Épisode 8 : Être aimée à tout prix
Le handicap, cet éléphant dans le salon des relations amoureuses, effraie les autres et instille le doute en soi. Quelqu’un sera-t-il amoureux de moi un jour ? Est-ce possible ?
Avec handicap physique, la réponse semblait aléatoire. Les regards, bien souvent, se détournaient.
Confidence difficile : je ne m’imaginais pas avec un homme handicapé, miroir de ma perte. Je rêvais d’un homme valide et amoureux. Je rêvais de lui être essentielle, autant que j’étais inessentielle à mon géniteur.

Fille sans père, adolescente sans flirt, ni camarade garçon, ces manques imprégnaient autant ma psyché que mon corps lésé. La blessure de rejet jouait sa partition. Néanmoins, j’étais femme sous le regard des hommes, suscitant du désir, moins que certaines valides, peut-être plus que d’autres.
J’entrai dans la danse avec un amant qui n’était pas amoureux. Je ne l’étais pas davantage. Mais il voulait de moi. Une telle occasion ne pouvait se rater. Un sentiment d’urgence : j’avais déjà 20 ans. Et, pouvais-je avoir mieux ? D'ailleurs, il n’y a pas de hasard, c’était un homme à sauver d’une addiction grave. Une manière détournée de devenir essentielle et de compenser « le moins » physique. Devenir celle que les beaux-parents remercient pour le bien fait à leur fils. Garde-fou improbable contre la rechute, avec mon petit bras.
Mon départ lui fit peur. Amer, il me lança : « Si tu me quittes, personne d’autre ne voudra de toi. » Un vécu comparable, sans doute, à celui d’une femme brimée par un pervers narcissique, ou celui d’un homme méprisé. Mais ces camarades d’infortune peuvent se donner l’illusion d’écrire la suite de leur vie autrement. Mon handicap me suivait d'un coup de cœur à l'autre. Qui voudrait de lui ?
Être amoureuse sans retour, ou ne pas partager le sentiment amoureux éprouvé à mon égard, longtemps ce fut ma vie, dans une forme de résignation. Le prix à payer pour ne pas être seule.
Puis vint un premier tournant. Trompée avec une femme valide et fertile, je me fis la promesse de ne plus jamais être avec qui n’était pas amoureux de moi. La vie m’a aidée à tenir parole. J’ai eu cette chance.
Dans mon salon amoureux, l'éléphant du handicap masquait de belles surprises.
Notice de transparence : Texte rédigé sans IAg. Correction orthographique et typographique avec le logiciel Antidote. Line Marsan est l'autrice et seule propriétaire de ce texte. Tous droits réservés.
Illustration : Photo de couverture générée par IA ; photo intérieure de moi, vers l'âge de 26 ans.
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Commentaires (3)
E C Wallas il y a 5 heures
Juste… waow. J’avais l’impression qu’on était assis ensemble dans une pièce et que vous me racontiez votre histoire à moi, et rien qu’à moi, comme si l’espace d’un instant j’étais votre confident à vous, et j’aurais juré que personne d’autre ne pouvait me piquer ce rôle. Je me serais battu pour conserver mon rôle.
Un texte touchant, criant de sincérité, d’honnêteté envers cet inconnu que je suis qui vous lis, et pour ça, je vous remercie de m’avoir donné une part de vous.
Line Marsan il y a 5 heures
Juste... waow pour ce message et cette empathie dévoilée. On était dans la salle de repos du bateau Panodyssey, à se raconter nos vies. 😉
Lapil'à'folie il y a 6 heures
En tant que femme portant cette blessure du rejet, je lis ces mots avec douceur, mais également avec le reflet de ma propre illusion du passé, celle de m’être abandonnée dans les bras d’hommes, sans une once d’amour, juste cette impression de panser ce mal‑être profond le temps d’une étreinte. Jusqu’au jour où l’on prend conscience que ce n’était que le déni de ce manque qui se dissimulait à l’intérieur. J’ai eu la chance de rencontrer cette moitié qui m’a acceptée avec mes propres failles, la maladie et l’infertilité. Cet écrit a aussi ce petit quelque chose qui nous mène à nous confier sans complexes, juste parce qu’il sonne vrai et résonne là où ça fait mal, là où nous aurions tendance à être notre propre bourreau, juge de nos décisions passées. Et pourtant, le temps nous apprend qu’il nous faut être doux avec soi, nous aimer avant les autres dans le respect de notre individualité. Alors merci, parce que vous écrivez le vrai et que cela fait grand bien à lire.
Line Marsan il y a 5 heures
Merci pour ces confidences. Sur Panodyssey, l'authenticité appelle l'authenticité. C'est incroyable ! Mais vrai ! ♥️
Pascaln il y a 7 heures
Non mais Line... je finis par être géné, de déposer le même fond de commentaire sur chaque épisode. Une écriture nette sans fioriture, diaboliquement efficace sur un sujet personnel qui pourrait être ressenti comme dérangeant par certain. Et surtout, encore un chapitre qui me percute de plein fouet, dans un effet miroir impressionnant pour moi. Si parfois, mes écrits te portent les larmes, tous tes chapitres me donnent la chair de poule. Non pas celle de la peur, celle du souvenir d'avoir vécu ce que tu écris de ton histoire... Un plus jeune que moi dirait ici : " un truc de ouf ! "
Put... mais qu'est-ce que c'est juste beau. Un immense merci du coeur Line.
Line Marsan il y a 5 heures
Toi, tu me mets encore les larmes aux yeux...
C'est vrai que cela peut être vu comme dérangeant. Impudique. Mais je suis de celles qui croient qu'il faut trouver un juste équilibre : ne pas se victimiser ( j'ai horreur de ça) mais ne pas trop édulcorer, sinon on perd cet objectif de " visibiliser" un vécu.
Les épisodes très brefs me permettent de rester allusive. C'est un peu mon garde-fou. Mais je tiens à être authentique.
♥️♥️♥️ pour toi
Pascaln il y a 5 heures
Et là, je souris parce qu'à tous ce que nous sommes à vibrer autour de ton autobiographie, nous allons finir par rédiger des commentaires plus longs que tes chapitres😊. Ceux-ci étant selon ton souhait très bien "dimensionnés" et portés.
Johnny en son temps chantait : "Si j'étais charpentier et que tu t'appelais Marie... etc, "
Moi je te chante ici :
" Si jétais un éditeur et que tu me présentes ce trésor, je te proposerais un contrat sur l'heure... "
Allez j'espère ainsi avoir séché les larmes que je t'avais porté😉😘
Line Marsan il y a 4 heures
🙄😊😘