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Fragments n°1 : La tragédie du Lusitania

Fragments n°1 : La tragédie du Lusitania

Publié le 19 mars 2026 Mis à jour le 19 mars 2026 Culture
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Fragments n°1 : La tragédie du Lusitania

Aujourd’hui, dans la première édition de cette chronique portée sur l’Histoire, j’aimerais aborder avec vous un fait historique qui a suscité jadis un vif émoi dans le monde entier. Dans cet article, nous nous intéresserons à l’une des catastrophes maritimes les plus meurtrières du siècle dernier, mais aussi au fabuleux roman de Michael Morpugo, le Mystère de Lucy Lost, qui m’a permis de découvrir un récit de guerre malheureusement tombé dans l’oubli...


La naissance d’un paquebot


Nous sommes le 7 juin 1906, lorsque le RMS Lusitania, un paquebot transatlantique britannique est inauguré pour la première fois par la Cunard Line. Ce colosse des mers, long de deux-cent-trente mètres et capable de transporter une armée de vingt-mille hommes en cas de conflit armé, est un véritable prodige en terme d’ingénierie. Pour des raisons économiques, il est donc fréquent à cette époque-là qu’un tel navire soit construit à l’identique en plusieurs exemplaires. Ainsi, tout comme le Titanic et ses congénères, l’Olympic et le Britanic, le RMS Lusitania, lui, est né en même temps que ses jumeaux, le Mauritania et l’Aquitania, deux autres navires de grande ampleur.

L’architecte écossais, James Milard, qui était chargé d’insuffler une certaine grandiloquence à ces géants des mers, s’est inspiré d’un style très élégant pour la décoration. Sans surprise, le luxe fait figure de proue et le navire se pare des plus beaux ornements. Au-delà, de cet étalage de magnificence, le reste du bateau n’est pas négligé et les dernières classes, dit-on, disposent de conditions de vie tout à fait satisfaisantes comparé à la concurrence.

Après seulement quelques mois de bons et loyaux services, le Lusitania obtient la plus haute distinction maritime, en octobre de l’année suivante, et détrône l’Allemagne, après dix ans de règne. Il s’agit du ruban bleu, une récompense crée par les compagnies de navigation transatlantique qui est attribuée au bateau le plus rapide du monde.


Seulement voilà...


Au début de la première guerre mondiale, les trois navires sont réquisitionnés par la Royal Navy. Deux, sont transformés en croiseur auxiliaire tandis que le Lusitania est finalement relâché en mer avec une autorisation de l’amirauté de pouvoir continuer ses traversées transatlantiques, mais conserve tout de même le statut de croiseur auxiliaire de réserve, en cas de nécessité.


Ce qui signifie que contrairement à ses semblables, le Lusitania ne sera pas armé.


Côté littéraire, le mystère de Lucy Lost, nous emmène au large des îles Scilly où nous faisons la rencontre d’une honorable famille, les Weathcroft. Ainsi commence notre intrigue : Alfie, jeune garçon de douze ans, adepte de l’école buissonnière, accompagne son père pour une journée de pêche au maquereau. Alors qu’ils sillonnent l’archipel de long en large, à la recherche de poissons, leur chaloupe dérive lentement vers une île abandonnée : St Helens. Une île, peu approchée. Une île évitée comme la peste. Et pour cause, celle-ci abrite les vestiges d’un hôpital de pestiférés.


Et pourtant...


Lorsqu’un cri retentit, Alfie et son père accordent le bénéfice du doute aux mouettes et s’apprêtent à faire demi-tour. Or, quelque chose les retient. Mus par une étrange curiosité, les deux hommes accostent sur l’île déserte et font alors la découverte d’une jeune fille recroquevillée dans un coin, en haillons et complètement frigorifiée.


Une traversée mortelle


Le 7 Mai 1915 , la fin du Lusitania est proche.


L’après-midi est sur le point de commencer, quand des passagers flânant sur le pont principal, aperçoivent par-dessus le bastingage, une ombre sinueuse à la surface de l’eau. Dans le livre de Morpugo, la fiction se confond drôlement avec la réalité. Avec toute l’innocence due à son âge, Lucy, elle, est captivée par le spectacle offert par des oiseaux qui plongent dans les vagues, et reparaissent presque aussitôt, un poisson captif dans le bec.


Malheureusement, le rêve éveillé tourne au cauchemar...


Sous l’eau, le U-20, un sous-marin allemand de dernière catégorie, se prépare à semer la mort et la destruction dans son sillage. Il s’agit là d’un prédateur, un impitoyable requin assoiffé de sang qui ne fera qu’une bouchée de sa proie. Et alors que personne ne s’en doute, le capitaine, Walther Schwieger donne l’ordre de couler le navire...


Sans sommation, une première torpille est tirée.

Une secousse, semblable à un tremblement de terre, fait chavirer dangereusement le paquebot.


Malgré son caractère fictif, Le mystère de Lucy Lost est le récit haletant d’une catastrophe qui n’aurait jamais dû avoir lieu. Ici, nous croisons la route d’un éventail de personnages, accueillants et touchants, pour lesquels on éprouve tout de suite un véritable intérêt ainsi qu’une sincère compassion. Je parle notamment du valeureux Brendan, jeune steward dont le seul pêché aura été d’embarquer sur ce navire. C’est un personnage d’un enthousiasme sans borne, mais son éternelle insouciance aura raison de lui. Au moment de la collision, il dira notamment : « Ne bouge pas, tu m’entends ? […] On vous mettra dans un canot de sauvetage, il y en a beaucoup, et la terre est en vue, tout le monde s’en sortira... »


Mais une seconde torpille atteint la chaudière.

En plein cœur.

Grièvement touché, le Lusitania coule en seulement dix-huit minutes.


Au fur et à mesure des chapitres, l’auteur nous plonge avec effroi dans la plus grande catastrophe maritime de cette époque. À travers les yeux de Lucy, nous faisons face à l’inéluctable : la Mort est à bord et rien ne pourra l’arrêter. Frissons, peur, abattement. Bousculés parmi les cris, nous voici les témoins d’une véritable tragédie, au sein de laquelle une pauvre enfant luttera sans relâche pour sa propre survie.


Je n’ai pas honte de dire que ce passage m’a bouleversé. Bien qu’il s’agisse là d’un livre pour la jeunesse, Michael Morpugo ne nous épargne en rien et s’en tient à relater les faits tels qu’ils se sont réellement produits. Nous imaginons sans mal l’impensable : les familles séparées dans la ruée, la terreur de l’équipage, les chaloupes jetées en pleine mer, les hurlements de désespoir, la fumée et les flammes, le désespoir, l’injustice, la renonciation...

Chaque seconde est décrite à la perfection. Une émotion palpable règne tout du long. C’est ainsi que je l’ai ressenti tandis que la jeune fille, paralysée par l’effroi, se débat pour rester en vie.


Ce jour-là, mille-deux-cent passagers et membres d’équipage sont morts. Sans espoir d’être amarré au port le plus proche, le Lusitania sombre à seulement une dizaine de miles de Kinsale, sur la côte de l’Irlande. Quand les premiers secours arrivent sur les lieux, il est déjà trop tard. L’océan n’est plus qu’un champ de mines, jonché de corps, vivants ou morts, de pauvres âmes grelottants de froids dont la plupart se sont déjà noyées.


Parmi toutes les victimes, cent vingt-huit personnes de nationalité américaine sont recensées. Des pertes, qui contribueront sans recours, à l’hostilité grandissante des États-Unis envers l’Allemagne. Une escalade qui, nous le savons tous, conduira à leur entrée en guerre, le 6 avril 1917.


Un crime de guerre


La nouvelle fait rapidement le tour du monde entier.


Lucy, elle, est recueillie par la famille Weathcroft. Son état est d’autant plus inquiétant qu’elle ne se souvient de rien. En effet, il semblerait que la pauvre enfant ait perdu la mémoire et pire encore, qu’elle soit désormais privée de la parole. Incapable de prononcer le moindre mot, celle-ci parvient difficilement à se faire comprendre et demeure le sujet de toutes les préoccupations.


En plus de traiter l’aspect psychologique de ses personnages avec brio, ce roman approfondit des thématiques sociétales telles que le racisme, l’injustice ou les préjugés. Il est aussi question des conséquences de la guerre, et le lecteur, passant en première ligne, s’oppose à la dure réalité qu’était celle de l’époque : où l’enrôlement de jeunes soldats était presque incontournable. Bien souvent, ceux-ci s’engageaient dans l’armée à peine sortis de l’adolescence pour défendre leur patrie et ce, au nom de la liberté. La plupart d’entre eux ne revenaient jamais. Ou étaient rapatriés très vite, car atteints de séquelles irrémédiables. À plusieurs reprises, Michael Morpugo nous expose consciem­ment à la souffrance de ces familles affectées par le deuil, à ses mères pleurant leur fils partis trop tôt, à ses femmes sans nouvelle de leur mari combattant au front...


De nos jours, nul ne peut plus ni éprouver ni se remémorer la violence d’un tel conflit. Comment le pourrait-on, nous qui sommes nés pour la majorité, une fois le drapeau blanc levé ? Quoiqu’il en soit, la première guerre mondiale a été meurtrière à bien des égards et le naufrage du Lusitania, lui, a été considéré comme un crime de guerre.


C’est dans ces circonstances désastreuses que le gouvernement américain demande réparation au gouvernement allemand. L’hostilité est alors à son comble. De son côté, l’Allemagne justifie son acte en affirmant sans circonlocution que le navire n’a pas respecté les lois de la guerre et de fait, accuse frontalement les américains de soutenir l’effort de guerre britannique.


Au lendemain du drame, l’indignation atteint son point d’orgue à New York. Une colère sourde s’empare des cœurs et un désir de revanche accapare les esprits. Sans surprise, l’opinion publique américaine prend position peu à peu et se déclare bientôt en faveur de la guerre. La presse américaine publie quantité d’articles dénonciateurs. Des affiches de propagande sont imprimées. Un cri est lancé. Le peuple est appelé à venger le Lusitania.

En grande Bretagne, les retombées médiatiques ont pour incidence de décupler le nombre de volontaires dans les bureaux de recrutement. Pendant ce temps, l’Allemagne multiplie les allégations et confirme que le torpillage du Lusitania n’est qu’un acte de guerre, le recours militaire face à un croiseur armé. En réalité, les canons prévus à cet effet, n’ont jamais été installés sur le navire. À cela, s’ensuit de nouvelles accusations dont celle où le bateau de croisière aurait transporté illégalement armes et munitions.


Pour la population, révoltée par la cruauté allemande, ce crime contre l’humanité est tout à fait impardonnable. Il paraît invraisemblable que le paquebot ait pu être abattu aussi lâchement sans un avertissement, ni un délai pour évacuer les passagers. Par-delà le monde, la stupeur perdure. Les américains, eux, sont convaincus qu’il s’agit là d’un acte prémédité. Une telle coïncidence paraît peu probable. En effet, peu avant le départ du navire, l’ambassade allemande avait publié aux journaux, le communiqué que voici : « On rappelle aux voyageurs qui ont l’intention de s’embarquer pour une traversée de l’Atlantique que l’état de guerre existe entre l’Allemagne et ses alliés et la Grande-Bretagne et ses alliés ; que la zone de guerre comprend les eaux avoisinant les Îles Britanniques ; que en accord avec un avis préalable donné par le gouvernement impérial, les navires battant pavillon de la Grande-Bretagne ou d’aucun de ses alliés sont voués à la destruction dans ces eaux, et que les voyageurs traversant la zone de guerre sur des navires anglais ou appartenant à ses alliés ne peuvent le faire qu’à leur propre risque. – Ambassade impériale allemande, Washington, 22 avril 1915 »


Un tournant décisif


Pour éviter toute embardée ennemie, l’Allemagne est contrainte de cesser sa guerre navale. Ce retrait dure un certain temps puis les autorités allemandes s’attaquent de nouveau aux États-Unis et les accusent de ne pas respecter les traités commerciaux. Les négociations ne sont plus à l’ordre du jour et dans leur fureur, les allemands menacent délibérément de torpiller tous les bateaux américains qui traverseront ces eaux. Une décision imprudente qui marquera officiellement l’entrée en guerre des États-Unis en avril 1917.


La suite, nous la connaissons tous. En juin, les troupes américaines débarquent dans le sud ouest de la France et établissent des camps d’entraînement dans lesquels, ils se préparent au combat. De là, l'alliance entre français et américains se consolide. Et après de longs mois incertains, le 11 novembre 1918, l’armistice est définitivement signée, ce qui sonne la fin d’une guerre qui aura duré quatre années interminables.


Malgré la paix naissante, le mystère qui entoure le navire n’est toujours pas éclairci. Pendant longtemps, l’amirauté britannique n’a pas reconnu que le Lusitania transportait du matériel de guerre. Il faudra attendre de longues années pour connaître la vérité. Du moins, celle promulguée par les journalistes et les autorités. Il semblerait par ailleurs que des documents compromettants aient disparu, ralentissant considérablement l’enquête. En dépit du trouble jeté sur cette affaire, un registre portuaire aurait apporté certaines preuves quant à l’inculpation du navire. La plus célèbre reste cette livraison de milliers de boite de fromages, de dix-huit kilos chacune. Un poids relativement douteux pour des denrées alimentaires et qui aurait relancé les suspicions. Rappelons que l’espionnage était déjà de mise à l’époque, et qu’il paraît logique que les allemands aient été tenus informés du contenu de la moindre cargaison. Certains sceptiques ont alimenté les spéculations, précisant que les cales du bateau pouvaient comporter une quantité importante de munitions mais aussi d’explosifs. Des rumeurs courent également d’une oreille à l’autre, comme celle où les britanniques auraient sacrifié la vie de tous les passagers du paquebot pour influencer l’opinion publique. Une tactique qui aurait également visé à impliquer le gouvernement américain afin de précipiter leur entrée en guerre.


Véridique ou non, cela aura coûté la vie à plus d’un millier d’innocents.


Aujourd’hui, cette tragédie nous semble bien lointaine. Malheureusement, quelques années plus tard, avec la montée au pouvoir d’Hitler, le monde a été de nouveau confronté aux plus viles atrocités. Tout comme l’a été la première guerre mondiale, la seconde a ravagé tout espoir de paix. Avec cet article, il me semblait important de raviver les mémoires et d’éduquer notre jeunesse sur ce pan de l’Histoire jeté aux oubliettes. Pour toutes les victimes qui ont péri injustement à cause d’une guerre pour laquelle ils n’étaient pas responsables.


D’un point de vue littéraire, Le mystère de Lucy Lost est un livre qui m’a émue aux larmes. Bien qu’il soit destiné à nos chères têtes blondes, Michael Morpugo nous plonge au cœur d’un drame qui aura eu des conséquences dramatiques. Il est important de nos jours, que la jeunesse se remémore. Je conseillerai ce livre à tous les férus d’histoire mais aussi, à tous les enfants en quête d’un récit palpitant.


Pour ceux qui désirent en savoir davantage, il existe une pléthore de ressources, de documentaires, et même une bande dessinée qui pourront satisfaire votre curiosité. Pour sûr, le torpillage du Lusitania, vous aura sans doute rappelé le naufrage du Titanic et c’est en partie pour cela qu’il me paraissait intéressant d’écrire à ce sujet. Pour ma part, le mystère de Lucy Lost est définitivement une belle découverte. Les personnages sont attachants. J’ai aimé faire leur connaissance, pleurer avec eux, être aux côtés de Lucy dans sa lutte contre l’amnésie. C’est une fillette surprenante, une famille au grand cœur. J’ai apprécié chaque instant en leur compagnie et aurait voulu les suivre davantage.


Pour finir, nous savons aujourd’hui que l’épave du Lusitania s’est échouée quatre-vingt treize mètres de profondeur dans une zone impraticable à cause du courant. Puisse l’âme de cette splendeur des mers reposer en paix, ainsi que celles de ses défunts passagers.

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