Échos de lecture : Mille Femmes Blanches
Échos de lecture : Mille Femmes Blanches
Je devais avoir 16 ou 17 ans quand j'ai choisi de lire “Mille Femmes Blanches” de Jim Fergus, presque par hasard, dans le cadre d'un cours d'histoire-géo consacré à la frontière entre fiction et réalité. Sans conviction particulière, j'ai ouvert ce roman qui réécrit l'Histoire avec un grand H.
Je ne me doutais pas qu'il allait bouleverser quelque chose en moi.
L'histoire de ces femmes blanches envoyées épouser des guerriers cheyennes dans le cadre d'un programme d'échange insensé m'a saisi à la gorge. Tout part d'un fait historique réel : en 1874, le chef cheyenne Little Wolf aurait proposé au président américain de l'époque, Ulysses S. Grant, d'échanger mille chevaux contre mille femmes blanches pour favoriser l'intégration de son peuple. Jim Fergus imagine dans cette uchronie ce qui se serait passé si cette proposition avait été acceptée.
Dès les premières pages, j'ai été happé, puis j'ai retenu mon souffle en cours de route, incapable de le lâcher. Et à la fin, les larmes ont coulé.
Au point d'écrire une lettre à l'auteur pour lui dire ce que son livre avait provoqué en moi.
C'était la première fois que j'écrivais une lettre qui avait du sens.
Jim Fergus m'a fait l'honneur de me répondre, à moi, l'adolescent. Je crois que je m'en soutiendrai à vie : je lui avais écrit de mon anglais approximatif, et il m'avait répondu en français, me félicitant pour ledit anglais et m’expliquant parler français de par ses origines.
Il m'a expliqué avec précision où se situait la frontière entre la fiction et la réalité historique, quelles avaient été ses inspirations, le parcours qu'il avait physiquement fait, comment il avait tissé son récit à partir de fragments du réel, et la réalité d'aujourd'hui, à l'époque. Cette correspondance a achevé de sceller mon attachement à ce livre.
Aujourd'hui encore, rien qu'en écrivant ces mots, j'ai la gorge qui se noue et le cœur qui s'emballe. L'envie me prend de le crier sur les toits : “Lisez ce livre, laissez-vous emporter par lui comme je l'ai été !”
Hormis un autre roman qui m'a également mis une claque pendant mon adolescence et dont je parlerai une autre fois, “Mille Femmes Blanches” reste l'un des livres pour lesquels je suis le plus reconnaissant.
Je suis reconnaissant d'avoir eu la chance et l'opportunité de le lire au bon moment, à l'âge où l'on est encore suffisamment perméable pour se laisser transformer par une histoire, et j'éprouve une joie indescriptible à l'idée de pouvoir en parler aujourd'hui.
Je le recommande à tout le monde.
Tout le monde.
Plus particulièrement à ceux qui aiment jouer avec l'Histoire avec un grand H, qui apprécient quand la fiction dialogue avec le réel et le révèle autant qu'elle l'invente.
Malheureusement, j'ai aujourd'hui égaré la lettre de M. Fergus, mais je reste fasciné par le fait que bon nombre de souvenirs de cette époque ne sont plus que des murmures inintelligibles, et pourtant je suis persuadé que je garderai ce livre en mémoire jusqu'au bout.
C'est peut-être ça, la force des grands livres.
Ils ne vous lâchent jamais et résonnent en vous, encore et encore.
C'est pour ça que je vous en parle.
Que je partage ces échos de lecture.
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