J8 - Le canari
Pirouli, le petit soleil de la cuisine
Quand j’étais petite, il y avait chez mes parents un canari tout jaune qui s’appelait Pirouli.
Je ne me souviens pas du jour où il est arrivé, mais j’ai l’impression qu’il avait toujours été là. Comme un meuble un peu vivant, un peu chantant, qui faisait partie de la maison. Il était gentil, Pirouli.
Quand maman nettoyait sa cage, elle le laissait voler dans la cuisine, et moi je regardais ça comme un spectacle. Il ne s’envolait pas très loin, il faisait des petits trajets, maîtrisés, presque prudents. Ce qu’il préférait, c’était l’évier.
Pas l’évier propre et sec, non… l’évier avec encore de la mousse. Il traversait les traces de vaisselle comme un petit explorateur, en frôlant les bulles. Ça le rendait heureux, on dirait. Et moi, ça me faisait rire.
Je n’ai jamais eu peur de lui.
Au contraire. Il avait quelque chose de rassurant. Peut-être parce qu’il ne faisait pas de bruit brusque, peut-être parce qu’il ne cherchait jamais à impressionner. Il était juste là.

Puis un jour, Pirouli a eu une amoureuse. Elle s’appelait Chipie.
Et pour le coup, son nom lui allait parfaitement. Chipie n’arrêtait jamais. Toujours à piailler, à bouger, à chercher l’attention. Elle embêtait Pirouli sans relâche, comme si elle testait constamment sa patience.
Et quand venait le moment de nettoyer la cage… impossible de la laisser sortir. On savait très bien qu’elle ne rentrerait jamais d’elle-même. Elle, c’était la liberté totale ou rien.
On a cru, un moment, qu’on aurait des oisillons. Mais ça n’est jamais arrivé. Pirouli faisait le nid, appliqué, patient. Et Chipie le défaisait. Encore et encore. Elle n’avait pas cet instinct là. Ou peut-être qu’elle n’en voulait pas.
Alors le nid restait un projet qui n’existait jamais vraiment.
Et puis un jour, Pirouli est parti. Comme ça. Sans prévenir. La maison a continué à vivre, mais quelque chose s’était éteint. Chipie est restée seule un moment. Un peu plus silencieuse, peut-être. Ou c’est moi qui la regardais autrement. Elle aussi a fini par s’en aller.
Les années ont passé. Quand maman a pris sa pension, mon papa lui a offert un nouveau canari.
Toujours jaune. Comme si c’était important. Elle l’a appelé Pastis. Enfin… au début.
Parce qu’un jour, Pastis a pondu. Alors Pastis est devenu Anisette. Ça nous a fait rire.
Comme si, finalement, les oiseaux continuaient à écrire leur histoire à leur façon, même sans nous demander.
Après Anisette, la cage est restée vide. Il y a bien eu, plus tard, un autre canari. Pour faire plaisir à mon fils.
Il était orange, avec une sorte de casque blanc sur la tête, un oiseau un peu improbable.
Mais ce n’était plus pareil. Quelque chose avait changé. Ou peut-être que c’était moi.
Parce que quand je pense à mon enfance, ce n’est pas à tous les oiseaux que je pense.
C’est toujours à Pirouli. À ses petits vols dans la cuisine. À la mousse dans l’évier. À sa présence tranquille.
Il faisait partie de ma vie. Vraiment.
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