Chapitre 10 : Le silence derrière le masque
Chapitre 10 : Le silence derrière le masque
La COVID-19 a été une épreuve terrible pour moi, à la fois sur le plan professionnel et personnel. Je travaillais alors comme aide-soignante en libéral, au sein d’une équipe pluridisciplinaire. J’aimais profondément mon métier, le contact humain, les échanges, le sentiment d’être utile. Mais tout s’est effondré quand les nouveaux protocoles ont été imposés : masques FFP1, blouses, visières… Les patients nous regardaient avec crainte. Nous faisions tout pour les rassurer, mais pour moi, malentendante, le masque est devenu une barrière infranchissable. Je dépendais de la lecture labiale pour comprendre. Du jour au lendemain, je me suis retrouvée coupée du monde. Une détresse immense m’a envahie, provoquant une angoisse profonde et une frustration grandissante. La solitude, elle, était bien réelle.
Je me souviens d’une patiente particulièrement difficile, que beaucoup de mes collègues redoutaient. Ce jour-là, mon appareil auditif est tombé en panne. Impossible de le réparer sur place. Malgré cela, j’ai décidé d’assurer ma tournée. La patiente, en me voyant, a eu un mouvement de recul. Elle avait peur. Je l’ai rassurée calmement, lui expliquant qu’en cas de problème, j’appellerais le 114 et qu’une infirmière serait prévenue. Avec le temps, elle s’est excusée pour son comportement. Ce jour-là, j’ai compris que mon handicap ne m’empêchait pas d’être compétente. La clé, c’est la confiance.
Les réunions d’équipe, déjà difficiles, ont d’abord été suspendues, puis reprises en petits groupes. C’était essentiel : ces moments nous permettaient d’évacuer le stress, d’échanger sur notre santé mentale mise à rude épreuve. Pour moi, ces temps de parole étaient vitaux. Mais dans ma vie personnelle, tout était devenu compliqué. Les masques et les vitres transparentes rendaient la communication presque impossible. Certains ôtaient leur masque quelques secondes pour m’aider, d’autres refusaient. À force de lutter, la fatigue m’a gagnée. Je tenais grâce à de petits rituels : écouter de la musique après chaque tournée, respirer un peu avant de repartir. Une psychologue m’a aussi accompagnée durant cette période. Grâce à elle, j’ai pu déposer mes angoisses, remettre de l’ordre dans mes émotions.
Pourtant, le poids du quotidien était devenu trop lourd à porter. Le stress constant, ce manque de compréhension autour de moi, ces heures interminables qui s’étiraient sans fin… Du coup, j’ai fini par demander une rupture conventionnelle. Le jour où elle a été acceptée, j’ai ressenti un mélange bizarre de peur et de délivrance, comme si un poids s’enlevait enfin. Ce départ, je le voyais comme un saut dans le vide, mais aussi comme une renaissance, une chance de repartir sur de nouvelles bases, même si ça faisait flipper.
Un patient m’avait dit un jour :
— Vous avez une écoute empathique, presque comme une psychologue
Cette phrase a résonné longtemps en moi. Et si c’était ma voie ? C’est ainsi que j’ai découvert le coaching de vie. Ce métier, à la croisée de l’écoute et de l’accompagnement, m’est apparu comme une suite naturelle à mon parcours.
En parallèle, une autre passion s’est réveillée : l’écriture. Tout a commencé par un atelier en ligne. En juin 2024, j’y ai écrit mon tout premier texte, meurtre Paris-Moscou. Ce fut un déclic.
Encouragée, j’ai décidé de le partager sur Panodyssey, qu’Alexandre a fondé. C’est là que j’ai trouvé un premier véritable espace d’expression bienveillant. Chaque thème proposé, chaque concours m’a poussée à me dépasser.
Même sans victoire, j’ai gagné bien plus : de la confiance, de la créativité, et la fierté d’oser enfin. Quelques mois plus tard, j’ai participé à un autre concours, cette fois dans le genre science-fantaisie. Peu importe le résultat : je découvrais un univers nouveau, et j’y prenais goût. L’écriture est devenue un véritable moteur. Elle m’a permis de toucher des lecteurs, d’échanger, d’apprendre.
Voir mes textes classés parmi les plus lus, jusqu’à atteindre la 9ᵉ place, a été un honneur. Un encouragement précieux, même si ces classements évoluent avec le temps. Pour moi qui débutais, cela avait une valeur immense. Le coaching m’a ouvert à la richesse de l’humain. L’écriture, à celle des émotions. Deux chemins différents, mais un même désir profond : écouter et comprendre.
Je repense souvent à cet appel reçu un jour au secrétariat de l’hôpital de Montpellier. Une femme me racontait la détresse de son fils, sourd et isolé pendant la pandémie. Sa voix tremblait. Je lui ai parlé de mon expérience, de mes propres combats. En raccrochant, elle m’a remerciée : « Vous ne savez pas combien vos mots m’ont fait du bien. » Ce jour-là, j’ai compris que même derrière le masque, même dans le silence, on peut encore toucher les cœurs.
Cette période de ma vie m’a profondément changée. J’y ai puisé la preuve que même dans la solitude et l’incompréhension, la force intérieure finit toujours par triompher. C’est grâce à ces épreuves que j’ai compris que mon handicap n’était pas une faiblesse, mais une part de moi qui pouvait devenir un moteur, une lumière. Alors, j’ai décidé de le transformer. De le revendiquer. De le vivre autrement
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👩🏽💻 Barbara Wonder
🏞️ Image: photo personnel et Canva
✍️ Le: 17-04-26
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