage
calendar Publié le 6 mai 2026
calendar Mis à jour le 6 mai 2026
time 7 min
Line Marsan verified
Line Marsan il y a 5 heures

La Toscane au détour d'une phrase est toujours un plaisir.

#2 - Toscane Hivernal et paradis perdu (D'occident en Orient)

Gènes

23 janvier 2026

Le temps est capricieux à Gênes.

Je porte mon sac sous la pluie, ressenti 4°, un fardeau dont je me serais passé le jour de mon anniversaire. Voyager en basse saison présente de nombreux avantages, bien que le temps incertain de l’hiver méditerranéen puisse parfois contrarier mes plans. Les températures malgré tout plus douces et l’ensoleillement plus probables du sud de l'Europe ont étaient déterminantes lorsque j’eu à me décider d’une destination. Fils d’un météorologue, j’ai cette lubie farfelue de m’attarder précisément sur les conditions climatiques des régions que je visite. J’ai même téléchargé une carte qui décrit les heures d’ensoleillement moyen du vieux continent. J’aime la sortir à toutes les sauces, la partager à mes paires comme une trouvaille immanquable.

L’aube d’un voyage est très souvent pleine d’espoirs. Une sorte de prudente enthousiasme retient mes émotions de se libérer complètement. Je sais que l’essentiel est encore devant moi. Les journées banales, plus ternes, sont aussi l’apanage des voyages longs. Sans ces virgules délassantes, l’aventure perd sa ponctuation, les paragraphes les plus exaltants perdent leurs reliefs et se banalisent. L’extraordinaire n’existe que dans le contraste de la banalité.

Une chose est certaine, je n’ai qu’une hâte, rejoindre la Toscane. Mon amie Elena, rencontrée lors d’un Erasmus en Allemagne il y a 5 ans, qui vit dorénavant à florence, à chaleureusement consentie à m’accueillir quelques jours.

J’avais déjà visitée la Toscane il y a quelques années avec mon ex. J’ai pour autant souhaité y retourner. Cette relation tourmentée dont les souvenirs s’amenuisent de plus en plus m’ont permis d’envisager d’y écrire une nouvelle page de vie. Et puis c’est sur ma route pour Rome.

Je suis accueilli par Elena à l’occasion d’une “pasta party” qu’elle organise chez elle. Du peu que mon italien approximatif me permette de saisir, un débat central rythme la soirée : le temps de cuisson des pâtes.

Je cache à Elena l'événement capital du jour, à savoir mon anniversaire.

Pudeur mal placée peut-être, mais je ne souhaite pas être sous les projecteurs ce soir. Je reste spectateur de cette scène de ménage entre universitaires florentins.



Florence

24 janvier 2026

La Toscane est une sœur jumelle de ma Provence natale. Comme mon midi, je la préfère lorsqu’elle se pare de son manteau hivernal.

Aujourd’hui j’accompagne Elena dans le village de Poppi, drôle de sobriquet, dans le cœur du pays. Sa chorale fait une représentation dans l'église du village.

Nous sommes 5 dans une vieille carriole, ratatinés comme dans une boite à sardines. L'ambiance est conviviale. Je découvre le pays Toscan en cette période capricieuse. Les pluies sont balayées par les vents d'hiver bousculant l'engin qui se faufile tant bien que mal à travers ces routes de montagnes escarpées.

Nos conversations n'ont ni queue ni têtes, dérivent vers des sujets bien trop abracadabrants, et ceux dans un idiome à peine compréhensible fait de Globish et de dialectes italiens éclectiques, tandis que je place quelques argots d'un langue de Molière bien appauvrie.

Nous arrivons finalement à destination où j'aperçois l'église en pierre brunes où se tiendra le concert. Pendant les répétitions, je vagabonde autour des poètes enivré par le son de l'orchestre qui construit sa prestation. Je m'absente ensuite quelques instants : je tiens à visiter le village.

Perché entre deux vallons, le village offre une perspective fascinante sur cette toscane d'aquarelle qui s'exhibe en hiver. Les tâches de lumières s'étalent sur les vignobles morts, les collines en terrasse sont embrumées et les cyprès gorgés d'humidité. Le parfum de l'averse m'envoute. Cette Toscane contrastée m'emporte dans sa mélancolie.

25 janvier 2026

Nous visitons Florence avec Elena. Je revois cette ville somptueuse, plus grisonnante en janvier certes, mais aussi plus tranquille. Elena tient à me montrer la face cachée de la capitale toscane. Nous nous réfugions successivement dans une parfumerie éclatante de la renaissance, dans un marché couvert, dans un ancien théâtre reconverti en librairie, puis nous terminons dans un vétuste troquet aux allures de garage rénové. L’occasion de nous remémorer de vieux souvenirs.

Je retrouve Elena après deux ans sans l’avoir vu. Nous avons tous les deux mûri, pris de l’assurance.


Notre rencontre en Allemagne lors de mon échange universitaire date d’il y a déjà cinq ans. Un semestre à l’étranger est souvent l’occasion de se soustraire à de pesantes échéances et aux examens récalcitrants. On s’enivre allégrement, on goûte à un bonheur abrupt, on s’invente une vie de secours pleines d’illusions assumées et d’amours insensés.

Jeune et innocent. C’est un poncif très adéquat pour un Erasmus.

Pour autant nous avons forgé de véritables liens à Tübingen. Cette charmante bourgade souabe était trop calme pour contenir notre volonté de puissance. C’est ainsi que nous bravions les restrictions sanitaires du Covid pour se réunir presque tous les soirs.

Une ville en sous effectif, quelques étudiants téméraires et peu vertueux et des bières peu onéreuses, voilà le cocktail qui allait bâtir notre amitié.

Quatre mois et des souvenirs indélébiles. Pour moi ce fut une ouverture au monde, aux voyages, aux autres de manière générale. La prise de conscience que j’étais capable de franchir les frontières géographiques - et sociales - pour m’ouvrir davantage.

Nous nous revoyons toujours après plusieurs années. Les liens sont moins forts mais ils sont robustes.

Lorsque je vois Elena, nous nous replongeons dans ce paradis perdu, cette parenthèse effervescente, car Tübingen ne revit qu’à travers nos souvenirs. Nous tentons de ressusciter des souvenirs qui deviennent abstraits, dont les reliefs et les nuances s’effacent peu à peu. C’est la raison pour laquelle j’écris. En quête d’une mémoire, d’une retranscription inaltéré

de ces moments d’ivresse qu’il ne faut pas oublier.





Commentaire (1)

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Line Marsan verif

Line Marsan il y a 5 heures

La Toscane au détour d'une phrase est toujours un plaisir.

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