Le fabuliste
Le fabuliste
Le fabuliste
Parfois, il m’arrive de croire à ce que je dis.
Comme les enfants, je n’y mets aucune mauvaise intention ou alors, je le fais avec candeur, sans intention de nuire durablement, ne me sentant nullement responsable des poudrières naissantes que j’aurais allumées. Elles me réjouiront plutôt, comme l’on se satisfait d’un désastre que l’on a orchestré sans mauvaise volonté, juste pour éprouver, sans penser à mal, la causalité et la ramification infinie de faits qui en entraîneraient d’autres (qui imaginerait qu’une seule fiente de merle renferme toute une ceriseraie ?)
Lorsqu’enfin je serai pleinement convaincu de la réalité de ma fable, elle prendra corps hors de moi pour s’animer et s’ajouter au monde. Drapée alors des atours qui la rendront séduisante et contre lesquels les âmes naïves s’écorcheront pour finir en lambeaux, elle enflera comme une vague démesurée nourrie des grondements, des clameurs et des courants contraires de la mer.
Puis, parvenue au summum de sa puissance mystificatrice, la rumeur déferlera, rognant au passage de ses déjections corrosives, la carrosserie des voitures.
Et les gens de pester en mangeant des cerises.
Christophe D.
(image de Julita / Pixabay)
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