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Elargir Plutôt qu’approfondir

Elargir Plutôt qu’approfondir

Published Dec 4, 2020 Updated Dec 4, 2020
time 5 min

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Elargir Plutôt qu’approfondir

L’éducation valorise l’approfondissement. La psychologie se doit d’être « des profondeurs », les dossiers étudiés « à fond ». Nous aimons creuser, chercher dans les soubassements. Moins nous comprenons, et plus nous voulons tous les détails de la zone incomprise. Mais à force de ne chercher que dans une direction, nous ne suivons qu’une piste, accumulant les éléments concordants, cherchant à vérifier, même sans nous en rendre compte, une intuition ou une pré-certitude. 

De son côté, le systémicien fait une apologie de la superficie. N’allons plus chercher en dessous, mais aux environs, à côté. Qu’y a-t-il autour de ce point qui fait problème? Quels sont les autres niveaux, les autres logiques, qui croisent la piste la plus apparente? Lorsqu’il s’agit de situations impliquant des personnes et des groupes, observons les liens qui se tissent et se défont sans trop nous appesantir sur les ressorts psychologiques des acteurs. Trop de mes contemporains s’épuisent à vouloir changer la psychologie des autres. L’approche systémique consiste à économiser notre énergie en nous focalisant sur le contexte.

Prenons l’exemple d’un manager, l’un de ses équipier est taxé de passif et de non motivé. Ses collègues vont même jusqu’à dire : « il se comporte comme une moule sur son rocher. ». Avant de prendre des mesures violentes et définitives, placez cette personne dans un autre contexte : autre équipe, autre superviseur, autre projet, autre lieu…Et là, comme par magie, ce collaborateur s’implique, émet des suggestions et se montre heureux au travail. L’inverse de révèle tout aussi vrai. Vous voulez dynamiser une équipe en lui affectant un collaborateur super motivé , dynamique et créatif. Et, peu de temps après il se révèle passif et amorphe.

Dans cette perspective d’élargissement des solutions émergent rarement au niveau du problème lui-même, c’est-à-dire au niveau de ce qui attire le plus bruyamment l’attention. 

Fort cet éclairage, les parents, responsables d’associations, médecins, élus et autres influenceurs, désirant faire évoluer les attitudes et comportement de  leurs interlocuteurs ont intérêt à se focaliser sur le contexte et les liens s’y instaurant plutôt que sur les caractères et personnalités.  

Nous avons aussi appris à accumuler l’information. Plus nous en avons sur un sujet et mieux nous pensons le connaître. L’étendue de ces connaissances est supposée refléter notre maîtrise sur le sujet étudié. Il est bien ancré qu’il ne faut pas parler sans savoir, qu’il faut s’informer avant de penser, qu’une bonne documentation permet ensuite de réfléchir valablement. Toutes ces évidences nous font passer à côté d’une chose toute simple : la recherche d’informations est déjà le reflet d’une construction du monde. Pourquoi suis-je plus sensible à telle information qu’à telle autre? Pourquoi celle-ci, quoique sur ma route, devrait-elle être considérée comme négligeable et sans valeur ? A priori, toute information est importante. Le problème est toujours le même, c’est celui de l’interprétation qu’on en fait. Chaque « mouvement » dans un système reflète le rapport des forces qui y agissent. Il contient donc toute l’information nécessaire, mais sous une forme tellement compactée qu’il est difficile de savoir exactement quelle valeur lui donner. Tout élément, tout détail, est pertinent, à condition de le contextualiser et de le vérifier. Ici, chaque mot, chaque geste est signifiant. 

Contrairement à la démarche qui consiste à accumuler de l’information avant de réfléchir, je conseille de prendre le risque de penser à partir de peu et de se tromper. Ce qui est dommageable n’est pas l’erreur, c’est la non-correction de l’erreur par les informations contradictoires apparues ultérieurement. Quand nous réfléchissons en termes de système, nous ne sommes pas dans une logique d’exclusion. Bien au contraire, nous cherchons à repérer les contradictions qui animent et dynamisent un équilibre. Si les informations doivent être hiérarchisées, aucune n’est à exclure. Par exemple, une rumeur – type même de l’information probablement fausse – est à intégrer dans un cadre plus large qui met en cause les valeurs et les mythes du système, les intérêts des uns et des autres, des dimensions de peur ou d’inquiétude qui viennent se cristalliser dans cette vraie « fausse » information. Pour inexacte qu’elle soit, elle n’en a pas moins été créée, diffusée, reprise, amplifiée par la participation du bouche à oreille et par le besoin de donner sens à un « quelque chose » qui reste à identifier. 

Le problème essentiel est donc de repérer, parmi toutes les stimulations que le monde nous propose, celles qui « méritent » d’accéder au statut d’« information », c’est-à-dire celles dont le contenu oblige, en même temps qu’il nous le permet, le remaniement de ce que l’on croyait savoir. 

Les questions qui se posent autour de toute nouvelle information sont : 

–  d’où, de qui, vient cette information ?

–  pourquoi me la donne-t-on maintenant ?

–  quel sens lui accorder ?

–  que vise-t-elle à me faire faire ?

–  quel type de relation celui/celle qui me la donne essaye-t-il/elle de construire avec moi en me la fournissant ?

Ces questions visent à contextualiser la circulation même de l’information, et pas seulement à être influencé par son contenu. Leurs réponses sont en partie intuitives et en attente de vérifications concrètes. D’où l’importance d’être attentif, et confiant, envers ses intuitions, tout en étant rigoureux sur la différence entre une intuition et une confirmation. 

Je suis membre actif d’un groupe ECOSYSTEMIC’S pluridisciplinaire de recherche et d’intervention sur les regards et démarches systémiques. Mes pairs publient dans Panodyssey des articles sur nos approches. Estimant que les échanges enrichissent les concepts et les pratiques, vos commentaires font l’objet de débats entre nous.

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