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Trente-six heures plus tard

Trente-six heures plus tard

Publié le 13 janv. 2026 Mis à jour le 13 janv. 2026 Érotisme
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Trente-six heures plus tard

Je n’arrive plus à réfléchir à rien. Je savoure juste les moments où je peux fermer les yeux et me laisser emporter par les souvenirs de cette nuit. Le désir me brûle, me dévore, me paralyse. Les phrases abruptes, les mots monosyllabiques, les injures, les virevoltes linguistiques – du dieu à la putain – tournent en boucle dans ma tête. C’est le moment où l’on ne sait plus parler comme un nouveau-né, le moment où le verbe n’y est pas encore. Le moment où on ressent l’instant présent dans toutes ces nuances : au toucher, à l’œil, au goût, à l’odeur. Le moment où on n’existe presque plus. Non, on n’existe vraiment plus, surtout comme un être individuel. C’est le moment de la fusion absolue avec un autre. C’est le moment du coït. Avec deux points sur un seul i.

Et puis, je me demande : pourquoi arrive-je à descendre en enfer toute seule ? mais il me faut toujours un autrui pour monter au paradis ? La différence entre l’acte d’aimer et celui de mourir, ne dépendrait-elle juste de cette présence d’un autre ?

Et là, trente-six heures plus tard, trente-six heures après son départ – au fait, j’ai même pleuré après son départ – j’ai l’impression que je n’existe toujours pas comme un être individuel, je n’arrive pas à retrouver mes capacités à lire, écrire, réfléchir, mener une conversation. Je suis toujours engloutie par un tourbillon d’émotions qui se cachent derrière un mur de regard absent que je jette sur le monde étranger autour de moi.

Mon déchaînement intérieur a même su se synchroniser avec celui de la nature : le mistral m’a embrassée au pied de la gare, en soulevant ma jupe à petits pois, et puis la pluie a arrosé ma terrasse, tout comme mes larmes ont arrosé le lit qui gardait encore son odeur.

36 heures plus tard je me sens comme un chien affamé, rempli de colère et de peur de ne pas recevoir sa graille. Et je n’arrive toujours pas à calmer mes instincts animaux pour faire renaître mon être humain et culturel. Je ne veux que le revoir, le réacquérir, le réabsorber, pour qu’il m’accompagne encore dans la montée au sommet du sublime. Je ne demande que « Encore ! » Je ne pose que la seule question « Quand ? »

Mais le doute s’installe à chaque fois qu’il n’y a pas de réponse précise. C’est sur le terrain de cette incertitude que le désir est né. On entre dans un espace de jeu sans savoir jamais d’avance si on va gagner ou pas, dans un espace de labyrinthe sans savoir jamais d’avance si on va s’en sortir ou pas. C’est toujours le hasard qui règne, même si la voix imperceptible chuchote à l’oreille que cette fois-ci la bille se trouvera dans une case gagnante, que cette fois-ci le fil ne se déchirera pas. L’amour est un jeu du sort.

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