Où il est question de fesses et de grand banditisme
Où il est question de fesses et de grand banditisme
Chère Charlotte,
J’ai passé une journée plutôt calme.
D’abord, j’ai dit : « que la lumière soit ». Et la lumière fut. Entre les deux, j’ai appuyé sur l’interrupteur.
Une fois levé, j’ai décidé de consulter une personne qui partage la moitié de mon patrimoine génétique et prétend que je lui dois le respect sous prétexte qu’elle m’a mis au monde.
Je voulais obtenir des conseils en matière de lave-linge. Ce fut une perte de temps.
Tel le papillon de nuit, la sagesse du grand âge est éphémère et cède bien vite sa place à la sénilité et aux hémorroïdes.
Plus tard, Laura m’a expliqué que, lors d’un premier rendez-vous, elle embrassait pour dire bonjour. Les Brésiliennes ne sont pas des gens comme nous.
Alors que je posais les bases d’un essai traitant de la dégradation des mœurs dans l’Amérique du Sud postcolombienne, je me suis souvenu que je devais d’urgence réquisitionner la machine à laver de mes parents sous peine de devoir entamer ma semaine de travail dans le plus simple appareil.
Ni une ni deux, je me suis emparé de mon nouvel ordinateur, de mon panier à linge et j’ai dévalé les escaliers.
À mi-parcours, une marche lustrée avec trop de zèle m’a odieusement trahi et j’ai chu.
L’impact a été amorti par une partie de mon anatomie qui commence par F et finie par ESSES, mais que la bienséance et mon souci de te préserver de toutes formes de vulgarité m’interdisent de nommer.
Pour les mêmes raisons, je n’évoquerai ni le sort de mon panier à linge, ni la pluie de sous-vêtements pop art qui s’est abattue sur mon pauvre corps meurtri. Mon ordinateur était sauvé. C’est bien l’essentiel.
Victorieux, je me suis levé sous les ovations de Gérard, suspendu au plafond, qui applaudissait en agitant ses huit vilaines pattes. Puis, j’ai repris ma route, gonflé d’orgueil.
Après avoir parcouru 800 mètres, j’ai pris conscience que j’avais oublié d’emporter les papiers du véhicule. Désireux de garder mon casier judiciaire aussi vierge que devrait l’être le pape François, j’ai mis en place un plan d’action.
Convaincu que chaque seconde passée augmentait mes chances d’avoir affaire aux forces de l’ordre, j’ai décidé de rouler vite. Très vite. Trop vite.
Après avoir débridé ma voiture, grillé quelques feux et percuté treize grands-mères, j’ai atteint ma destination. Sur place, j’ai pu constater avec stupeur que j’étais arrivé plus tôt que je n’étais parti ! (Ce qui me pousse sérieusement à envisager une carrière en Formule 1.)
Chez mes parents, j’ai pu saluer un vieux félin si léthargique qu’il est parfois difficile de distinguer s’il s’agit d’une création de Dieu ou de l’œuvre d’un taxidermiste aguerri.
Ma sœur était là, enceinte de huit mois.
Ses griffes acérées s’allongent à une vitesse alarmante. Je ne sais pas encore si elle compte intégrer les X-men ou couper le cordon ombilical qui la relie à ma future filleule par ses propres moyens.
J’ai mis la machine en route.
À 15 h, j’ai mangé une bière et bu des chips. Ou l’inverse, c’est flou.
Finalement rentré, j’ai commandé ce livre qui m’a fui hier. Je ne suis pas fier d’avoir rempli les poches de ce vilain chauve qui ne sait déjà plus quoi faire de son argent. Mais la couverture de l’ouvrage brillait d’un bleu qui semblait avoir pris sa source au cœur de ton iris gracieux. Je n’ai pas pu résister.
Ah oui…
J’ai oublié de payer Hellofresh pour ma dernière commande. Je dois maintenant rembourser mes dettes pour m’échapper de cet engrenage vicieux qui me traîne inexorablement vers le grand banditisme et la déchéance.
Si aucune nouvelle de moi ne parvient jusqu’à toi dans les prochains jours, part du principe que mes créanciers m’ont eu et que je suis enfermé dans le coffre d’un camion frigorifique stationné sur un parking désert.
Ne pleure pas, j’ai pris mes dispositions.
Tu hériteras bien sûr de mon ordinateur de jeune cadre dynamique parisienne et d’un fond de paquet de chips.
Adieu,
Un homme traqué.
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