Chapitre 4
Les archives, où travaillaient Cassie et Loris, se trouvaient à mi-chemin de la colline de Valbenoîte, l’une des sept collines de Saint-Étienne. C’était une chance que la Ville n’ait pas encore décidé de les délocaliser en Bas. Cette chance tenait surtout au fait que Valbenoîte abritait les entreprises et les bureaux, alors tout le monde était logé à la même enseigne. Il y avait trois collines sur lesquelles se concentraient le monde du travail et où habitaient les gens de la classe moyenne, deux collines étaient reconnues comme des lieux de vie alternative, des espaces pour les artistes, et enfin deux n’étaient occupées que par de riches propriétaires. Ces deux dernières étaient facilement identifiables aux gigantesques parcs qui les coiffaient, véritables îles de fraîcheur au milieu de l’ancienne ville minière. Sur ces collines-là, pas de gigantesques immeubles, chacun avait une petite maison et un jardinet. Lorsqu’on approchait de ses bâtisses, le ronronnement des climatiseurs qui recrachaient la chaleur à l’extérieur couvrait presque le bruit des oiseaux.
Loris et Cassie filèrent vers l’immeuble de transport le plus proche et attendirent leur tour devant le pater noster. Ces ascenseurs sans fin qui n’avaient pas de porte et ne s’arrêtaient jamais avaient été reconnus comme dangereux au siècle dernier, mais ils réclamaient peu d’énergie et permettaient de limiter l’attente contrairement aux ascenseurs classiques qui devaient enchainer les cycles de montée et descente. La ville en avait peu à peu remis en service dans les immeubles de transport. Les gens qui ne faisaient pas confiance au pater noster prenaient l’escalier, tandis que les habitants des immeubles avaient un badge spécial pour utiliser l’ascenseur classique. Lorsque leur tour arriva, elles sautèrent dans le compartiment et se firent mutuellement de l’air lors de la lente montée. Autre défaut des pater noster : il y faisait plus lourd encore que sur les toits. Elles descendirent avec joie, saluèrent Franck qui venait de laisser sa place à un collègue et s’insérait dans la file d’attente. Loris ne prenait qu’une seule tyrolienne pour se rapprocher de la gare routière. Elle habitait sur la seule colline qui était totalement à l’écart de la Ville et ne pouvait donc pas être desservie par le réseau de câbles. Elles se saluèrent et Cassie continua son chemin jusqu’à atteindre le bas de la colline de Montmartre, où elle prit un bus qui desservait le sommet, et rejoignit rapidement la fraîcheur relative de son appartement.
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