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Pour votre bien, nous sommes partout.

Pour votre bien, nous sommes partout.

Veröffentlicht am 26, Feb., 2026 Aktualisiert am 26, Feb., 2026 Science fiction
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Pour votre bien, nous sommes partout.

Comme tous les samedis matins, Thomas attendait devant la boulangerie de son quartier. À sa montre, il était 7 h 46, et en ce 3 mai 2048, une file de livreurs attendait qu’un robotien prenne les commandes. Mais lui n’était pas livreur et, chose exceptionnelle, il ne travaillait même pas pour Gafam. Non, s’il était le seul à ne pas porter une combinaison avec le logo de l’entreprise la plus puissante du monde, c’était parce que Thomas faisait tout pour éviter sa femme. Monique, qui non seulement avait un presbyte profond et de la graisse à tous les étages, râlait sur tout dès qu’elle le pouvait, sans parler de sa jalousie terrible, empêchant Thomas de penser à quelconque autre femme qu’elle. Quand ils marchaient ensemble en ville (chose rare), n’importe quelle fille, n’importe quel hologramme sexy dont Thomas avait le malheur d’y jeter un œil transformait la situation en insulte sous les regards de passants médusés. Mais la vie est ainsi faite, et c’est elle qui a hérité d’un appartement en ville à la mort de son père alors qu’a contrario, les parents de Thomas ne lui ont laissé que des dettes, épongées par Monique mais faisant de lui un redevable.


Et si la journée il travaillait, le soir était une autre histoire. Thomas n’a jamais eu autant d’activité depuis qu’il était en couple. Par contre, impossible de bypasser le sexe, ce qui serait un indice pour Monique de tromperie et/ou de cachotterie. Très vite, Thomas se mit à être accro à des pilules durcissantes car, devant le visage mal coiffé et baveux de sa femme, ainsi que le toucher de la peau grasse entre ses mains, Thomas était dans l’incapacité de bander. Donc, toutes les semaines, il allait à la pharmacie et demandait au robotien de service sa dose de pilule bleue. C’était évidemment un secret bien gardé : Monique le foutrait à la porte si ce n’était pas le désir qui le faisait bander mais la chimie. Dehors, avec une dette au-dessus de la tête et un salaire de misère, impossible de retrouver quoi que ce soit pour se loger.


Puis un jour, Thomas rencontra Ariel. Il faisait beau, elle courait dans le parc, il fuyait Monique. Elle suait, il était assis sur un banc. Elle se prit les pieds dans une plante, il l’aida à se relever et, malgré la petite différence d’âge, ils se sont appréciés car ils avaient une histoire en commun : un couple qui n’allait pas mais dont des impératifs plus prioritaires que leur bonheur les empêchaient de partir. De fil en aiguille, ils se donnaient rendez-vous dans un hôtel, dans une chambre, dans un lit. Et Thomas connut pour la première fois la jouissance sans pilule, sensation nouvelle à tel point que son application médicale s’inquiéta de son rythme cardiaque ; ils en rigolèrent tous les deux. Mais depuis deux semaines, Thomas se faisait des plans. Lui, elle, et plus de Monique car, à eux deux, ils pourraient être catégorisés 2SPE par BankG (la branche bancaire de Gafam). 2SPE signifiait « 2 salaires, pas d’enfants » : sans cela, pas d’argent ni d’emprunt possible. Surtout que c’était le bon moment, les publicités n’arrêtaient pas de mettre en avant les intérêts toujours plus bas que BankG proposait. Encore maintenant, en attendant son tour devant la boulangerie, un camion publicitaire qui passait non loin lui criait : « Bientôt 2SPE, pensez à emprunter », le réconfortant dans son choix et sa demande qu’il allait faire à Ariel.


Aujourd’hui, lors de son rendez-vous à l’hôtel pour voir sa bien-aimée, il proposerait l’idée d’emménager dans un appart quelque part. Si elle était d’accord, ils se connecteraient au portail de Gafam pour entamer toutes les démarches bancaires et ensuite, il ne resterait plus que le plus difficile : dire à Monique qu’il s’en allait. Cette réaction donnait à Thomas des frissons dans le dos car il savait qu’elle pourrait être très violente. Probablement irait-elle jusqu’à balancer des vases contre le mur, mais ainsi va la vie, se disait-il, elle s’en remettra sûrement.


Plus que trois personnes devant Thomas. Le premier livreur commanda au robotien pour une famille complète. Un téléphone sonna. Un businessman non loin de là répondit à voix haute avant de s’en aller horrifié. À la grande horloge, il était 8 h passées de quelques minutes. Encore deux personnes. D’autres téléphones sonnaient un peu partout. Si, au début, Thomas n’y prêtait guère attention, l’assourdissement devenait vite insupportable. Il regarda autour de lui : tous étaient braqués sur leur smartphone à lire les news concernant une hypothétique perte de données. Alors, comme par mimétisme, et un peu intrigué,

il décida d’ouvrir l’application de news, et l’« Algorithme » lui montra instantanément les articles en rapport avec ses centres d’intérêt. Il demanda une recherche sur le terme « perte de données » et enleva le filtre Algorithm-friendly afin que les articles critiquant Gafam soient visibles. Après que l’interface lui demanda s’il était vraiment sûr de quitter sa zone de confort, Thomas tomba des nues en découvrant les résultats. Toutes les discussions, tous les forums et tous les articles qui n’étaient pas générés par des IA tournaient autour d’un simple site : privacide.info, apparu sur le net à 8 h ce matin. Un simple site avec une simple barre de recherche, mais dont les résultats représentaient le cœur de métier de la plus puissante entreprise mondiale : toute la vie privée de tout humain vivant sur Terre. N’importe qui pouvait taper un nom, un prénom, une adresse et savoir qui y habitait, avec qui, ce qu’il avait fait les dernières heures, jours, mois ou même années. N’importe qui pouvait connaître le bilan de santé de n’importe qui d’autre et n’importe qui pouvait en savoir plus sur lui-même en allant sur ce site.


Très vite, Thomas comprit l’ampleur de la chose et très vite il y tapa son nom. Quelle ne fut pas sa surprise en parcourant la timeline de sa vie ! Tout y était inscrit : de ses rendez-vous à son casier judiciaire, certes vierge mais bien présent. Autre exemple, dans l’onglet habitudes, il y était mentionné que tous les samedis matins il venait dans cette boulangerie commander des croissants. Une autre habitude importante, selon le site, était ses rendez-vous à l’hôtel avec Ariel tous les samedis après-midi. Mais Thomas connut le sentiment d’horreur non pas en voyant tout ce que Gafam connaissait sur lui, mais en ouvrant la page prédiction, car toutes ces infos n’avaient qu’un seul but : deviner quel serait le comportement de Thomas dans le futur afin de lui vendre des produits estampillés Gafam. Ainsi, écrit en toutes lettres, sa relation avec Ariel entraînait une probabilité de rupture avec Monique dans les jours à venir de 95 %, et donc une diminution des ventes de pilules bleues. Mais, à contrario, une augmentation des recherches d’emprunt de 78 % pour la semaine à venir. Il ne fallut pas longtemps à Thomas pour comprendre que la régie publicitaire qui passait depuis quelques semaines près de l’endroit où il se trouvait n’était pas le fruit du hasard mais celui d’un savant mélange algorithmique pour le contraindre à acheter Gafam.


« Bonjour, que puis-je pour vous ? » Le robotien vendeur de couques lui souriait de façon électronique. Thomas ne répondit pas, toujours à essayer de comprendre les impacts. Autour de lui, l’information circulait plus vite qu’un mail. « Que puis-je pour vous ? », répéta le robotien. Thomas ne répondit toujours pas. Devait-il partir ? Pour aller où ? Chez lui ? Que dirait Monique s’il revenait les mains vides ? « Putain, Monique !!! »

D’un coup, il y pensa. Monique irait sur le site dès son réveil car c’est une accro aux réseaux sociaux, cela lui donnait un faux semblant d’échange social. Thomas sortit à toute vitesse de l’échoppe et prit la direction de son immeuble-appartement. Courir était au-dessus de ses moyens pourtant, sa vitesse de marche dépassait largement celle des coureurs les moins entraînés. Il imaginait la réaction de sa femme. Comment allait-elle prendre le fait qu’il la trompe ? Que, pour baiser, il prenne des médocs seulement avec elle et non avec Ariel ? Oui, il comptait la larguer, mais selon son plan, pas selon les plans d’une entreprise oligarchique.


En attendant l’ascenseur en bas de l’immeuble, il parcourait encore son dossier et était de plus en plus effrayé des infos contenues. Toute sa vie, allant de son lieu de naissance à ses points au collège (qui dataient de plus de vingt ans), était présente.


« Que fait Gafam avec mes points de collège ? », se demanda-t-il. Thomas s’arrachait les ongles par stress. Le site privacide.info était tellement bien fait qu’à partir de son compte, il pouvait joindre ses contacts les plus fréquents, contacts non pas virtuels comme sur un réseau social, mais bien réels, calculés en fonction des données GPS et autres métadonnées. Il alla sur celui d’Ariel en un simple clic et, de nouveau, stupeur…

Il la connaissait depuis un an et pourtant, il en apprit plus en cinq minutes sur elle que durant toute leur relation. Son mari, qu’il n’avait jamais vu, avait une tête de loubard violent. Elle ne lui en avait jamais parlé mais Gafam savait précisément qu’il s’agissait d’une relation toxique. Le pire étant non pas que cette information servait à la protéger ou à la mettre en sûreté, mais à lui vendre des anxiolytiques et autres pilules accommodantes.

Thomas arriva devant sa porte. Il l’ouvrit lentement. Au fond de lui, il espérait que Monique dormait encore ou bien était sous la douche, n’importe quoi tant que c’était loin d’internet. Malheureusement pour lui, Monique fut l’une des premières à aller vérifier les informations sur son amour. Ce fut une trahison lorsqu’elle vit la tête d’Ariel et lorsqu’elle vit que Thomas prenait des pilules uniquement quand il était avec elle. Elle enragea en apprenant qu’elle se ferait bientôt larguer et le détesta lorsqu’elle vit que tous les samedis, Thomas n’était pas à la pétanque mais à l’hôtel.


Thomas sentit d’abord une piqûre dans le dos, puis un long froid le parcourut. Ce fut son bracelet connecté qui le prévint en premier : « Risque d’arrêt cardiaque élevé ». Il se retourna et vit une Monique pleurante mais armée d’un long couteau. De nouveau, elle recommença son geste et l’homme, vidé d’une partie de son fluide, s’écroula sous les coups. Thomas, sachant que la fin était proche, pensa à toute sa vie, aux erreurs qu’il avait commises, à Ariel et au bonheur qu’elle lui avait apporté mais surtout, il comprit exactement le sens du slogan le plus connu de l’humanité. « Pour votre bien, nous sommes partout. »


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