Où l'on parle de la difficulté d'écrire un roman
Je travaille sur le même roman depuis septembre 2022. Quatre ans bientôt, et toujours pas de premier jet complet à mon actif. J’ai dû réécrire six fois le premier chapitre sans en être vraiment satisfaite, et le plan de ce roman ressemble plus à un texte à trou qu’à un ensemble cohérent : mon chapitre 8 est écrit, mais je suis encore en train de lutter sur le chapitre 7, l’épilogue est finalisé (et je l’adore) pourtant, je ne sais pas comment l’histoire se termine… Mon ordinateur est plein à craquer d’exemples similaires.
J'ai testé toutes les techniques qui pullulent sur les rézo : architecte, puis jardinière, puis paysagiste, archéologue, chasseur-cueilleur... Et j'en suis arrivé à une conclusion : il n'existe pas de formule magique. Juste de la sueur et des nuits blanches.
Aujourd’hui, je ne sais toujours pas si je parviendrai un jour à terminer ce roman (d’autant que deux nouvelles idées ont germé entre temps et que je procrastine activement en répondant à des appels à textes et exercices d’écriture en tout genre !). J’espère simplement qu’en le publiant ici, chapitre par chapitre au fil de l’écriture, je trouverais la motivation de continuer, jusqu'à pouvoir un jour écrire le mot FIN. Vœu pieux ou vraie bonne idée ? Seul l’avenir nous le dira.
Quoi qu’il en soit, objectif atteint ou non, j’aurais énormément appris. Notamment une leçon (qui n’étonne que moi, j'imagine) : écrire est déjà en soi une entreprise difficile, mais écrire un roman est une lutte permanente avec soi-même.
Donc, pour continuer à procrastiner dans la joie et la bonne humeur, voici ma petite liste, en vrac et dans le désordre, des difficultés rencontrées au fil de l’écriture :
Les pannes d’inspiration
Si dans mon esprit l’ambiance et la direction générale que doit prendre l’histoire sont très claires, j’ai du mal à « étoffer » le récit avec des scènes intermédiaires. J’ai tendance à aller droit au but sans laisser assez d’espace pour que l’histoire et les personnages ne se développent de façon naturelle. L’inspiration ne vient tout simplement pas. Résultat : des semaines, des mois, sans écrire en attendant qu’une idée ne tombe du ciel. Ce qui finit toujours par arriver, mais rend le processus désespérément lent.
Un personnage principal raplapla
Je suis très attachée à mes personnages secondaires. Ils vivent littéralement dans ma tête, ont leur personnalité, leurs passions, leurs enjeux, leurs petites manies et leurs façons de parler bien à eux. Mais pour mon personnage principal, c’est le vide. Je n’arrive pas à la cerner, elle me paraît plate, sans intérêt, bien trop « neutre ». Elle fonctionne plutôt comme un personnage de jeu vidéo qui navigue de scène en scène sans réellement marquer le récit de son empreinte.
Les ellipses de temps
Celle-ci est le genre de difficulté que je n’avais pas anticipé. Il faut avoir les mains dans le cambouis pour s’y confronter : comment faire passer le temps dans un roman sans être lourdingue ? Impossible de commencer chaque nouveau chapitre par « Trois semaines plus tard… », « Le lundi suivant… ». Mais alors, comment concrètement intégrer de façon élégante une ellipse dans le récit ? Une question devenue une obsession. Once you see it, you can't unsee it.
Les jours avec et les jours sans
Il y a des jours où les mots coulent sur le clavier avec une fluidité étonnante et rendent parfaitement justice à l’image, la scène ou le paysage que l’on a à l’esprit. Quelle satisfaction ! Puis, sans aucune raison, la séance d’écriture suivante s’avère être une séance de torture où un simple sujet-verbe-complément est déjà en soi une petite victoire. L’écriture n’est pas un processus linéaire et met souvent la confiance en soi à rude épreuve.
Trouver son style
La solution que j’ai trouvée pour parer à toutes les difficultés évoquées se résume en quatre lettres : L-I-R-E. Inspiration ? Construction de personnage ? Technique littéraire ? Toutes les réponses se trouvent dans les livres déjà écrits par d’autres. Mais lorsqu’un livre me frappe particulièrement, il me semble que le « ton » de son auteur s’imprègnent pour quelques chapitres dans mes propres écrits. Et alors « C'est un roc ! … c'est un pic… c'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ? … c'est une péninsule ! »… Je ne vois plus que ça.
Et vous, quelle est votre Némésis ? Quelle difficulté d’écriture vous poursuit et quelle solution avez-vous trouvée pour la surmonter ?
Photo de Eileen Pansur Unsplash
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Commentaires (2)
Harold Cath il y a 1 jour
Fin 2024, lorsque je terminais, euh enfin… je croyais terminer la rédaction de mon premier jet, je me suis paradoxalement retrouvé dans votre situation.
J'en avais même rédigé un billet sur mon blog (https://mondo-assurdo.be/les-doutes-de-lecrivain-en-herbe/).
Je peux vous assurer qu'un an et quatre mois plus tard, j'en suis toujours à me questionner, attendre avec impatience le retour de mon alpha-lectrice, me demander si tel ou tel passage est bon ou nul à ch…
J’ai soumis des extraits pour un appel à textes, ma soumission a été refusée, ça n’arrange rien !
Cependant, je continue.
J’en ai l’envie et même si, lorsque je l’aurai publié, parce qu’il le sera, qu’il se vende ou pas, que je reçoive un retour ou pas, j’aurai de toute façon tout gagné.
Mon projet aura été mené jusqu’à son terme.
Persévérez, quoi qu’il arrive, vous êtes au bon endroit sur Panodyssey, vous y trouverez support, conseil et encouragements.
M. Dolesky il y a 1 jour
Et bien ce retour est un vrai encouragement :) Savoir que l'on est plusieurs à vivre les mêmes péripéties et que nous partageons l'envie "d'aller au bout" est déjà une motivation en soi.
Pour l'instant je ne pense pas à la publication, mais je comprends qu'une fois tous ces efforts mis dans l'affaire, elle devienne un nouveau but à poursuivre ;)
Line Marsan il y a 1 jour
Mon personnage principal est plus plat que 3 des personnages secondaires. J'ai fini par accepter que si je l'avais créée ainsi, c'est que mon anti-héroïne avait un sens. Elle exprime une manière que j'ai de me voir ( puisqu'elle est un peu de moi).
Ce qui m'a aidée, c'est de faire lire mon roman " presque fini" puis "fini". J'ai finalement changé la fin. Mon conseil, ce serait ça. Faire lire ce que tu as écrit par des personnes différentes ( 2 ou 3).
En ce qui me concerne, j'ai fini par accepter que mon roman ne soit "que ça".
J'ai trouvé tellement dur d'écrire un roman que mon esprit fait un "refus d'obstacle" pour me plonger dans l'écriture du second. J'espère que cela passera. Mais si ce n' est pas le cas, ce n' est pas grave. L'écriture de petites nouvelles est un exercice plus léger.
Bon courage à toi. Tu VAS finir ce roman. Ne serait-ce que pour t'en libérer. 😉
M. Dolesky il y a 1 jour
Merci pour ce retour !
Pour ne pas rester sur une note négative, je voulais faire prochainement un billet sur les "joies de l'écriture". "Faire lire mon roman" fera sans aucun doute partie de la liste. C'est la meilleure partie.
Je te souhaite de belles et satisfaisantes "petites nouvelles" jusqu'à ce que la motivation et l'envie reviennent pour gravir une seconde montagne.
Et je retourne gravie la mienne ;)