CE QUE JE VOULAIS DIRE
Stephen Berg (1934-2014)
"What I wanted to say"
Ce que je voulais dire
Je me suis réveillé à six heures. Depuis les toits, les cris des oiseaux.
Le soleil n’était pas encore levé, le ciel gris et nuageux,
les premières voitures et dedans, les hommes qui partent au travail. J’ai dormi
au rez-de-chaussée, sur le divan; la moitié de la nuit
je voyais ton visage vidé de tout, tes faibles mains luisantes
qui avaient perdu leur chaleur après l’infarctus.
Comme l’eau. Tu pouvais à peine parler. J’ai pensé
à ce que nous nous disons, même en ce moment,
et aux flammes blanches du crématorium
qui ont fait de toi un amas de cendres dans une urne.
Tout est arrivé simplement, comme le vent quand il
fait trembler les feuilles sur l’un des arbres devant chez moi
et puis s’arrête, et les feuilles restent pendantes, si calmes
qu’on pourrait se dire qu’il va se produire quelque chose de miraculeux.
Les réverbères brillent soudain d’un tel éclat
que l’on se contente des lézardes aux cheminées,
du jaune terne de la brume qui traverse l’étendue des étoiles,
on pourrait indéfiniment rester assis sur les marches, à fumer,
à ne rien faire, et ne jamais reparler.
Mais ce n’est pas ce que je voulais dire.
Les oiseaux m’appelaient. Ou quelqu’un peut-être.
Il y avait des larmes. J’ai trébuché. J’avais mal aux mâchoires.
Je me suis penché sur les enfants endormis pour leur dire au-revoir
chacun s’est tourné vers moi avec un sourire. Mais il y a ça qui est
revenu –ton visage mort, une fleur
vide et blanche ouverte en moi qui ne pouvais la toucher.
Quelque part, j’étais là, je disais: « c’est ça ce que personne ne peut dire.»
(The American Review, Bantam, New York, 1974, p.110. Trad. Michel-Guy GOUVERNEUR)
[Phot. trouvée sur Bing sur www.shutterstock.com https://sl.bing.net/j2yMMr7iHts]
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