Chapitre 3 Partie 1
Chapitre 3 Partie 1
La porte d’entrée de la chambre s’ouvrit à la volée, claquant contre le mur.
Leurs lèvres scellées dans un baiser passionné, Nea et le capitaine titubèrent dans la pièce sombre, leurs souffles extatiques rebondissant contre les murs, leurs ombres s’allongeant dans le rectangle doré qui courait sur le sol.
Le vacarme habituel de la taverne résonnait depuis le rez-de-chaussée ; les verres qui se brisaient par instant et les éclats de voix de Madame Mirembe, qui tentait de contrôler la bagarre qui s’était étendue au reste de la clientèle.
Son bras droit enroulé autour de la taille de Nea, Cal leva son autre main pour refermer la porte, avant de faire pivoter la jeune femme contre le mur le plus proche. Dans le couloir, les deux hommes de main du capitaine se postèrent devant la porte pour monter la garde, leur visage impassible et bourru surveillant les mouvements de la taverne.
À présent dépossédée de la lumière douce qui venait de la salle principale, la chambre plongea dans une obscurité presque totale, les angles des meubles rudimentaires à peine illuminés par les rayons du clair de lune, qui entraient par les deux petites fenêtres qui donnaient sur le port.
Nea lâcha une exhalaison étouffée quand son dos cogna contre le mur, ses lèvres se retroussant doucement face à l’impatience qu’elle sentait dans les caresses et les baisers de Cal. Elle agrippa le long manteau en cuir qu’il portait, le lui retirant avec des gestes haletants alors que ses paupières se fermaient un instant quand il glissa ses lèvres le long de son cou.
Le manteau tomba sur le parquet défraîchi, en même temps que le vieux tricorne, et Nea releva ses mains vers la chemise du capitaine, arrachant presque les petits boutons dans sa précipitation.
Cal grogna de plaisir contre ses tympans, ses dents mordillant la peau chaude juste derrière son oreille. Ses mains calleuses remontèrent jusqu’à sa mâchoire pour la saisir dans une douce brutalité, avant que ses lèvres ne viennent à nouveau posséder les siennes. Nea soupira contre sa langue, le bout de ses doigts parcourant son torse hâlé, ses hanches se collant aux siennes avec une envie à peine contenue.
— T’es pressée, il fit remarquer contre ses lèvres entrouvertes, alors qu’elle le débarrassait de sa chemise.
Il lui retira sa veste une seconde plus tard, l’envoyant valser à l’autre bout de la chambre avec sa besace.
— Je croyais que tu avais d’autres affaires à régler, rétorqua Nea, d’une voix rendue éraillée par l’excitation. C’est toi qui es pressé.
— Je suis parti pendant presque deux mois, rappela Cal.
Il descendit ses mains jusqu’à la ceinture de Nea pour la défaire. La ceinture, alourdie par les dagues, bourses en cuir et autres accessoires que Nea gardait toujours sur elle, tomba au sol dans un cliquetis bruyant.
— Et tu veux me faire croire que t’as pas trouvé un corps pour te réchauffer pendant tout ce temps ? elle demanda dans un murmure rauque.
— Elles ont pas ta rage, il ronronna avec une intensité particulière.
La voix suave du capitaine embrasa tout son corps, ses orteils se recroquevillant dans ses bottes.
Leur liaison durait depuis un peu moins d’un an. Ils l’avaient commencé dans cette même taverne, dans cette même chambre, à la suite d'un échange houleux concernant une demande complètement rocambolesque du capitaine. Ils s’étaient balancé les pires atrocités au visage, avant que leur colère ne se transforme en passion virulente qui les avait consumés jusqu’au petit matin. Depuis, ils se voyaient une ou deux fois par mois—parfois plus, parfois moins, en fonction des voyages de Cal.
Ça allait très bien à Nea. Pas de sentiments. Pas d’attaches. Seulement un peu de chaleur grappillée au gré des marées.
Elle n’en avait parlé à personne autour d’elle—bien qu’elle se doutait que Gadiel soit au courant depuis un moment. En partie parce qu’elle avait encore honte de trouver du réconfort dans les bras d’un autre homme.
Trois ans avaient passé, mais le craquement qui s’était déployé en elle ce jour-là, et qui avait terrassé son âme, semblait toujours aussi vivace et douloureux. Elle avait parfois l’impression d’être coupable de haute trahison, alors qu’en fait elle ne faisait que remplir maladroitement le vide laissé par l’absence de Zion. Un vide qui refusait d’être assouvi, quoi qu’elle puisse faire.
C’est peut-être aussi pour ça qu’elle avait fini par se tourner vers Cal. Ils s’étaient toujours bien entendu tous les deux, et ça depuis la première affaire qu’ils avaient conclue ensemble. Il y avait un respect entre eux. Un passé. Cal la connaissait assez pour savoir qu’il y avait des portes qu’elle ne voulait pas ouvrir.
Incapable de contrôler son impatience grandissante, Nea arracha ses lèvres à celles de Cal, posant une main sur son torse pour le faire reculer jusqu’au lit. Elle avait la tête qui tournait un peu du baiser qu’ils venaient d’échanger.
Cal passa sa langue sur sa lèvre inférieure en la dévorant des yeux, ses pieds reculant docilement jusqu’au lit, jusqu’à ce que ses mollets ne touchent le cadre en bois. Il se laissa tomber sur le dos sur les draps blancs, un sourire avide étirant ses lèvres alors que Nea se débarrassait de son haut, debout face à lui.
Son désir grandit encore quand elle dévoila sa poitrine nue sous la lumière bleutée de la nuit. Il survola des yeux la peau hâlée, parsemée de cicatrices de tailles et d’âges différents, et les bras presque entièrement couverts de tatouages—des lignes géométriques complexes et des symboles collectionnés au fil des années, comme un rappel de tout ce qu’elle avait vécu pour en arriver là où elle était aujourd’hui.
C’était une tradition ancestrale sur Karukera. Des rites qui perduraient depuis des siècles, depuis les premières tribus. Cal ne connaissait pas un seul habitant qui n’avait pas au moins un tatouage sur le corps. Ces dessins célébraient des naissances, des unions, des passages à l’âge adulte, des drames, des changements importants… Tout ce qui pouvait constituer une vie.
C’était aussi une façon qu’ils avaient d’honorer leurs dieux. À la différence de la plupart des autres territoires du monde connu, les habitants de Karukera n’avaient jamais érigé aucun temple pour leurs divinités. Ils préféraient les honorer grâce à leurs chants, leurs musiques et leurs danses, expliquant que leur foi résidait dans leur cœur et que c’était leur corps qui était le temple. Et si le corps devenait le temple, alors pourquoi ne pas en décorer les murs ?
Beaucoup de pirates s’étaient convertis à cet art du tatouage. Cal en avait lui-même quelques-uns, qui célébraient chaque navire gagné et ajouté sous son pavillon au fil des ans.
Cal sentit le reste de sa patience se dissiper d’un seul coup quand Nea s’approcha pour tirer sur le lien de son pantalon, et il se redressa en lui agrippant les hanches, avant de la faire basculer sur le lit pour se mettre au-dessus d’elle.
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